« Floraison », l’exposition que Joëlle Rosalie Baya a présentée en fin d’année à la galerie Imaaya, a marqué une étape dans son parcours esthétique et conclu l’année sabbatique qu’elle s’est offerte pour mener des recherches visuelles. Le style s’est affirmé et de nouvelles avenues se dessinent… Dominique Bellier
Joëlle Rosalie est certes artiste mais aussi enseignante en Art & Design au collège de Lorette de Quatre-Bornes, où elle reprend du service ce mois-ci pour une vingtième année scolaire. Cette disponibilité à son art lui a permis en 2025 d’expérimenter une technique manuelle de gravure sur la section d’un tronc d’arbre… La création qui en résulte, Naître à nouveau, célèbre à la fois le passé, les années de la vie d’un arbre à travers les cernes qui s’esquissent, et sa singularité soulignée par la forme sinueuse du tronc imprimé en noir et blanc, en contraste avec la vie qui reprend, dans une plantule en couleur que l’artiste a fait jaillir du bois.
Cette image résulte d’un long travail de la matière au propre comme au figuré. Car outre le temps de séchage du bois, la section du tronc a nécessité des heures de préparation. Il a fallu la meuler et la polir pour éliminer toute marque de scie, la brûler, l’huiler et la laisser travailler à sec pour que les cernes apparaissent, une fois qu’elle est encrée et appliquée sur le papier… Le résultat invite certes à une prise de conscience des accomplissements, de la vitalité de la nature et de l’interdépendance entre vie et mort, mais elle illustre aussi les cycles de création de l’artiste, qui assume le caractère autobiographique de son expression, auquel Blooming Mind renvoie par exemple plus directement…
Le ciselage de la matrice, l’alchimie des superpositions et l’effet de surprise au sortir de la presse ont poussé Joëlle vers la gravure lors de ses études. Aujourd’hui, elle est tout autant attachée à la personnalisation des épreuves, par l’ajout de points de broderie et de lignes de couture, qui donnent du relief et unifient le travail. La couture répare et relie, peut-être même ajoute-t-elle de la magie au réel, nous référant par exemple à certaines traditions andalouses qui ont inspiré le roman Le cœur cousu, ou, plus près de nous, aux petits sachets de tissus cousus qui contiennent quelque mantra bénéfique… Ces travaux métissent les techniques de gravure et de l’art Textile, qui remplace le pinceau par la fibre.
Si certaines représentations de la femme mériteraient plus d’exigence dans le dessin, on assiste surtout dans cette exposition, à la floraison d’un alphabet visuel personnel puisé dans les archétypes végétaux et le travail photographique que mène l’artiste à titre documentaire. Symbole d’amour et de perfection, d’un état édénique auquel chacun a le droit d’aspirer, ces motifs floraux expriment la joie et la sérénité, qu’ils soient gravés à l’encre noire ou cousus de fils de couleur sur le vêtement ou la chevelure d’un personnage, ou qu’ils illustrent un concept ou un état d’esprit.
