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Il était une foi le Père Laval

Le premier jour de février 1835, plus de la moitié des habitants de l’île Maurice retrouve la dignité. Rien de moins que la possession de leurs droits ou encore le retrait du statut de bien mobilier. Grâce au «Slave abolition act», l’administration anglaise libère les hommes et femmes de leur servilité. Un homme saura accompagner ces hommes libres: le Père Laval, célébré chaque année en septembre.

L’esclavage est à son aise sur les rives de l’île Maurice. Depuis le « Code noir » rédigé par les Français, l’asservissement d’êtres humains est légion au sein des colonies.

Pourtant, en ce début d’année 1835, les esclaves sont délestés de ces chaînes de la honte et remplacés par les travailleurs engagés en provenance des terres d’Asie.

À présent, ces affranchis entonnent le chant de la liberté. Les fuites des marrons vers les hauteurs du Morne semblent révolues et la tribu mozambicaine des Macondé laissera son nom en héritage au mirador naturel bercé par le ressac de l’océan. Le mouvement engagiste alors établi et, les propriétaires d’esclaves indemnisés, la transition pacifique est assurée. Et pourtant.

Quelle place pour tant d’individus à présent libres?

Les premiers temps sont délicats, l’acclimatation au costume de citoyen parfois trop large. À la fin de 1840, le bénédictin anglais Mgr William Collier se voit alors confier le poste de vicaire de Maurice et recherche des hommes d’église français afin de se consacrer aux affranchis.

Il accueille d’anciens esclaves à une messe dédiée

C’est ainsi que le 13 septembre 1841, un prêtre missionnaire français débarque du continent. Ses yeux d’océan et les traits tirés par cent jours de voyage découvrent Port-Louis.

Un palindrome en guise de nom de famille, Jacques-Désiré Laval s’installe. Toutefois si ce nom peut se lire dans les deux sens, sa voie, elle, semble rectiligne.

L’homme de foi et médecin de formation accourt aux chevets des nouveaux citoyens et guérit leurs maux.

Son impact s’accroît de jour en jour et attise la foudre de quelques anciens propriétaires. La société mauricienne bien-pensante du XIXème siècle ne peut se résoudre à ce qu’un missionnaire dépasse ses fonctions. Malgré les réprobations de ce que la blancheur peut avoir de plus sombre, le Père Laval opère. Il accueille chaque dimanche midi les anciens esclaves dans une messe dédiée. Mieux, il les autorise à s’installer sur les bancs réservés aux blancs! Oh Sacrilège! Scandale! Le Père Laval abolit la ségrégation raciale devant Dieu.

Achever leur instruction catholique si la mort les épargne

Jacques-Désiré Laval impose cependant une droiture dans la foi chrétienne et fait barrage à toute forme de vice. En 1854, un coup du sort viendra épauler sa démarche. Une épidémie de choléra embrase l’île Maurice et pousse de nombreux catéchumènes à implorer des sacrements et baptêmes. Dans ce décor de fin du monde où l’on dénombre près de deux cents décès par jour (affranchis et travailleurs engagés en premières lignes) le Père Laval accomplit les dernières volontés. Il donne néanmoins une condition: s’ils survivent une fois l’épidémie éradiquée, les fidèles devront achever leur instruction catholique.

 

L’énergie déployée durant vingt ans au profit des misérables a fatigué l’homme aux cheveux dorénavant enneigés. En décembre 1860, son corps affaibli par une thrombose le laissera à mobilité réduite jusqu’à sa mort, en 1864.

Premier béatifié du Pape Jean-Paul II en 1979, celui considéré comme bienheureux est célébré chaque neuf septembre où nombre de Mauriciens cheminent à pied jusqu’à son fief de Sainte-Croix.

 

Vous voulez en savoir plus ?

Le Père Bernard Hym a recensé avec minutie les échanges épistolaires du Père Laval. À travers les correspondances à l’attention de sa famille puis des donateurs et notables mauriciens, « L’apôtre des Noirs » évoque les conditions des affranchis et son désir de métamorphose à leur encontre.

Cœur à Cœur avec le Père Laval est disponible au centre Père Laval à Sainte Croix.

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