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Investir: il est temps de passer de la pierre au brevet

Notion floue, longtemps réservée aux seuls universitaires, l’investissement immatériel prend sa revanche! De plus en plus d’experts, d’audits et d’analystes le considèrent, aujourd’hui comme le seul critère vraiment pertinent pour juger de la viabilité, à long terme, d’une entreprise.

En comptabilité courante, les seules dépenses productives sont celles qui sont effectuées dans le but d’acquérir un bien tangible (terrain, ordinateur, camion…) qui participera, à son tour, à la démarche productive de la société. Le reste ne serait donc que charges, coûts et passifs… qu’il convient de réduire, autant que possible. Peu à peu, une autre perception, d’abord issue de l’univers des start up, est parvenue à franchir les limites de la “Net economy” pour s’appliquer dans tous les secteurs d’activité. Selon ce nouveau point de vue, il y a, dans la rubrique « dépenses » de toute entreprise (et indépendamment de son type de production) des décaissements qui, bien que ne servant à acquérir aucun objet solide, constituent cependant de réels investissements. A titre d’exemple, les tenants de cette analyse citent souvent le cas de l’entreprise qui embauche, pour un salaire nettement supérieur au prix du marché, l’ingénieur surdoué ou le commercial aux résultats exceptionnels. Mais il conviendrait aussi de parler du budget « pub », que tous les comptables de l’entreprise tentent de réduire chaque année… ou de la recherche de nouveaux process de production ou d’organisation. Depuis les crises financières successives, l’arme de résilience massive n’est plus l’actif (en foncier ou en capital) dont on a pu voir qu’il pouvait fondre très vite (la compagnie ne survivant que tant qu’elle a des « joyaux » à vendre), mais la souplesse organisationnelle et l’optimisme, qui a conduit certains chefs d’entreprise, en pleine débâcle généralisée, à continuer de financer l’avenir, en déposant de nouveaux brevets…

Un ado peut créer une application

Les tenants de l’immatériel estiment même que ces principes doivent aussi s’appliquer aux nations, et donc au calcul des différents indicateurs (PIB, PNB…). Dans cet ordre d’idées, les dépenses culturelles seraient particulièrement sous-évaluées, alors qu’elles auraient un effet d’entraînement particulièrement dynamique. En d’autres termes, plus vous investissez dans la production de films, plus il y aura de films étrangers produits dans votre pays… Avec un bémol, cependant, que les comptables refusent souvent de prendre en compte: les artistes sont des rebelles. Vouloir les encadrer fait fuir les vrais créateurs… qui entraînent les autres dans leur sillage.

Ce débat, peut sembler un peu hermétique… il a pourtant des traductions bien concrètes. En privilégiant, il y a une quinzaine d’années, les centres d’appels plutôt que les laboratoires de programmation, Maurice s’est placée en manutentionnaire de l’informatique, en concurrence avec les opérateurs les moins chers (Tunisie, Vietnam…). Aujourd’hui, un ado peut créer une application qui va se dupliquer à des millions d’exemplaires et générer, en quelques mois, plusieurs millions de dollars.

Pourtant, aucune entreprise locale n’investit dans le talent de ces jeunes, par exemple, en les dotant du matériel high tech dont ils ont besoin. Ce n’est pas grave, les plus talentueux trouveront à se financer auprès de Capital Risks américains ou asiatiques et leurs jeux, leurs applis, leurs logiciels ou leurs brevets n’apporteront rien à notre Île. C’est sans doute trop immatériel pour nous…

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