Il y a bien plus que du sucre dans la canne… C’est ce que démontre le nouveau musée de L’Aventure du Sucre. Deux espaces tout neufs racontent la diversification dans la production d’énergie et la distillerie avec l’explosion du vieux rhum. Mais au fil de la visite, on prend surtout conscience du rôle phénoménal de cette industrie dans le temps, de son impact culturel, historique, sociologique, scientifique et technique. Elle a façonné un pays et une perception du monde. Dominique Bellier
L’équipe de L’Aventure du Sucre a, en deux ans, repensé tous ses contenus en les enrichissant, modernisé sa muséographie, développé l’illustration, la vidéo et l’image, introduit des jeux et de l’interactivité dès que possible, et multiplié les expériences physiques et sensorielles. Durant les six derniers mois de 2025, l’écomusée s’est transformé pas à pas, sans fermer un seul jour. Les travaux bruyants avaient lieu après la fermeture, et les modifications ont été réalisées en déplaçant l’ancienne version dans l’espace des expositions temporaires ouvert aux visiteurs, pendant qu’on installait à l’abri des regards la nouvelle scénographie avec ses objets et son mobilier…
Toute la visite est conçue pour s’adapter aux différents publics, même aux moins de 6 ans, qui ont leur « parcours bambin », tandis que les adultes et seniors peuvent faire des pauses autant que nécessaire. Parmi les outils offerts, un livret jeux permet aux 6 à 18 ans de gagner un petit cadeau, tandis que l’audioguide, téléchargeable sur le téléphone, sera disponible en neuf langues à partir du mois de mars, grâce à l’ajout du kreol mauricien !
L’écomusée se déploie aujourd’hui sur 5 000 m2 en neuf espaces thématiques. On retrouve la cheminée ronde de 1895, avec ses 33 mètres de haut, autour de laquelle toute la vie du village s’organisait, les engrenages géants, la locomotive à vapeur, le dernier chaland témoin de l’époque des dockers, le laboratoire et les cuves de cuisson qui sentent bon le caramel.
S’il se déploie dans l’écrin de l’ancienne sucrerie de Beau Plan, il concerne toute la profession, permettant par exemple de comprendre pourquoi trois usines produisent aujourd’hui 250 000 tonnes de sucre, quand 259 sucreries en produisaient 115 000 tonnes au XIXe siècle. Les parties historiques racontent les origines de la canne, la façon dont le cristal s’est rendu indispensable à travers le monde, le déploiement du commerce mondial, la tragédie de l’esclavage et l’engagisme.
Parmi les nouveautés, l’espace Énergie retrace le savoir-faire qui entoure la production d’électricité à partir de bagasse et paille de canne, non sans évoquer d’autres formes d’énergies renouvelables. La reconstitution de la distillerie New Grove illustre le renouveau du rhum mauricien, depuis qu’une loi de 2001 autorise la fabrication de rhum agricole, qui avait été interdite pendant des décennies pour prioriser le sucre… Des cuves et alambics en cuivre, des fûts de chêne racontent 200 ans de savoir-faire, tandis qu’un bar interactif outille les visiteurs sur la richesse organoleptique de l’alcool, à travers des vidéos, des dégustations et un odorama permettant d’en distinguer les nombreux arômes…
