Chronique d’un royaume perdu a déclenché, dès sa sortie en librairie, une sorte de raz de marée médiatique. Ce texte à la fois charnel et mythologique apparaît comme l’œuvre d’un compagnon façonnée tout au long d’une passionnante vie d’écriture. Dominique Bellier
Ananda Devi livre, avec Chronique d’un royaume perdu, son chant épique d’amour pour l’île Maurice. Inspirée par une histoire familiale ancrée dans le sud de l’île et recueillie lors d’enquêtes de terrain pour son doctorat d’anthropologie, elle l’avait gardée en elle, comme le point de départ d’une fiction à venir. Elle l’a travaillée, puis laissée reposer. Elle dit elle-même ne pas s’être sentie suffisamment chevronnée dans le passé pour déployer cette saga familiale sur quatre générations, qui raconte la naissance d’un village isolé, au Bouchon, débarrassé des jougs de l’esclavage et de l’engagisme. Pour y parvenir, il lui a fallu trente romans et bien des nouvelles, et, parallèlement, une patiente compilation de tout ce qu’elle voulait partager de ce pays qui l’habite avec à la fois la conscience des séquelles de l’histoire, la connaissance intime de l’expérience vécue et l’espoir confiant qu’elle sait placer dans nombre de ses personnages.
S’il est ancré dans une forme de réalisme social hérité de l’histoire de Maurice, des lendemains de l’abolition jusqu’à ceux de la première guerre mondiale, ce texte reconstruit, à partir d’un amour interdit et de la progéniture qu’il fait naître, une nouvelle utopie indianocéanique. S’il se réfère au mythe lémurien et aux géants tailleurs de montagnes de Chazal, il le réactualise par la richesse de ses références au monde d’aujourd’hui. La dynamique de la narration et son souffle poétique font que l’on se laisse transporter sans lâcher prise. En lice pour le Goncourt et le Renaudot, ce roman fait partie des pièces maîtresses de la rentrée littéraire française, généreusement salué par les médias.
