Disons-le, pas une quinzaine sans qu’il ne se passe un événement dans la sphère artistique locale. Indéniable, Maurice est un réservoir de talents constitué de plasticiens fabuleux, de musiciens hors pair et d’écrivains reconnus. Mais il semble que le pont établi entre la créativité des artistes et le public semble revenir exclusivement au soutien privé.

Pour introduire le propos, entendons-nous bien déjà sur la définition du mécène donnée comme telle par le Larousse français: « Personne qui aide financièrement, par goût des arts, un artiste, un réalisateur, un savant, un organisme de recherche, etc. ». Dans un espace aussi exigü que celui de l’île, les artistes existent, mais ils peinent à trouver les plateformes pour atteindre leur public. Relevé dans une récente tribune du Mauricien, Didier Wong ChiMan, Docteur en Art et Sciences de l’art, n’y est pas allé par quatre chemins. Il se passe bien des choses admet-il, en faisant notamment référence au Salon de Mai, tenu cette année au Mahatma Gandih Institute (MGI) dans le cadre du cinquantenaire, “ qui est certes une institution publique, mais l’exposition a été organisée par l’équipe des enseignants des Beaux-Arts”, et “PorLwi by light”, une initiative purement privée conduite par le couple Astrid Dalais et Guillaume Jauffret, – mais dont la pérennité semble compromise. La question face à ce constat est la suivante: quelle est la mission du Ministère des Arts et de la Culture, Quelle est sa politique culturelle si jamais il y en a une? Emmanuel Richon, le dynamique et enthousiaste directeur du Blue Penny Museum, ne mâche pas ses mots, lui non plus, quant à cette interrogation. “L’Etat est fâché avec l’Art et les artistes avec l’Etat. Lorsque le soutien public à l’art, à la culture en général intervient, il reste communautaire, mais il n’est pas unitaire”, et de convenir qu’il est reste très sceptique sur la possibilité d’un renversement de situation.

Comment conduire en effet une politique forte en matière de développement culturel et de conservation de son patrimoine (culturel) à la lecture d’un paradoxe assez révélateur. Son National Museum Gallery (NAG) qui existe depuis 1999 n’existe que de nom, n’ayant l’heure pas de bâtiment où s’ancrer. Difficile en effet de “democratiser” (dixit son directeur, Thivy Naiken), de promouvoir l’art et de le porter au devant du grand public sans disposer d’espace dédié. Le nom de La Citadelle, à Port-Louis a été évoqué comme pouvant être le lieu d’accueil du patrimoine artistique national, sans davantage de précisions quant à une date de début de travaux et d’ouverture du site au public. “L’Etat n’a pas joué sa fonction en matière de politique de développement culturel, poursuit Emmanuel Richon, raison pour laquelle, le secteur privé se positionne dans une logique substitutive”…

Œuvre de Bradshaw exposée au Blue Penny Museum

Dans un futur proche, la MCB aura sa galerie d’art

C’est en actionnant le levier de cette logique que le directeur du musée, responsable de la gestion du fonds de tableaux et des sculptures de la Mauritius Commercial Bank a eu l’aval de son directoire pour les mettre face au public. “ Nous avons 400 noms d’artistes dans nos fichiers; outre les oeuvres exposées au Blue Penny Museum, Raoul Gufflet et moi avions eu l’idée de rendre visibles les ¾ de la collection, jusque là stockés dans les réserves. Ces pièces sont désormais exposées dans les bureaux du siège de la MCB; nous sommes désormais à la recherche d’un lieu pour pouvoir sortir les 15% restants de notre stock; ce pourrait être l’occasion de faire des aller et retours d’oeuvres entre les bureaux et la future galerie pour que la collection exposée au public ne soit jamais la même”.  Souhaitant tenir le lieu encore au secret, “stratégique en terme d’accès au plus grand nombre”, Emmanuel Richon table néanmoins sur une ouverture dans deux ans. Ayant constaté que seul un Mauricien sur dix était capable de citer un artiste mauricien du 19ème siècle, “alors qu’ils sont tout de même une centaine”, il est tant que l’art local soit rendu à son public, et pour acccueillir l’Art il faut des lieux, aujourd’hui criants d’inexistance.

Deux personnalités investies

Si l’on parle de visibilité des artistes, il serait justice d’évoquer les noms de deux galeristes: celui de Charlie d’Hotman, fondatrice de la galerie Imaaya, qui a donné un souffle à l’art contemporain mauricien, mettant en avant des artistes et des plasticiens qu’elle suit et accompagne sur la durée. Un sérieux et une efficacité qui lui ont valu d’être nommée par l’Ambassade de France et l’IFM, commissaire de l’exposition « Regards croisés » organisée dans le cadre du cinquantenaire en mai de cette année. Salim Currimjee, artiste-collectionneur qui a créé ICAIO (Institute of Contemporary Art Indian Ocean) est devenu également un acteur clé de la promotion de l’art, bien qu’il ne se cantonne pas exclusivement aux artistes locaux. Pour preuve, place est faite actuellement aux tableaux de la sud-africaine Déborah Poynton. Un désir de contribuer à la promotion de l’art dans son pays qui se mesure, déjà, par la gratuité d’accès à son institut.

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