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Refonder l’écosystème patrimonial

Après un an de travail préparatoire, le projet Patrimoine Maurice, une initiative de coopération internationale pour la préservation et la valorisation du patrimoine mauricien, commence ce mois-ci à porter concrètement ses fruits et devrait accélérer ses activités d’ici à la fin de son mandat de deux ans l’année prochaine. Un petit point d’étape avec la coordinatrice Karen Yvon. Dominique Bellier

Karen Yvon, la coordinatrice du projet Patrimoine Maurice pour Expertise France, annonce de plus en plus d’accomplissements à partir du mois de septembre, après un an d’exploration, de réseautage et de mise en place de diverses études de faisabilité. La mission sur deux ans est ambitieuse car il s’agit de dynamiser l’écosystème de la préservation du patrimoine avec les institutions existantes, en apportant tout l’appui technique nécessaire à sa structuration.

On est parfois tenté de penser que tout reste à faire en matière de patrimoine à Maurice puisqu’en dehors des sites classés UNESCO, une politique culturelle et patrimoniale claire et engagée manque toujours à l’appel à l’échelle nationale. Dans le projet imaginé avec Expertise France, les trois sites du Jardin de Pamplemousses, du musée de Mahébourg et de l’ancienne cour suprême à réhabiliter sont considérés comme des projets pilotes sélectionnés pour leur diversité, permettant d’expérimenter, d’améliorer et de valider des principes généraux de gestion du patrimoine mauricien.

Sur le plan institutionnel, notre interlocutrice espère voir bientôt passer au parlement la nouvelle loi qui transformera le National Heritage Fund en National Heritage Authority, avec une définition du patrimoine élargie, qui engloberait par exemple les sites naturels et le patrimoine intangible, ce dernier comptant déjà quatre pratiques musicales inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO… La loi fondatrice de 2003 doit évoluer, les réglementations s’enrichir et intégrer aussi la restitution des biens culturels, à l’instar des 50 bustes d’anciens esclavés d’Eugène de Froberville, attendus l’année prochaine au Musée intercontinental de l’Esclavage

Ouvrir le financement

Autre aspect fondamental, le financement de la conservation et de la valorisation du patrimoine, essentiellement public actuellement, doit pouvoir se diversifier à la hauteur des enjeux, en s’ouvrant à de nouvelles sources, des fonds internationaux et des financements privés, qui seuls permettraient de faire aboutir nombre de projets en souffrance. Une étude de faisabilité sur le modèle d’organisme paritaire à créer et le type de partenariat public/privé à adopter est en cours de validation en Conseil des ministres. Le renforcement des capacités et des métiers, ainsi que le transfert de compétences font aussi partie des fondamentaux d’une véritable politique du patrimoine. Les sites pilotes permettent de trouver à travers la maîtrise d’ouvrage les moyens d’associer les bonnes pratiques au contexte, d’expérimenter des collaborations et transferts de savoir-faire entre professionnels spécialisés en patrimoine de France et de Maurice.

Pour dynamiser et impliquer la société civile, il faut, au-delà des ONG existantes, préparer une filière métiers dans les domaines de la conservation, de l’archéologie et de l’architecture du patrimoine, de la recherche historique et de l’ingénierie, etc. On pourrait aussi envisager la création de clubs du patrimoine pour inciter la jeunesse à s’intéresser à ces filières.

Les trois sites pilotes ont par nature des besoins différents. À Mahébourg, le magnifique bâtiment du musée doit être réhabilité de sorte que ses atouts architecturaux soient mieux pris en compte, l’accent devant être mis sur une nouvelle muséographie alliant contenu et contenant, et sur un accueil des publics bien pensé. Au jardin de Pamplemousses, se pose la question de la fonction du château de Monplaisir, des possibilités de valorisation des ruines liées à l’histoire de l’esclavage, des collections botaniques et de parcours thématiques… Pour l’ancienne cour suprême, qui devrait être transformée en cour d’appel, la recherche de financement devrait être la partie la plus délicate pour une rénovation, qui devrait s’avérer particulièrement coûteuse. Pour ces trois sites, le rapport de la conservatrice générale du patrimoine au musée du Louvre, Dominique de Font-Réaulx, est d’ailleurs très attendu…

© Twogether

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© Sarah Barbier

 

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