La bohême d’un cœur pur

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Jeté dans le monde, le dernier roman de Sylvestre Le Bon, raconte l’histoire d’un homme qui se retrouve à la marge de la société, éjecté d’un monde où l’amour ne semble plus avoir de sens. Comme à chacun de ses textes, le poète et romancier nous procure le plaisir rare de se délecter d’une langue élégante, généreuse, exigeante. Dominique Bellier

Les romans de Sylvestre Le Bon apportent le plaisir rare de découvrir des mondes à travers des personnages en quête de sens, en quête d’eux-mêmes, mais il serait réducteur d’y voir des romans initiatiques. Si la dimension introspective de ses personnages principaux ou narrateurs est toujours présente, ce n’est à chaque fois que pour mieux observer le monde qui les entoure. Car en cheminant sur les rives de la marginalité, ils font le choix de questionner le monde pour vivre leur vie, affichant une impressionnante lucidité.

Tout commence par une scène jouissive, aussi plausible qu’improbable… Le comptable d’une entreprise, Daniel Leval, a loupé la veille une réunion importante à son bureau parce qu’il s’est effondré suite à la mort accidentelle de son chat. Abasourdi par cette explication, son patron est si odieux que notre personnage en devient grossier et violent. Survient une raclée magistrale qu’on a pu rêver d’infliger à ceux qui n’ont d’humain que leur totale insensibilité.

Daniel devient certes un marginal pour la petite bourgeoisie bien-pensante, mais il gagne tout en authenticité. Il croise des personnages révélateurs, qu’il n’aurait sinon jamais rencontrés. Il vit des situations éprouvantes comme la prison ou le squat, mais ce passionné de photographie prend enfin le temps de regarder le monde. À travers lui, Sylvestre Le Bon passe l’île Maurice d’aujourd’hui au scalpel. Sa langue est celle d’un homme qui pense en poète, mais s’exprime ici en véritable romancier.

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