Lindsay Pointu a mis à profit sa retraite pour écrire des livres sur les personnages qu’il admire. Après une biographie en 2022 de Rémy Ollier, ce Mauricien d’exception dont nos politiciens gagneraient à s’inspirer, l’auteur a consacré ses recherches à une femme tout aussi méritante, mais invisibilisée : Émilienne Rochecouste, première Mauricienne élue députée en 1948. Dominique Bellier
Pour la première fois en 1948, des femmes ont eu le droit de voter et de se porter candidates sous le suffrage censitaire, pas encore universel. Denise de Chazal est souvent évoquée comme première femme politique, alors qu’elle a été nommée par le gouverneur de l’époque, suivant les règles constitutionnelles en vigueur. Émilienne Rochecouste a été élue députée cette année-là.
Edgar Millien, l’oncle qui a veillé à son instruction jusqu’au diplôme matriculaire, homme de presse et membre du parti travailliste, l’encourage à se présenter. Interrompant sa carrière d’enseignante, elle se jette dans l’arène très masculine, avec beaucoup d’idées pour améliorer les conditions de vie des plus modestes, et une inépuisable énergie pour s’adresser à la population et animer des meetings.
Émilienne Rochecouste a remporté ces élections haut la main sous la bannière travailliste, sans en être membre, en tant que députée du district des Plaines Wilhems/Rivière Noire. Malgré le respect et l’admiration qu’elle a inspirés, elle ne sera pas investie par le parti aux élections de 1953, Edgar Milien ayant rompu avec ce parti. Elle a pourtant laissé sa marque : les enseignants du privé lui doivent leur pension de retraite. Après ce mandat, elle a repris ses engagements sociaux, par exemple auprès des enfants incarcérés de Borstal, et elle s’est occupée des enfants… de ses sept enfants ! Deux d’entre eux ont d’ailleurs témoigné, au lancement du livre, du courage sans limite de cette femme généreuse et infatigable.






