Il a traversé les âges et changé plusieurs fois de fonction ; ses murs de pierre, comme on n’en fait plus, ont bourgeonné au fil des besoins de l’époque. Tant qu’il avait un rôle, il existait. Aujourd’hui complètement délaissé, le magnifique site du Moulin à Poudre, situé à Pamplemousses, ne sert qu’aux chasseurs de pierres et implore grâce. Eugénie Sauzier-de Rosnay
C’est dans les années 1740 que le site voit d’abord éclore une forge, qui deviendra, en 1775, un moulin à poudre – une exception à l’époque coloniale, où la production de poudre était inexistante dans les autres colonies françaises. À la prise de l’île par les Anglais, le site est converti en prison. En 1860, de nouveaux bâtiments poussent : un orphelinat accueillant principalement des enfants d’immigrés engagés, composé de dortoirs et d’une école. La métamorphose du lieu est presque cyclique : après de nombreuses années, ces bâtiments se transforment en hôpital de lépreux, puis, en partie, en tribunal de district.
Depuis, plus rien, hormis le fait qu’il est tombé en décrépitude totale. « Les pierres sont pillées et le site est complètement abandonné », confie Jayshree Mungur-Medhi, archéologue et membre de Our Heritage Foundation (OHF). Cette dernière s’y connaît, puisqu’elle mène la recherche sur le site depuis 2015. Grâce à un fonds octroyé par le Mauritius Research Council en 2016-2017, puis par le Nelson Mandela Centre for African Culture en 2020, les travaux vont bon train… jusqu’à l’arrêt des financements. Malgré le travail bénévole de Jayshree, la situation ne s’améliore pas et les chasseurs de pierres dévalisent le site. « J’ai alerté de nombreuses fois la police, mais, malgré les visites, rien ne change : les pierres semblent marcher toutes seules », dit-elle.
Pour sauver ce site inestimable, OHF lancera bientôt un atelier de réflexion autour de la question de la préservation et de la revalorisation du site. « Pour faire avancer les choses, nous avons décidé d’impliquer des acteurs publics et privés pour une concertation élargie, en collaboration avec des instances internationales, comme ICOMOS et le Réseau des Grands Sites de France », explique-t-elle. Selon elle, il n’y a qu’une solution : faire vivre le site en le rendant accessible au public. « Ces sites, inexistants dans les autres îles de la région, rappellent la richesse unique de Maurice », précise-t-elle. Un patrimoine qu’il devient urgent de sauver !

