Il y a, dans la vie des nations, des repères, des rendez-vous avec la mémoire. L’île Maurice indépendante, libre et souveraine, célèbre son cinquantenaire. C’est peu, cinquante ans, dans la vie d’un pays, mais c’est bien assez pour tenter de se souvenir d’où l’on vient, pour essayer de regarder, sans complaisance, avec lucidité, où l’on est arrivé, et peut être même pour envisager les contours de l’avenir. En ce mois de mars, où tout un pays commémore cet événement majeur, que fut l’accession à l’indépendance, La Gazette apporte, elle aussi sa petite note… Dans un bref dossier, forcément incomplet et subjectif, nous nous sommes interrogés sur le contexte de cette accession à l’indépendance, sur sa signification actuelle et sur les défis qui attendent l’île Maurice de demain. 

la veille de l’indépendance…

C’est un empire britannique conquérant, maître des océans qui, en 1810, était parvenu à subtiliser les Mascareignes à l’ «ogre Napoléon». Un peu plus de cent cinquante ans plus tard, au moment où elle s’apprête à donner son indépendance à l’île Maurice, l’Angleterre n’est plus que l’ombre d’elle-même.

Le Royaume Uni a déjà perdu la plus grande partie de son vaste empire colonial, dont l’Inde, qui en était le joyau. Et il n’est pas parvenu à transformer son industrie de guerre pour profiter pleinement de la forte croissance des années 50-60. Sur le plan de la politique internationale, l’expédition de Suez (1956) fut la dernière tentative anglaise de mener une politique étrangère autonome. Depuis cette date, Londres n’a plus d’autre choix qu’un alignement inconditionnel sur les positions américaines. Or, les USA ont programmé la disparition des empires coloniaux français et anglais. Par idéal démocratique, sans doute, mais aussi, et peut-être surtout, pour que leur leadership du «monde libre» ne puisse pas être contesté. Ils entendent bien remporter, d’une façon ou d’une autre, le bras de fer mortel dans lequel ils sont engagés avec l’URSS. Et leurs alliés européens ne leur semblent pas sûrs. Pour Washington, Londres, peut-être, et Paris, sûrement, pourraient bien trouver un terrain d’entente avec Moscou… Il faut donc affaiblir l’Angleterre et la France.

Il y a aussi, dans l’esprit des politiques américains, l’idée, plutôt judicieuse, qu’une situation coloniale qui dure trop longtemps finit toujours par jeter les colonisés dans les bras du communisme… Il faut donc décoloniser pacifiquement et sereinement partout où c’est possible, en obtenant des garanties que les nouveaux états indépendants resteront dans le «bon camp»…

Cette décolonisation pacifique est alors encore possible à Maurice.

Une revendication d’abord sociale

Face à l’administration anglaise de l’époque, il n’y a pas, à proprement parler de «combattants de la liberté», de «guerrilleros» indépendantistes (contrairement à ce que l’on avait tendance à dire, un peu vite, il y a encore une quinzaine d’années), mais un mouvement syndical et social, né dans les années 30, et qui cherche surtout à améliorer les conditions de travail des ouvriers agricoles… Or, tout à fait logiquement, porter des revendications sociales dans un régime colonial qui est organisé autour des notions de race et d’appartenance ethnique, revient à remettre en cause la primauté du groupe dirigeant… et donc à contester l’existence même de la colonie.  Les autorités coloniales, anglaises à Maurice, françaises à La Réunion, ne s’y trompèrent d’ailleurs pas et cherchèrent à écraser brutalement les premières grandes manifestations organisées au-
tour des sucreries…

Trente ans plus tard, à la veille de l’indépendance, l’activisme social s’est structuré en se politisant. Mais les partis qui sont issus de cette transformation ont, à leur tour, adopté une logique ethnique. Ainsi, et même si le parti travailliste (Labour) s’appuie sur une doctrine sociale humaniste, il a bien été obligé de constater que le cœur de son électorat est surtout constitué par les descendants des «coolies», ces Indiens «engagés» pour remplacer les esclaves dans les champs. Et pour faire front à cette structuration politique du groupe indo-mauricien, des organisations politiques équivalentes se créent pour représenter les créoles (descendants d’esclaves) et les musulmans…

Un référendum contesté

Ainsi, et alors que Londres s’apprête à organiser un référendum sur la possible indépendance de l’Ile Maurice, les jeux sont faits d’avance: engagé, aux côtés de l’administration britannique, dans la gouvernance locale, le Labour sera forcément favorable à cette décolonisation qui lui donnera les pleins pouvoirs sur l’île… Or, comme son électorat est le plus vaste, le résultat du référendum ne fait aucun doute. Du coup, les autres partis refusent l’idée même du référendum… Et Maurice, avant même d’être une nation souveraine, connaissait alors ses premiers affrontements inter-ethniques !

L’armée britannique, qui intervint alors sans ménagements, parvint à rétablir l’ordre et à encadrer l’organisation du référendum qui, tout à fait logiquement, fut largement favorable au départ des Anglais.

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