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dimanche, juin 23, 2024

Cinquante ans d’investigations sur l’île Ronde !

Depuis plus de vingt ans, la station permanente de la MWF sur la réserve naturelle de l’île Ronde permet aux équipes de se relayer toutes les trois à cinq semaines, afin d’accomplir un travail de sauvegarde et de restauration de l’écosystème, d’analyses et de recherches de solutions. L’heure est au bilan écologique.
Delphine Raimond

Pour faire face à la prolifération des espèces envahissantes sur l’îlot – animales et végétales –, Vikash (le directeur de conservation de la MWF) m’explique d’abord qu’une procédure de quarantaine très stricte est opérée. Le matériel professionnel et personnel transporté sur place, ainsi que les vêtements et chaussures sont systématiquement passés au peigne fin ! Savez-vous par exemple, que le velcro transporte beaucoup de corps étrangers menaçants ? Qu’une simple petite graine de tomate ou concombre… restée dans le tube digestif ou malencontreusement apportée par l’homme sur le site est une menace ? Que les insectes, fourmis, escargots… sont invasifs ? Que les cochons, lapins et autres bovidés – introduits sur tous les îlots du monde au tout début du XIXe siècle pour servir de garde-manger aux éventuels naufragés – ont détruit nombre d’écosystèmes ? Que les cabris présents sur l’île Ronde ont été éradiqués par la communauté scientifique en 1979, tout comme les lapins en 1986 ? 

J’interroge alors Vikash sur les raisons de cette éradication, me demandant naïvement comment ces animaux ont-ils pu nuire aussi gravement à l’écosystème ? « En se nourrissant des plantes qui s’y trouvaient et en bloquant leur régénération naturelle. Herbivores, ces animaux ont presque détruit la forêt. La perte de la végétation a entraîné la perte du sol, de sa terre, de toute sa couverture végétale ! À cette énorme érosion se sont ajoutés des faits climatiques. L’île est en grande partie pentue et dès qu’il pleut, des tonnes de terre partent en mer ! Tous ces facteurs ont réduit le milieu permettant aux plantes de pousser, entraînant par la suite la disparition des espèces non invasives, privées de nourriture et d’habitat pour se protéger ! » J’apprends que les tortues endémiques et autres reptiles étaient bien présents sur l’île Ronde dès les années 1800, jusqu’au milieu des années 70. C’est en 1975 qu’est aperçu pour la dernière fois le boa enfouisseur, unique au monde ! Vikash m’explique que beaucoup d’espèces disparues des terres principales ont survécu longtemps sur certains îlots. 

Le braconnage s’immisce alors dans la conversation ; mon interlocuteur est fier de m’annoncer que la pratique est stoppée sur l’île Ronde depuis 1996. Selon lui, il s’agit d’une combinaison de facteurs. « Je crois d’abord que le braconnage a diminué naturellement, grâce à une sensibilisation, une conscientisation, un changement d’attitude de la société, ajoutés à une demande de produits braconnés moins importante. Ensuite, le simple fait que la MWF soit postée sur l’île en permanence a grandement découragé les braconniers. Lorsque les cabris et les lapins ont été éradiqués, nous avons également constaté moins d’incitation à la chasse et au braconnage. Enfin, les équipes scientifiques arrivent sur l’île avec l’hélicoptère de la police ou le bateau de la National Coast Guard… ce qui est plutôt dissuasif, également ! »

Trois partenaires financiers soutiennent aujourd’hui le programme de conservation : le gouvernement, la MWF et le Durrell Wildlife Conservation Trust. Pour conclure sur le travail collégial effectué sur l’îlot depuis 50 ans, Vikash me confie que même s’il requiert encore beaucoup d’actions et d’investissement, son bilan est très encourageant ! Le braconnage et la chasse sont aujourd’hui totalement stoppés. L’extinction des espèces est fortement ralentie. La terre mieux retenue parvient à redévelopper la vie végétale. Des milliers d’arbres, arbustes, espèces endémiques et indigènes ont été replantés. La faune prospère, puisque scinques, geckos, oiseaux marins… ont repris leurs quartiers et les populations de reptiles se sont multipliées. Une espèce endémique survit même dans ce milieu naturel : le Casarea dussumieri, appelé aussi boa de l’île Ronde.
Quel meilleur témoignage de l’efficiente et résiliente collaboration entre l’homme et la nature ? 

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