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dimanche, avril 14, 2024

Femmes des années 2020 !

Oui, l’équipe rédactionnelle (féminine, de surcroît) de La Gazette Mag aime placer les femmes au cœur de l’actualité culturelle et socio-économique. Volontairement détachée de toute notion militante, il lui tenait néanmoins à cœur de saisir l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes (8 mars) pour leur consacrer cet entier numéro.

Depuis plusieurs années déjà, bon nombre d’organisations rassemblent des citoyennes et résidentes mauriciennes installées dans l’entrepreneuriat, afin d’exploiter leur potentiel et leur offrir une synergie porteuse. En témoigne, entre autres, l’association locale AMFCE (Association Mauricienne des Femmes Chefs d’Entreprise), dirigée par Rima Ramsaran et affiliée à la FCEM (Femmes Chefs d’Entreprise Mondiales) qui unit la voix de plus de 100 000 d’entre elles dans les affaires sur les cinq continents. Sa devise est parlante : « Seules nous sommes invisibles, ensemble nous sommes une force. » Le forum des directrices au sein du MIoD (Mauritius Institute of Directors) en est un autre exemple local, renforcé par la présence d’un CEO féminin, Sheila Udoojha.

Si l’on entérine le fait que les femmes n’ont plus rien à prouver, que l’égalité des compétences n’est plus conjuguée aux notions de combat et de victoire inhérente, parce qu’elle n’est que normalité, restons néanmoins lucides ! Notre sexe n’est certes plus aujourd’hui un obstacle à nos ambitions, mais le chemin vers l’équité est encore sinueux.

Dans le registre social et inclusif, l’incubateur Trampoline de l’entreprise mauricienne Currimjee Jeewanjee soutient et promeut le leadership féminin et l’accès légitime de ce segment aux conseils d’administration des entreprises. De son côté, Grant Thornton, spécialiste en audit et conseil, s’engage envers la communauté et le respect universel, avec son programme d’encadrement des femmes entrepreneures JA ITS TYME et son objectif d’autonomisation. Au sein des groupes hôteliers, la responsabilité sociale des entreprises (RSE) tend à donner toute sa place à la gent féminine, à n’importe quel échelon de l’organigramme. La FED (Fondation Espoir Développement) de Beachcomber, les Talk Series by Attitude, la Fondation Constance… et bien d’autres, le prouvent au travers de projets concrets et aboutis. Pour la MCB, l’égalité des genres est une question morale, mais aussi économique. Le groupe bancaire s’engage sur une représentativité féminine de 40% d’ici 2026, conscient du levier économique qu’elle préfigure. Quant à l’enseigne mauricienne Espace Maison, elle emploie un nombre croissant de femmes atteignant largement la parité ; un exemple significatif, dans une branche masculine qui plus est, de respect de l’équivalence des sexes !

 

Au lieu de dresser une liste – non exhaustive – des actions de bonne gouvernance instaurées dans tous les business, nous avons préféré brosser le portrait de ces chefs d’entreprise, responsables d’équipes ou de missions qui sont avant tout des femmes, professionnellement accomplies et personnellement épanouies.

Résilientes et dévouées, sensibles et passionnées, Tessa, Rima, Sandra, Sloane, Karine et Sheila se confient.

Tessa de Chalain – la techno mélodique

Maman d’une petite Dior de 2 ans et demi, la radieuse Tessa est en charge de tout le marketing, la communication et l’événementiel du Caudan Waterfront à Port Louis ; un travail colossal ! Si elle adore son métier, la stratégie commerciale et les challenges qu’il représente, Tessa reconnaît que son rôle de mère se confronte depuis deux ans aux limites de son dévouement professionnel. Si l’on ajoute les trajets quotidiens, le temps à la maison est restreint. « Il est difficile, quand on a de telles responsabilités, d’éteindre son téléphone, de déconnecter, mais c’est pourtant essentiel ! » Alors dès qu’elle le peut, Tessa file à la plage, le bain de mer est son éternel ressourcement !

Derrière la working girl, la femme accomplie soutenue à 200% par son mari et l’heureuse maman, se trouve aussi… une manipulatrice de platines ! DJ depuis dix ans, Tessa anime des soirées privées, ambiance des petits comités, participe aux gros festivals locaux tels que Pure et Mystik. Avec passion, la jeune femme mixe une musique électronique actuelle dans son style de prédilection mêlant paroles et rythmique : la techno mélodique. Avec frustration, Tessa avoue refuser depuis décembre plusieurs contrats qu’elle ne peut plus honorer. « Le travail de recherche et de préparation d’un enchaînement, qui doit être différent à chaque événement, est énorme et je n’ai actuellement plus le temps ! Mais ça va changer, car c’est une réelle échappatoire ! » Concilier sa vie de famille, ses fonctions professionnelles et sa passion est possible, elle le sait. D’ailleurs, pour elle, le parfait équilibre serait 40% – 30% – 30%, dans cet ordre. Fière d’être une femme et d’avoir donné la vie – la naissance de Dior fut un petit miracle, en raison de soucis de santé qui l’ont perturbée pendant des années –, Tessa s’épanouit pleinement, parce qu’elle a appris à s’aimer… et qu’elle se sait aujourd’hui aimée !

Rima Ramsaran – l’indépendante

Présidente de l’AMFCE (Association Mauricienne des Femmes Chefs d’Entreprise), le cheval de bataille de Rima, la forcenée du travail, est avant tout l’émancipation économique des Mauriciennes au sein de l’entrepreneuriat. Mais si elle a longtemps pensé que cette étape primordiale vers l’autonomie financière conduirait forcément à la parité, elle reconnaît s’être trompée. Pragmatique, elle m’explique que l’emprise – psychologique et sociétale – de l’homme sur la femme est encore ici bien trop présente. « Même si une femme génère son propre argent dans un foyer, elle n’aura jamais la liberté d’en faire ce qu’elle veut, car il sera avant tout pour la famille, les enfants… sous la gestion d’un frère, du père… » Alors, Rima s’emploie aujourd’hui à aider la population féminine à se défaire de ce bornage culturel.

Multi casquettes, Rima évolue depuis toujours dans des milieux masculins et n’a jamais eu à prouver sa légitimité. Pour elle, le statut de femme est à lui seul un avantage en société. L’empathie, la sensibilité, l’émotion… tout ce qui fait « notre cachet spécial » apporte équilibre et complémentarité, ce qui n’est pas le cas dans une communauté 100% féminine. « Mais depuis toujours, nous sommes néanmoins conditionnées, intimidées, emportées par le sentiment d’insécurité, l’analyse permanente… et on n’avance pas ! » 

Indépendante et fière de choisir où et quand elle veut être, Rima sait qu’un bon équilibre entre vies personnelle et professionnelle est important, mais reste convaincue qu’une femme « est bien trop passionnée et impliquée dans tout ce qu’elle réalise pour le cloisonner ! » D’ailleurs, elle s’y refuse. Rima adore voyager, découvrir le monde et l’inconnu, sortir de sa zone de confort. D’une grande tolérance, elle me confie être aussi extrêmement impatiente, parfois agressive, soulignant cette part de masculinité en elle !

Sandra Rabier – la dévouée

Depuis six ans, Sandra est le chef de l’établissement français Paul et Virginie à Tamarin, une fonction qui lui a valu, malgré presque 20 ans de présence dans l’enseignement à Maurice, de « se battre un peu plus et faire face à quelques guerres d’égo. » Des paroles plutôt engagées mais pas combatives. « Dans un discours féministe, il y a beaucoup de violence, alors qu’on doit plutôt faire valoir notre sensibilité, notre intuitivité ; ce qui nous permet de réagir au quart de tour, de gérer simultanément une multitude de choses. Je reste persuadée que la charge mentale d’un homme est différente de celle d’une femme. » Autrefois plus activiste, Sandra possède aujourd’hui d’autres armes pour bouger les lignes et imposer son pilotage. Agir pour une communauté – cette microsociété que représente l’école – et s’investir dans un métier de sens aux actions impactantes… est ce qui la fait vibrer. Je la sens entièrement vouée à son entreprise et ses élèves (plus de 400), dotée d’une légitimité manifeste auprès d’eux, des parents et autres instances hiérarchiques. Mais je décèle aussi une forme de solitude résignée chez cette femme nécessairement endurcie aux risques de destruction psychologique ; vécu oblige. « Prendre des décisions dérange, scinde… ne fédère pas, parce que ce n’est pas gratuit. Ma position est complexe et je n’ai pas (ou peu) d’amis, de confidents. » Forte de cette connaissance de soi si fondamentale pour avancer… et faire avancer, celle qui s’est souvent sentie différente, en dehors des codes et stéréotypes, et que les études propulsaient au rang d’ingénieur, se sent pourtant à sa place. Ultra perfectionniste, passionnée, créative, organisée, intuitive, Sandra reconnaît qu’elle devrait « rigoler davantage, gagner en légèreté », mais confie aussi : « Mieux vaut vivre de façon passionnée, plutôt que de ne pas vivre du tout ! »

Sloane Vian – la spirituelle

Brillante, cultivée, multilingue, elle a foulé les podiums du monde entier, défilé pour les plus grands, côtoyé le milieu de la Haute Couture, transformé son rêve de petite fille en réalité… mais a toujours su sa chance, son privilège ! Sloane a fondé à la Réunion dans les années 1990 la première agence de mannequins de l’océan Indien et lancé avec succès sa ligne de prêt-à-porter féminin. Styliste, coloriste… artiste, elle sublime aujourd’hui la femme, qu’elle reçoit individuellement chez elle, dans son showroom à Grand Baie. Guidée par une grande spiritualité et la circulation des ondes positives… elle se nourrit des tissus !

Ses pièces de collection uniques, imaginées et conçues dans ses ateliers mauriciens, exhalent sa formidable énergie créatrice. Dans son métier, ce qu’elle aime, c’est l’humain ! Le service et l’exclusivité qu’elle offre « dans un monde déshumanisé ! » L’authenticité d’un échange. La dimension de confiance qui l’unit à chaque femme… qu’elle reçoit avec bienveillance, qu’elle conseille avec une passion sincère, qu’elle habille de toutes les couleurs de sa vie.

Au fil de notre discussion, elle avoue être impatiente, « comme tous les cerveaux qui vont vite ! », mais reconnaît qu’elle met ainsi les choses en œuvre rapidement. Sloane sait conduire tous les engins, changer une roue, monter un meuble… et assume à 200% sa part de masculinité (quelle antithèse !), convaincue qu’en étant un homme, elle ferait alors beaucoup plus de choses ! Ambitieuse, elle va au bout de ses rêves, indéfiniment connectée à sa petite voix intérieure. « Je suis une vraie sagittaire. Je réfléchis avant de lancer, mais quand ça part, rien ne me perturbe ! »

Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront. Je ne connaissais pas ces mots du poète René Char au travers desquels Sloane se définit… mais je les adore !

Karine Perrier Curé – la leader

Responsable « marque et communication » chez Beachcomber Resorts & Hotels, Karine est également présidente de la Fondation Espoir Développement du groupe. Si elle savoure le sentiment d’être à sa place et la chance de faire un métier passionnant, ce n’est pour autant pas une condition sine qua non pour s’accomplir : « Mon ambition dans la vie n’a pas été de vivre de ma passion, mais toujours de faire du mieux que je pouvais, d’avoir du fun, d’apprendre et de grandir de mes expériences. » Pour cette assoiffée de connaissances, partager, échanger, stimuler… est fondamental pour son épanouissement, tout comme se ressourcer auprès de son mari Christophe et de leurs trois filles, Maëva, Clémence et Romane. « Après une longue journée de travail, j’ai besoin de penser à autre chose, de passer du temps avec eux et me préoccuper d’affaires personnelles. » Créative et manuelle, elle déplore son manque de disponibilité pour s’enfermer dans sa bulle et s’adonner à la pâtisserie, la couture, la lecture… « J’ai cependant compris qu’il ne fallait pas attendre d’avoir le temps, mais plutôt profiter des petites occasions offertes. » Les livres audio sont l’une de ses solutions, quant aux voyages en famille, elle patiente… se dit que lorsqu’elles seront possibles, ces expériences n’en seront que plus savoureuses !

Dans le registre de la condition de la femme, Karine refuse les débats stigmatisants, mais se pose des questions. Pourquoi est-il toujours étonnant de recruter une jeune femme enceinte ? Pourquoi est-ce que les femmes ressentent parfois la nécessité de justifier leur place ? Lorsque je lui demande si son parcours a subi de quelconques répercussions, elle me répond : « Oui ! mais j’ai choisi de m’en affranchir, de les tourner en force ! » Et d’ajouter : « Il y a encore du chemin à parcourir pour que nos filles puissent demain répondre par la négative à cette question ! »

Sheila Ujoodha – la bienveillante

La Mauritius Institute of Directors (MIoD) est un organisme à but non lucratif comptant 13 fondateurs, 34 parrains et des membres de l’entrepreneuriat de tous secteurs. À sa tête pour soutenir la bonne gouvernance des entreprises se trouve une femme, Sheila. Au sein du forum des femmes administratrices, une initiative du MIoD, elle s’attaque aux mesures sur la diversité, l’équité et l’inclusion. « Les femmes sont de plus en plus nombreuses à occuper des postes de direction, mais il reste encore beaucoup de travail à faire. Elles ont l’expérience, les qualifications et les compétences pour diriger les entreprises ! » Et cette femme à la tête d’une grosse entreprise sait de quoi elle parle ! Face aux obstacles d’ordre sexiste rencontrés dans sa carrière, et pour faire valoir ses compétences, elle a dû lutter contre le sectarisme : « Je prendrai toujours position pour ceux qui refusent de travailler pour une véritable égalité ! »

La pétillante et douce Sheila, au sourire et au naturel réconfortants, est soutenue depuis toujours par son père, ses pairs et son mari. Selon elle, la qualité de vie résulte de l’équilibre travail-amis-famille, « qui peut vous aider à devenir plus productif et moins sujet à l’épuisement professionnel, mais qui nécessite une planification minutieuse. »

Au cours de l’interview, Sheila me livre un défaut, la curiosité ; une qualité, l’authenticité. Me confie pratiquer le yoga et la natation depuis de longues années. Se définit au bureau comme confiante et audacieuse ; à la maison comme disciplinée (quel drôle de mot !) et attentionnée. Elle est entière, passionnée et bienveillante. Et de conclure : « Je voudrais remercier tous les hommes incroyables de nos vies. Leur soutien inconditionnel qui nous aide à grandir et à déployer nos ailes. J’aimerais les voir nous rejoindre dans le changement pour l’égalité partout ! »

« Pour être libérée, la femme doit se sentir libre d’être elle-même, non en rivalité avec l’homme, mais dans le contexte de sa propre capacité et de sa personnalité. » Ces mots d’Indira Ghandi auraient pu être prononcés par chacune des femmes croisées ce mois-ci, car toutes sans exception m’ont confié qu’être libre d’être soi, s’aimer et se faire confiance mène forcément à l’épanouissement.

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