Mélissa Blackburn, Annabelle Feury, Sanjeet Boolell ou encore Chaad Vince… Ils font partie de cette génération de créateurs de mode locaux qui donnent le ton et ouvrent le chemin. A de nombreux semblables, demandeurs de lieux où présenter leurs créations. Car même si l’enthousiasme porte à agir, difficile pour la plupart des « fashion designers » de rendre leurs talents visibles du public et de vivre complètement de leur passion. 

Photo finale de famille à l’issue du “Hennessy Fashion Week” en avril dernier

Les jeunes mauriciens sont friands de mode. Il suffit de se pencher sur les sujets phares d’Instagram pour en prendre la mesure. Style, création de vêtement, et les univers associés de la mode que sont le maquillage et la coiffure sont les thématiques phares qui circulent sur les comptes Insta locaux. Une jeunesse friande du genre porté par une vague de créateurs tout aussi jeunes. On se souvient des noms qui ont marqué la première « vraie » manifestation de mode organisée, à Maurice, en avril dernier, le « Hennessy Fashion Week ». Une opération qui a étonné tant par la qualité de ce qu’elle donnait à voir côté scène, que l’engouement rencontré auprès du public, tant virtuel (avec près de 1000 likes recensés sur la page Facebook de l’évènement durant la semaine) que du côté visiteurs venus en direct, soit assister aux défilés, soit prendre part aux nombreux ateliers proposés. 1400 personnes en tout, une performance pour un petit territoire tel que Maurice. L’hôtel d’affaires d’Ebène s’est lancé dans cette première expérience, dans la suite logique de son positionnement. Julien Glannes, son directeur général revient volontiers sur la réflexion qui a précédé la validation du concept porté par le Hennessy Park Hotel, avant son ouverture en 2011.

Un tremplin pour les créateurs

Amoureux de l’Art et la culture, il a voulu les mêler à l’établissement qu’il dirige en vue de donner à l’hôtel une âme supplémentaire et, « il est vrai que désormais, notre hôtel est assimilé aux Arts et perçu par les créateurs, comme une possibilité de tremplin pour faire valoir leurs talents auprès du grand pu-
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». Depuis le lancement du Backstage en 2013, suivi de son « Backstage Awards », (à sa 6ème édition cette année) un évènement qui offre aux artistes assimilés au monde de la mode une plateforme de visibilité, le « Hennessy Fashion Week » d’avril dernier s’est positionné comme la suite naturelle de ce qui existait déjà. Une vingtaine de défilés proposés sur 5 jours ont permis aux 13 designers locaux et internationaux de bluffer le public par la qualité des collections créées pour cette occasion. Car les designers mauriciens qui souhaitaient faire montre de leur créativité n’ont pas raté cette opportunité… Que les tenues présentées aient plu ou non, c’est la liberté d’expression qui a été mise en avant. Le jour du lancement, le 2 avril, les invités ont eu droit à la présentation de deux collections de Mélissa Blackburn, dont une qu’elle avait déjà présentée au “Backstage Awards 2018” et la seconde, inspirée du Hennessy et, selon ses propres termes, « incarnant une femme à la fois puissante et mystérieuse venue en visite à l’hôtel pour quelques jours pour le business et le plaisir, soit une collection dédiée à une femme caméléon qui parvient à tisser sa place dans un monde d’hommes». Le rendu était mystérieux, plein d’imagination et forcément artistique ! Décontractées et chic, les collections se voulaient résolument modernes. En transcendant le genre avec des tenues androgynes, qui n’ont pas manqué d’attirer l’attention. Le jeudi suivant, sous le thème High Fashion, les designers ont lâché la bride. À commencer par le maquilleur professionnel Cédric Lanappe, qui a présenté une collection totalement futuriste à travers laquelle combinaisons argent et accessoires rouges faisait ressortir les pierres décoratives ornant les visages des mannequins. Sanjeet Boolell a, pour sa part, proposé une collection élégante, tout en fluidité et transparence, qui laisse respirer le corps. L’audace était de mise ! Enfin, Chaad Vince a décroché la palme de la prise de risque avec une collection flirtant avec le sadomasochisme. Minijupe et bustier en cuir, laisse à clous, muselière, tout y était… La créativité à son paroxysme !

Passage très remarqué du maquilleur star Cédric Lanappe avec un modèle maquillé par ses soins

Mais durant cette semaine placée sous le haut patronage de la mode, le public s’était aussi déplacé en journée pour participer aux ateliers conduits sur des thèmes aussi variés que l’art, la maroquinerie, le maquillage, les nouvelles tendances vestimentaires avec des designers venus aussi d’ailleurs. Deux Africains de renom, originaires de Côte d’Ivoire ont d’ailleurs assuré un atelier sur les astuces à connaître pour créer un vêtement haut de gamme et choisir le bon tissu.

Création de Mélissa Blackburn pour le “Hennessy Fashion Week”

Des retombées médiatiques jusque sur CNN

Une vraie success story selon les commentaires issus du backstage, comme du public. « Personne ne s’attendait à pas à une telle qualité de prestation, mais en tant qu’hôtelier, nous avons l’expérience de l‘organisation et le site pour le faire », admet Julien Glannes. La seconde édition du « Hennessy Fashion Week » est déjà validée pour 2020, à la même période que la première. Si son format restera sensiblement le même, assorti peut-être d’un jour supplémentaire sur le programme, il veut l’année prochaine s’ouvrir sur l’océan Indien, en intégrant des créateurs réunionnais et malgaches.  «Nous ferons encore mieux», promet l’initiateur de cet évènement dont les retombées ont porté jusqu’en Afrique, via un reportage retransmis sur la chaîne CNN,… sur les commentaires de l’iconique Noamie Campbell ! Encore un élément de grosse satisfaction pour les organisateurs comme pour les participants que de constater la portée outremer de ce qui se passe dans l’île. « C’est un milieu porté par la jeune génération, qui ne demande qu’à s’exprimer», selon Julien Glannes, et nous lui offrons, au Hennessy, l’opportunité de le faire. »

Sanjeet Boolell, en pleine phase d’assemblage dans son atelier, bien qu’il n’aime pas associer ce mot à sa patte

Sanjeet Boolell porté vers le vêtement organique

Ce Mauricien de 35 ans a eu l’occasion de faire ses armes à l’étranger. Dipômé du RMIT (Institut royal de technologie de Melbourne), il travaille dans quelques ateliers australiens (impression de t-shirts, patronnage pour les couturiers) avant de se poser à l’Istituto Marangoni de Milan pour y décrocher sa maîtrise. Puis décolle pour le Liban où il fait un stage dans une maison de couture à Beyrouth.

« L’idée consistait à toucher à tout pour extraire de ces expériences, ce qui allait me plaire, ce que j’aimerais travailler, quelle technique me parlerait le plus », résume t-il.

Rentré à Maurice, il a désormais son atelier installé à Forest Side et reconnaît avoir, bon an, mal an, la chance de vivre de sa passion. Remarqués lors du défilé du « Hennessy Fashion Week », ses modèles, il les crée « comme un volcan en éruption, avec de la matière solide qui finit en lave », sourit-il… Sanjeet aime manipuler le tissu, le froisse, le brûle, curieux d’observer son aptitude à la transformation.

Sanjeet Boolell, réputé pour ses créations de toute fluidité

« S’il s’agit de faire dans ce que j’appelle la demi ou la haute couture, j’aime que la robe soit organique, pas assemblée, n’aimant pas y voir les coutures apparentes ».

Il avoue également apprécier créer des vêtements « resortwear » supposant des tuniques légères, des petites robes en coton, des caftans, qui attirent l’œil par un détail singulier. Contrairement à certains, son réseau lui permet de s’exporter et de faire valoir son talent en Inde, en Afrique du Sud, mais reste très confiant sur le futur de la mode consignée à l’intérieur des frontières de l’île. « Il s’agit d’un petit territoire, mais il est en train de devenir un « fashion hub » de l’océan Indien », assure t-il.

Mélissa Blackburn défend les valeurs du « slow fashion »

Créatrice pour Orchestra, enseigne dédiée à la puériculture et à l’enfance, elle touche à tout (denim, accessoires, petites mailles…), en développant, en parallèle, ses propres collections. Avant cela, la jeune femme de 36 ans, a travaillé pendant 11 ans pour l’industrie de textile RT Knits, en tant que directrice de design dans l’unité de production dédiée aux marques internationales Promod, Next, Asos…

« Travailler dans la production de masse en industrie m’a beaucoup enrichie, car j’ai fait durant cette période ce dont j’avais envie ».

Outre son activité chez Orchestra, Mélissa qui conçoit et façonne pour des particuliers, a créé sa première collection pour le “Backstage Awards 2018 “et la seconde, dans le cadre d’une commande du Hennessy Park Hotel pour la Fashion Week d’avril dernier. « Outre le fait d’avoir été contactée pour des commandes de particuliers, je me suis aperçue, là, qu’en se rendant visible, les opportunités de s’exporter existent ayant été approchée par une boutique de La Réunion et d’Afrique du Sud ». Issue de la section Textile & Fashion de l’Université de Maurice, et enseignante au Fashion & Design Institute durant un an à temps partiel, la créatrice reconnaît que les jeunes diplômés sont un peu paumés à l’issue de leur cursus…

« Il n’y a pas de visibilité sur ce qui les attend par manque de connexion entre professionnels et étudiants ».

Le second problème dont elle fait état porte sur les créateurs mauriciens qui sont assez dispersés, travaillant chacun dans leur coin, sans partage d’expériences, sans entité commune sous laquelle se regrouper. « Il existe fort heureusement des endroits comme le Hennessy Park Hotel qui offre une plateforme aux créateurs qui peinent à se faire connaître, voire reconnaître ; et à ma connaissance, il n’existe pas dans l’île, de lieu similaire ». Bien évidemment, elle espère réitérer l’expérience de la Fashion Week l’année prochaine, en proposant une collection bien différente, issue d’une réflexion et d’une conviction. Selon elle, les consommateurs se rendent compte que la production de masse, qui vaut aussi pour l’industrie de la mode est néfaste pour l’environnement. « Ils veulent désormais acheter en conscience et l’on observe une tendance à consommer du « slow fashion », c’est-à-dire des vêtements organiques qui véhiculent des valeurs d’équité et de recyclage», poursuit-elle. Ce vers quoi, elle compte orienter sa prochaine collection, qu‘on appréciera l’année prochaine.

Une nouvelle collection de chaussures pour enfants chez NISATHO

Patricia a ouvert sa boutique/concept store NISATHO, qui propose chaussures et accessoires, au centre commercial de Ruisseau Créole, Rivière Noire, en 2015. Cette professionnelle et passionnée de chaussures, fait venir ses collections d’Europe et propose une offre qui se veut aussi qualitative qu’exclusive! Son crédo : le confort du pied avant tout… mais avec style ! Les collections 2020 qui sont déjà en magasin, avant même leur sortie en Europe, sont assorties d’une nouveauté, une collection de chaussures pour les enfants.

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