L’aventure filmée du kreol morisien

0
8

Le réalisateur Gopalen Chellapermal a présenté en avant-première, en mars dernier, son documentaire Nou Kreol, souf nou nasion, dans lequel linguistes, universitaires et artistes racontent la naissance et l’évolution de cette langue maternelle, née de l’histoire et du brassage des peuples qui ont façonné Maurice. Dominique Bellier

Le kreol est la première musique que les enfants mauriciens entendent du ventre de leur mère, celle d’une langue très imagée, la plus jeune et la plus vivante des sociétés contemporaines. Le linguiste Vinesh Hookoomsing, qui a réalisé le premier dictionnaire bilingue créole/anglais, le rappelle dans le documentaire de Gopalen Chellapermal,

Nou Kreol, souf nou nasion (ou Notre créole, le souffle d’une nation), montre que cette langue viscéralement chevillée au corps de chaque Mauricien est constitutive de sa culture et de son imaginaire.

Terreau originel de la nation, cette langue structure la pensée de ses citoyens. Le réalisateur a réussi à interviewer la plupart des spécialistes qui ont œuvré depuis les années 60 à sa reconnaissance, de Dev Virahsawmy à Arnaud Carpooran, en passant par Nita Rughoonundun, Alain Ah Vee ou encore Lindsey Collen. Les nombreux intervenants décrivent ses caractéristiques, et surtout racontent, depuis ses origines, comment elle a récemment commencé à accéder à la reconnaissance.

Susurré en catimini dans les arrière-cours, le kreol morisien est progressivement devenu une fierté nationale, comme en témoignent des familles, des artistes tels qu’Henri Favory, Gaston Valayden, Biligane ou Daniella Bastien, ou encore des lieux emblématiques, comme la boutique ou le marché. Une voix qui, dans ce documentaire manque malheureusement : celle d’Abaim, dont le travail sur les traditions orales et leur transmission aurait apporté une dimension encore plus riche à ce portrait de la langue créole.

Ferment d’unité nationale, le kreol morisien entrera prochainement à l’Assemblée nationale, une fois établis les outils et amendements nécessaires. Mais le combat continue pour qu’il devienne langue d’enseignement, comme toute langue maternelle, et plus seulement matière optionnelle…

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici