Les chiffres avancés par le consulat italien indiquent environ 700 de ses ressortissants recensés officiellement sur le territoire mauricien. Une courbe plus ou moins stable depuis ces 20/30 dernières années. Loin de viser l’exhaustivité, l’idée fut d’aller à la rencontre de quelques chefs d’entreprise et de leur demander de quelle teneur était le fil qui les a fait cheminer jusqu’à Maurice, leur nouvelle terre d’accueil.

Commençons par une question un peu taquine posée à Stefano Zinno, Consul Honoraire d’Italie à Maurice, selon laquelle la communauté italienne ne serait pas particulièrement soudée…? “Les Italiens sont des patriotes, ils sont très attachés à leur drapeau, à leur terre. Mais ici dans l’île, au delà des affinités qui se créent entre les familles, il n’y a pas d’initiatives particulières pour que l’on se retrouve de façon plus élargie, si ce n’est le 2 juin, date de notre journée nationale et que l’on organise, question budget, tous les deux ans”. Ce dernier, – natif de Venise qui travaillait au ministère de l’Intérieur et fait Chevalier de la République à l’issue de nombreux cas difficiles de rapatriement de personnes vers l’Italie – précise aussi que les Italiens résidents le sont, soit par mariage avec un natif ou native mauricien(ne), soit parce que cette expatriation consentie correspondait à un nouveau projet de vie.

Cela se passe en général autour de la quarantaine. Un couple, avec un ou deux enfants décide de vendre leurs affaires et de prendre un nouveau départ sous le soleil mauricien”. Outre ses fonctions de consul, lui-même chef d’une entreprise de photographie, Stefano Zinno admet que nombre d’entre eux ont une activité en lien avec les métiers de bouche. “Pas un grand hôtel ici sans restaurant italien, n’est ce pas?” interroge t-il? Il est vrai, qu’au delà de cette catégorie spécifique de professionnels engagés dans l’hôtellerie, il faut bien admettre que bon nombre d’entrepreneurs italiens sont restaurateurs, traiteurs, officient dans la distribution de denrées alimentaires, bref, pactisent avec les plaisirs de la table.

Une donne logique sachant que la cuisine italienne, au même titre que la française, fait partie des cinq cuisines gatronomiques au monde. Il lui faut donc de nombreuses petites mains pour assoir et conserver ce statut enviable.

Quelques figures incontournables

Personne ne viendra certainement le contredire, parmi les adresses les plus fameuses, La Table du Château au Domaine Labourdonnais tenue par un Italien, à Mapou, suscite toujours les commentaires les plus enthousiastes.

Elle n’est pas exclusivement dédiée à la cuisine italienne, mais voilà des années que le chef  Fabio de Poli régale résidents et visiteurs à sa table gastronomique. Dans un autre registre, parmi les restaurants italiens qui ont fleuri dans l’île, dont le Da Antonio e Giulia à Trou aux Biches ou le S’Incontru à Grand Baie, Le Luigi’s de la même région, réputé pour ses pizzas cuites au feu de bois et ses pâtes faites maison, mérite que l’on s’y attarde pour son antériorité sur les autres. Petite histoire…

Originaire de Naples, Rafael Granaudo, part à Johannesbourg en Afrique du Sud pour rejoindre les restaurants familiaux dans lesquels il travaille dans les années 70. Puis, arrive à Maurice en 1978 pour y monter le premier Luigi’s, à Curepipe. Roland Maurel fait appel à lui pour la mise en place du restaurant La Dolce vita du
Domaine de Pailles en 1993 et ce n’est qu’en 2002 que le Luigi’s, sous la mouture qu’on lui connait, renait à Grand Baie. Le patron de cet établissement, très populaire auprès des familles, n’est pas peu fier d’être dans l’avant-gardisme… Premier à avoir proposé des pâtes et pizzas sans gluten, des plats vegan, il fait également savoir que tous ses produits sont halal.

Paola Cima, la dynamique patronne du Kiosk et du restaurant Al Dente à Rivière Noire.

“Trop de développement à Maurice”

Une autre figure incontournable de la restauration est celle de Paola Cima, “arrivée à Maurice pour une retraite bien méritée et pourtant toujours aux manettes”, rigole volontiers cette femme qui transpire le dynamisme. Anciennement propriétaire de deux cafés-restaurants en Italie, à Brescia, à côté de Vérone, elle envisageait avec plaisir les plages de liberté dont elle allait profiter dans son île d’adoption, qu’elle connaissait déjà. “ Mais passer de l’hyperactivité à rien, m’a pesée et, j’ai voulu repartir…,” raconte t-elle. Une opportunité d’association envoie ce projet de retour au pilon, et Paola ouvre son premier restaurant, le Rendez-vous à Case Noyale en 2001. S’ensuit, pendant quelques années un enchainement d’ouvertures, fermetures et changements d’enseignes de plusieurs établissements…, “ jusqu’en 2012 où j’ai de nouveau pensé à la retraite, mais on est revenu me chercher,” poursuit-elle. Paola Cima est aujourd’hui la gérante du Kiosk, un café-restaurant extérieur et du restaurant italien Al Dente Pasta&Pizza, situés tous deux dans le centre commercial de Ruisseau Créole, à Rivière Noire. Celle qui commence toutes ses journées en faisant les courses, est aujourd’hui Mauricienne. Elle porte un regard critique sur le manque de personnel de plus en plus handicapant, les jeunes se faisant embaucher par les bateaux de croisière, ainsi que le développement trop soutenu de l’île, raison pour laquelle elle a choisi La Gaulette pour résider. Elle avoue son attachement à cette région de l’Ouest par laquelle elle a abordé Maurice lorsquelle venait s’y reposer tous les ans. “Je n’irai jamais dans le Nord”, s’exclame t-elle!

Gamme de produits distribués par L’Artigiano

Belle illustration d’une réussite à l’italienne

C’est justement dans le Nord que se situe une enseigne bien connue des restaurateurs, pour s’y fournir en produits italiens, L’Artigiano. Une enseigne associée à une véritable success story, celle de Silvano Marchetto et de Daniella Quaranta. “Je suis chef à la base. Avec ma femme, nous avions notre restaurant, à côté de Turin, répertorié dans le Guide Michelin. Notre rêve de toujours, c’était de partir au chaud. Quand notre fille a eu 2 ans, nous avons vendu notre affaire et sommes venus à Maurice, une île qui offre les avantages d’un bon climat, du bilinguisme et de la possibilité d’y faire des affaires.

Daniella Quaranta et Silvano Marchetto, les associés de L’Artigiano

Et tout semble démontrer qu’il s’y connait! Silvano Marchetto rachète L’Artigiano en 2012 niché alors dans un petit garage à Pailles. Sa rencontre avec Daniella Quaranta, son associée sera déterminante quant à la tournure que prend l’affaire, dans le sens d’une ascension fulgurante. Aujourd’hui principal fournisseur des restaurateurs et des hôtels en produits italiens, L’Artigiano qui tient aussi boutique dans le centre commercial de Mont Choisy, importe deux containers par mois, par bateau et, quatre palettes, par semaine, par avion. Celui qui envisageait de “rester plutôt tranquille” en s’intallant ici s’associe ensuite avec l’ex chef italien du Royal Palm, Alessandro Morino, au sein de la société Pasta&pasta, spécialisée dans la production de pâtes fraîches, “bientôt visibles dans les supemarchés”. Il vient également, avec son associé Fabio Zanforlini, ex chef du Dinarobin, de lancer la société New Selecta, spécialisée dans la transformation et la distribution de chocolat pour le secteur hôtelier. “ Je rêvais de vivre au bord de la mer… je suis simplement heureux de pouvoir l’offrir à ma famille; il faut juste entreprendre avec passion, ce à quoi je me suis toujours employé,” sourit-il.

Aldo Maltese, fondateur du centre de bien-être C.R.E.I.

Pas que les métiers de bouche

Certes, indéniable, l’activité italienne ici est très souvent associée aux plaisirs de la table. Mais, certains ont fait leur place dans des univers bien différents. Pour exemple, à Albion, se trouve C.R.E.I., un centre de bien-être tenu par Aldo Maltese, “comme le héros de la BD Corto Maltese”, rit-il. Nombreux sont les représentants de la communauté italienne qui tiennent Aldo comme le meilleur dans sa partie. A juste titre! “C.R.E.I. veut dire chemin de recherche de l’évolution intérieure, exlique Aldo, lequel procède toujours par un entretien avant et après une séance. “J’avais créé mon centre en 1999, en Italie et, j’en ai ramené le concept pour l’implanter ici.” Approcher une personne dans sa globalité, via notamment un travail complet sur les émotions refoulées fait toute la richesse de sa philosophie du bien-être. Une posture “spirituelle”, associée à des connaissances solides du corps et des techniques de massage acquises en Italie… Après ses études d’anatomie et de physiologie, Aldo Maltese a eu l’opportunité d’apprendre les subtilités du massage sportif, alors qu’il était lui-même pratiquant de karaté. “ J’ai ensuite étudié la réflexologie plantaire, pratique dans laquelle j’ai obtenu mon second niveau avant de m’intéresser au shiatsu que j’ai étudié à l’Institut Européen de Shiatsu Milan. C’est à partir de cette étape que je me suis passionné pour les méridiens et donc commencé à travailler sur le tsubo, mot japonais qui signifie puits d’énergie”. Installé depuis neuf ans à Maurice, Aldo Maltese, qui propose bien sûr des massages de confort, se distingue surtout par son travail sur les énergies corporelles en vue de revitaliser la personne.

Sandra Zaccaria dans sa boutique La Menuiserie Italienne

La richesse de l’expérience humaine

C’est ce qu’avance Sandra Zaccaria, de La Menuiserie italienne – ameublement de la maison, travaux de mesuiserie, importation  d’articles italiens – , expatriée depuis quatre ans en famille. Native de Sicile, elle a gagné Maurice “pour une vie plus tranquille. Nous avions quitté la Sicile pour nous installer dans la Vallée d’Aoste, où nous sommes restés 12 ans, une région rude d’un point de vue climat. Nous avions la même activité qu’ici, c’est à dire la fabrication de meubles et les affaires marchaient bien. Mais la situation en Europe se dégrade et nous avions envie d’un nouveau départ”, relate t-elle. La famille décide alors d’investir sur le futur, en rejoignant Maurice, immédiatement perçue comme une île paradisiaque lors d’un précédent séjour en vacances. Si elle qualifie l’enrichissement sur le plan plan humain d’extraordinaire, “ le carrefour culturel et spirituel incarné par Maurice nous ayant donné une autre vision de la vie et de notre engagement sur terre”, les résultats sur le plan professionnel ont été probants, trois ans seulement après leur installation.

Meuble de salle de bain créé par La Menuiserie Italienne

Mais selon Sandra, il faut garder les pieds sur terre, cela reste dans l’ordre de la logique… la récolte finit toujours par arriver si l’on se place à l’intérieur du cercle vertueux. Et l’ouverture de leur boutique voilà un an et demi sur la route royale d’Arsenal illustre à la perfection cette philosophie portée par les Zaccaria. “Nous sommes heureux d’avoir fait ce choix, même si la famille et les pâtisseries siciliennes viennent à manquer”, conclut-elle. Le natif de Naples, Roberto Guglielmi, patron d’Italclass, société spécialisée dans la distribution de matériel de cuisine professionnel pour les hôtels-restaurants jusqu’en Afrique de l’Est, s’est ancré dans l’île voilà neuf ans.

Après dix ans d’activité au Luxembourg, il décide de tout vendre après un passage dans l’île “alors que je n’y connaissais personne. J’ai construit ma vie ici… déjà par un mariage avec une Mauricienne et, même si mes activités me laissent peu de temps pour les loisirs ou lier plus régulièrement avec les autres Italiens, je ne regrette en rien mon choix, la qualité de vie, ici, est exceptionnelle!” s’exclame t-il.

Tout est dit, par ces divers témoignages… C’est la quête d’une meilleure qualité de vie, au final rencontrée par la majorité des expatriés ici, qui explique bien des ruptures avec la terre d’origine. A moindre regret.

L’Italie en un coup d’ailes… d’avion

Le retour de la compagnie aérienne italienne, Alitalia, sur le territoire mauricien a été dignement fêté fin octobre dernier, autour d’un dîner de gala donné par le groupe beachcomber, précurseur sur ce marché touristique en Europe. Alitalia qui a arrêté ses opérations vers Maurice voilà plus de 40 ans a fait atterrir un de ses appareils à Plaisance le 27 octobre dernier. “Mais précise Karen Pang d’Omarjee Aviation, son représentant à Maurice, il s’agit de rotations saisonnières qui s’achèvent en mars, avant d’être réactivées en octobre de cette année”. Sur la base de 3 vols hebdomadaires effectués les lundis, jeudis et samedis vers Rome, la compagnie a joué sur les meilleurs créneaux horaires pour permettre la continuité vers Paris et Londres à des heures convenables, l’arrivée à Rome se faisant à 20h20 (heure locale). Sur l’appareil qui opère entre Maurice et La Botte, un Airbus A330, l’Italie se dévoile déjà… Pour exemple, les 19 sièges de sa classe Business Magnifica – ayant tous accès au couloir et inclinables à 180 degrés – sont faits du meilleur cuir italien. De même que les repas, toutes classes confondues, sont élaborés dans le sens Europe-Maurice par un chef italien étoilé et, dans l’autre sens de la marche, par le chef italien de l’hôtel Oberoi. Outre ces arguments, Karen Pang en fait valoir deux autres qui font la différence sur Alitalia, à savoir la facilité de connexion comme évoqué plus haut, avec la France et l’Angleterre et le nombre de kilos permis par passager : soit deux fois 23 kilos en soute et 8 en bagage à main.

Matteo Zinno, fondateur de la MTA, Matteo Tennis Academy

Matteo Zinno, parmi la seconde génération des Italiens expatriés

Il a créé la MTA (Matteo Tennis Academy) de tennis, déployée sur les sites des hôtels Victoria, Mauricia et Ravenala dans le Nord. Outre le service d’enseignement de la discipline, Matteo Zinno se consacre surtout à la formation des jeune talents de moins de 14 ans. Et celui qui a représenté Maurice aux Jeux des Îles en tennis en 2007 a obtenu de belles satisfactions en tant que coach. Elles se prénomment Julien Min-Fa, Zara Lennon, bénéficiaire, compte tenu de son classement, d’une bourse universitaire pour les Etats-Unis ou Jason Espitalier-Noel qui a battu lors du tournoi de Tarbes, en France, le numéro 1 mondial japonais et joué contre les 12 numéros mondiaux juniors. Pour la première fois alors, depuis 40 ans, flottait sur le site du tournoi de Tarbes, le drapeau mauricien…

Les belles italiennes…

Elles ont des courbes si harmonieuses, un look si ravageur qu’on les repère immédiatement!

Qu’il s’agisse d’automobiles ou de motos, les italiennes font partout tourner les têtes. Tous les européens connaissent Alfa Roméo! Pendant des décennies, la marque des bolides rouges (bien avant l’arrivée de Ferrarri) s’est illustrée sur toutes les courses automobiles. C’est d’ailleurs sur une Alfa que l’argentin Juan Manuel Fangio devait remporter le premier de ses cinq titres de Champion du Monde, en 1951…. “A Maurice, confie Karl, jeune commercial passionné chez ABC Motors, l’importateur local, Alfa Roméo n’a pas le prestige qu’elle mérite. Mais maintenant, les Mauriciens connaissent la marque. Et avec des véhicules comme le SUV Stelvio et la berline Giulia, ils vont réaliser à quel point cette marque est prestigieuse.”

Du côté des deux roues, l’Italie, c’est d’abord le Vespa (en fait, il faudrait dire LA Vespa, “la guêpe”). Importés à Maurice depuis la fin des années 60, ces scooters n’ont jamais complètement disparu. “On a un client, confie M. Costa, de chez Emcar, qui roule toujours avec son Super 150 (deux temps) de 1973…” L’image de la marque est d’ailleurs liée à une certaine nostalgie… le goût du Vintage, comme on dit aujourd’hui. La gamme importée est très etoffée avec, en premier prix, le VXL 150cc, à Rs 73 990. “Pour un scooter presque entièrement en tôle, c’est cadeau!”, conclue, avec enthousiasme, notre démonstrateur. Si l’on cherche de plus grosses cylindrées, Ducati est une référence. Belles, agressives, propulsées par des moteurs rageurs et pointus, les Ducati, importées par Rubens Racing, séduisent les motards les plus exigeants…

Toutes ces merveilles ont un point commun: le savoir-faire mondialement reconnu des designers italiens!

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