A la lumière du premier festival bien-être qui s’est tenu à Bel Ombre du 3 au 5 mai derniers, la question se pose : l’île Maurice est-elle ou est-elle en train de s’imposer comme destination wellness aux yeux de l’extérieur… ? 

Atelier du Wellness Festival animé par M.S Lelouch

Ce sont les jardins du C’Beach Club de Bel Ombre qui ont accueilli le Mauritius Wellness Festival by Heritage Resorts. 600 entrées, 30 intervenants, – 20 locaux et 10 internationaux -, 21 sessions par jour, deux « Expérience nature » et les soirées introduites par une « Inclosing ceremony » aux flambeaux…, voilà pour le bilan chiffré du premier festival bien-être local. Des ateliers organisés sous les trois immenses tentes bédouines installées à cet effet et des trails guidés au Morne, dans la réserve de Bel Ombre, ou encore dans le Parc national des Gorges de la Rivière Noire ont composé le programme de ces trois jours. Pour les conduire et les animer, une trentaine d’intervenants ont été sollicités. Parmi les experts internationaux, citons quelques pointures comme les instructrices de yoga Hannah Barrett, une incontournable londonienne et l’Autrichienne Jeanette Fuchs qui enseigne le Power Yoga, le Vinyasa et le Yin Yoga; Marie-Sophie Lelouch, naturopathe, devenue « Naturawchef » après avoir étudié la cuisine vegan et crue en Californie; Almarie Venter, une kinésithérapeute qui intègre des modèles holistiques de traitement utilisant, entre autres, la kinésiologie, le son vibratoire, la technique Nia, etc… ou encore, Dominique Lonchant, formé par le Dr Swami Gitananda à l’ashram indien Ananda de Pondichéry et qui enseigne l’art de la respiration depuis 30 ans. L’équipe locale se composait, elle aussi, de nombreux talents comme Daniel Lai Fang, maître Reiki, Qi Gong et Taï Chi, Audrey Bracey Deegan, une référence en coaching, Joanna La Gesse, professeure de Yoga – qui a animé un atelier fort original quant aux influences du cycle lunaire sur le rythme biologique -, ou encore Sandra de Foucault, nutritionniste ayant alerté sur les dangers de la consommation du sucre. Ce fut le moment où jamais de tenter le yoga sur paddle, les yeux bandés, ou au son du séga… Ou de découvrir l’acroyoga qui combine la sagesse de la discipline, le pouvoir des arts acrobatiques et l’amour des pratiques de guérison.

Respirer pour combattre le stress

L’édition 2020 déjà dans le canal

« Il y a des choses à affiner, à revoir, à éliminer et à développer ; nous avons appris de cette première édition pour faire encore mieux à la seconde qui interviendra à peu près aux mêmes dates en 2020 », confie Hélène Cassan, consultante en développement wellness auprès du groupe hôtelier VLH depuis juin 2017, conceptrice et organisatrice du Wellness Festival. Il est, selon elle, l’aboutissement logique du positionnement de l’hôtel Héritage, le premier à avoir organisé des « wellness break » depuis 2014. « Les autres groupes hôteliers ont ensuite emboîté le pas ». Avoir baptisé son établissement de Bel Ombre Heritage Golf & Wellness Resort – le seul hôtel à porter l’extension wellness dans l’île – en dit long sur les ambitions de VLH en matière de bien-être.  « L’idée de ce Wellness Festival vise à fédérer tous les acteurs du tourisme, c’est l’alliance qui permettra de créer une force pour l’île en faisant la promotion, à l’international, de ce qu’elle a à offrir en matière de bien-être », soutient Hélène Cassan. Bien que les « Wellness travellers» constituent au niveau mondial, le marché au plus fort taux de croissance dans le domaine du tourisme, que notre île regorge de mille atouts pour, à priori, attirer ce type de voyageurs en quête d’expériences, il semble que Maurice peine à se faire reconnaître comme destination wellness.
« Depuis 2000, le « spa attitude » a explosé dans l’île, tous les groupes hôteliers ont saisi l’importance de doter leurs hôtels d’un spa, porté par un concept qui le différencierait de son voisin », explique Hélène Cassan. Et le concept du spa, c’est-à-dire un centre dédié aux soins du corps et aux massages a évolué vers celui du wellness, un terme qui pose parfois, voire souvent des problèmes de compréhension. « Il s’agit d’une approche globale du bien-être qui englobe, les massages bien sûr, mais aussi la nutrition, les immersions en forêt, les exercices physiques, de respiration… etc. Un concept large et qui autorise un maximum de créativité du moment qu’elle vise le bien-être de la personne ». Celle qui est à l’origine du « Nature wellness trail » ou du « Forest bathing» a eu la satisfaction de voir s’associer à ce premier festival, la Mauritius Tourism Promotion Authority. Son directeur, Arvind Bundhun envisage de consolider le partenariat de la MTPA l’année prochaine en programmant des campagnes de communication internationales « pour positionner Maurice comme destination wellness au même titre que Les Maldives et le Sri Lanka, nos concurrents sur ce secteur, dans la zone océan Indien. Tout comme nous nous assurerons, en 2020, d’organiser une couverture presse internationale conséquente en invitant des journalistes spécialisés et des blogueurs. »

Reshma et Vishal, piliers du centre wellness du Long Beach

Les groupes hôteliers l’ont bien compris

Que ce soit le Shanti et son magnifique centre bien-être ayurvédique, le multi-primé Maritim Tropical Flower Spa, le groupe Beachcomber porté notamment par son centre bien-être du Dinarobin, et qui a développé il y a peu une gamme de soins dédiés spécifiquement aux 6-15 ans, à chacun son concept. « Notre île présente bien des atouts, que ce soit en terme d’environnement, qu’en terme d’expertise, de savoir-faire. Les spécialistes wellness mauriciens sont ainsi dire tombés dans la marmite dès leur plus jeune âge ; une singularité que l’on doit au melting-pot culturel propre à l’île et où les connaissances et l’apprentissage se transmettent de génération en génération », admet Hélène Cassan. Une réalité parfaitement illustrée par Vishal Panchoo, un thérapeute que tout Maurice s’arrache, ayant tout appris de son père et de son grand-père… Thérapeute ayurvédique à l’hôtel Long Beach, il a mis au point avec Reshma Dookhea, responsable du centre bien-être de l’hôtel, un programme de 5 jours baptisé l’ « Ayurveda Wellness retreat », parmi les 3 packages bien-être proposés par l’hôtel. « Au Long Beach, nous avons une approche du wellness extrêmement large ; elle passe par exemple par la qualité de la literie, le programme « Disconnet to reconnect » une boîte dans laquelle on invite nos résidents à oublier leur téléphone, une offre culinaire spécifique associée au concept « Slow eating » en posant un sablier sur la table, des exercices physiques, l’incomparable rituel du lever du soleil puisque nous sommes orientés est… », détaille Reshma.

« Mais il est également vrai qu’une personne à la recherche d’une destination pour une cure détox pensera plus au Kérala, en Inde qu’à Maurice. C’est une fois arrivées sur place que les personnes se rendent compte que nous avons beaucoup à offrir, et sont général très surprises de constater cela », poursuit-elle. Bien que l’offre wellness soit riche et complète, elle est pourtant, toujours perçue – du moins jusqu’à ce jour – comme un plus au séjour et non un but en soi. Mais tous les espoirs sont permis selon Reshma pour inverser la tendance… Il faut encore un peu de temps pour creuser cette veine et développer cette image de Maurice à l’international. Le Long Beach promet de prendre le train en marche, en organisant dès le mois de septembre prochain, un évènement « qui fera parler de lui » entre ses murs.

Sophie Aubriet, de Planète Production

Deux professionnelles qui abondent dans ce sens

Sohie Aubriet, de Planète Production a installé son bureau à Tamarin voilà bientôt un an. Son entreprise dont le siège est à Paris a pour vocation de créer des voyages dans le monde entier pour le marché français, « mais le bureau mauricien s’occupe plus spécifiquement de l’Afrique, l’océan Indien, l’Asie et l’Océanie ». Créant des produits spécifiques sur demande « une agence de voyage par exemple », Planète Production concocte des séjours pour le compte de voyagistes tels que Directours, Voyage Privé qui les mettent, ensuite, en vente sur leur site. Pour Sophie Aubriet, dans l’univers du voyage depuis toujours, « Maurice est une destination wellness, mais elle n’est malheureusement pas présentée à l’extérieur comme telle. L’existant est bel et bien là, mais il n’est pas développé sur les marchés émetteurs, le principal étant la France ». Et de faire la comparaison avec La Réunion qui, elle, a bien su se vendre en mettant l’accent sur ses singularités, la nature et les sports extrêmes.  « Je le constate chaque année sur le Salon mondial du Tourisme à Paris, le World Travel Market de Londres ou l’ITB de Berlin, plage et cocotier reste le crédo majeur de ceux qui occupent le stand mauricien pour faire la promotion de l’île ; la dimension wellness n’y est pas du tout repésentée», regrette -elle. Ayant récemment fabriqué pour Voyage Privé un séjour incluant du yoga, du Pilates, des massages, des marches en forêt, elle reconnaît n’avoir toujours pas réceptionné la validation du voyagiste sur cette offre. « Parce que pour l’extérieur, le wellness c’est encore et toujours Bali…, alors que Maurice a un potentiel extraordinaire… !! ». Il faut aussi ne pas négliger l’aspect financier d’un séjour wellness vendu 15 à 20% plus cher qu’un séjour simple, ce qui peut représenter un facteur bloquant non négligeable sur une destination où l’aérien reste cher. « Ce qui explique le mode opératoire commun du client : il opte en général pour un séjour simple et c’est une fois sur place qu’il choisira une prestation wellness à la carte », conlut-elle. Maria L-H Ducray, d’origine espagnole, œuvre elle… sur le marché hispanique via la société qu’elle a créée voilà 14 ans, Isla-Mauricio, spécialiste du voyage sur mesure « parce que j’aime le contact humain, le relationnel ». Son champ opératoire concerne une petite proportion de Sud-Américains – Péruviens, Brésiliens et Chiliens – qui passent 3 à 4 jours à Maurice, après un séjour en Afrique du Sud et les Espagnols, – excluant la clientèle spécifique de l’hôtel RIU. « Ces derniers vont rechercher un hôtel de luxe et ne savent pas, avant leur arrivée, qu’ils vont tomber sur une offre bien-être aussi complète dans l’établissement choisi », admet Maria. Même s’ils ne viennent ni pour la spiritualité, ni pour le wellness, étant là principalement pour la plage et la détente, chacun fera l’expérience du centre bien-être au moins une fois durant son séjour.

Du chemin reste à parcourir et des efforts concertés – entre privés et autorités – à fournir pour que Maurice, outre son positionnement balnéaire et multi-culturel, puisse, à moyenne échéance se prévaloir comme destination wellness. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

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