Une bonne dose d’optimisme, le goût du risque et l’esprit d’aventure: voilà les qualités indispensables pour rouler à moto sur notre île! C’est qu’entre les panaches toxiques lâchés par les bus, les camions qui vous frôlent dangereusement, des automobilistes imprévisibles, des routes défoncées et des glissières de sécurité coupantes comme des lames de rasoir, le danger est permanent… Et pourtant la moto n’a jamais eu autant d’adeptes à Maurice. 

Bien sûr, il y a motards et motards. Notre galerie de portraits, ne prétend pas être exhaustive, mais elle rend assez bien compte de la réalité.

Il y a d’abord, le motocycliste. Pour lui, son deux roues, c’est d’abord un moyen de transport abordable et pratique. Il reconnaît volontiers qu’il préfèrerait rouler en voiture, mais…c’est trop cher, et puis il n’a pas le permis…et à son âge… Alors on le croise, en ville comme sur les petites routes de campagne, seul sur son engin surchargé de cartons, de marchandises diverses ou d’herbes pour les cabris. Ou bien serré sur la selle, avec son épouse et son gamin. Pour les « motards », les vrais, les purs, ceux qui voient en la moto « un mode de vie », il ne fait pas partie de la tribu… Pourtant, il affronte les mêmes dangers qu’eux, et meurt tout aussi bien qu’un autre, heurté par un van ou un 4×4, au cours d’un « hit & run » – délit de fuite – nocturne.

Puis vient le gros des troupes. Ils ont entre 16 et 25 ans. Ils se faufilent partout, et de préférence à gauche. Démarrent en trombe aux feux rouges et transforment la moindre portion de ligne droite en circuit où se révèlent aussi bien la puissance – relativement modeste – de leurs moteurs que la dimension exagérée de leurs égos… C’est en tout cas comme cela que les automobilistes les perçoivent!

Jeune motard, Matt regrette que le comportement de certains ternisse la réputation de tous les motards.

 

Image écornée par des têtes brûlées

Matt, qui n’a pourtant que la vingtaine et roule sur une petite sportive de 200cc, est assez lucide. « Il y a bien, reconnaît-il des irresponsables. Des gars que je vois en short et savates, par exemple. Un jour, ils apprendront, trop tard, que le goudron est plus dur que la chair… Et puis les fans de cascade, qui font de la roue arrière en pleine ville, au milieu du trafic… Ils ternissent l’image de tous les motards et servent d’alibi à ceux des automobilistes qui ne nous respectent pas…! »

Vikash  – prénom ficitif -, n’est pas d’accord. Plusieurs fois par semaine, à la nuit tombée, il rejoint un groupe de super-héros. Ce surnom, ils l’ont gagné quand une vidéo a fait le buzz sur les réseaux sociaux. On y voyait certains d’entre eux, pilotant allongés sur la selle de leurs motos, dans une position qui rappelait Superman en plein vol! Son engin ressemble à une mobylette qui aurait développé quelques excroissances… A l’origine, c’était bien un vélomoteur. Mais Vikash y a greffé un bloc de 160cc, un carburateur et un filtre à air énormes! Et la mixture qu’il injecte dans le réservoir n’est pas disponible à la pompe! Avec cette machine infernale notre vengeur masqué lance défi sur défi à des propriétaires de motos bien plus coûteuses. Et il gagne. Le plus souvent. « Je sais que c’est dangereux, reconnaît le pilote, mais c’est excitant. La moto, pour moi, c’est le risque, la vitesse, le danger. Si c’est pour rouler pépère, ça ne m’intéresse pas! » Et c’est vrai, que question risque, il n’en néglige aucun, puisqu’il prend part à ces courses clandestines sans autre protection qu’un vieux casque défoncé.

Ali Abdallah, qui tente de fédérer les motards de Maurice et anime la page FaceBook MotoMemes.mu dédiée à la moto et la plus fréquentée localement ne peut que constater. « La moto est devenue une mode chez les jeunes et tout le monde veut piloter une moto rapide, sans être formé, sans s’équiper, en portant des casques « joujoux », en zigzaguant entre les voitures et sans respecter le code de la route… »

 

Des moto-écoles qui tardent à décoller

Avec un groupe de passionnés, il est à l’origine de la décision gouvernementale d’ouvrir des moto-écoles. Mais le projet, annoncé à grand renfort d’articles dans la presse, il y a quelques mois, tarde à décoller.

Ali fait partie d’une catégorie de motards en pleine expansion à Maurice: les heureux possesseurs d’une grosse cylindrée. Il roule sur une BMW 1000 de 205 chevaux! « Sur un gros cube, on passe de 0 à 100km/h en 3 secondes! Alors l’apprentissage, la maîtrise, le respect des règles et le port des équipements de sécurité sont essentiels! C’est pour cette raison que les pilotes de grosses motos sont généralement bien équipés. Alors que l’on voit des gars passer en 125 ou 200cc sans même une paire de gants et en t-shirt! » Ayant appris à conduire en Allemagne, Ali participe également aux courses sur pistes régulièrement organisées au stade Anjalay, à Mapou. « Ca permet de rester affuté et c’est profitable sur la route ».

Mais d’autres pilotes de grosses cylindrées n’ont jamais appris à maîtriser leur machine… Comme la voiture ou le bateau, la grosse moto est devenue, chez certains, un marqueur de réussite économique. On achète, à un prix variant de Rs 500 000.00 à Rs 1 500 000.00, une hyper-sportive japonaise pouvant atteindre plus de 300km/h, ou un énorme cruiser américain…pour rouler 1 000 Km dans l’année, les dimanches.

Il y a donc de plus en plus de motos à Maurice… Mais il est bien difficile d’imaginer que tous ces types de motards puissent, aujourd’hui, se reconnaître comme membres d’une même famille…

 

Motards de toutes les cylindrées, unissez-vous !

Forcément marquée par son individualisme, sa « liberté », le petit monde de la moto à Maurice cherche, à travers plusieurs initiatives, à créer des groupes plus ou moins larges. Officieusement ou en déposant les statuts d’associations, par marque, par cylindrée ou par catégorie, des motards se regroupent partout sur l’île. A l’intérieur de ces clubs de bikers, on organise des balades en groupe, on échange des conseils mécaniques et, de plus en plus, on réfléchit à l’avenir de la moto à Maurice.

Le besoin d’accéder à des équipements de protection performants, homologués et à des prix raisonnables fait partie des premières revendications communes à tous ces groupes. La mise en place d’une formation initiale sérieuse et la construction d’un circuit sont, également, souvent évoquées.

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