A l’origine éditrice pour les éditions Stock, Caroline Laurent s’est lancée dans l’écriture avec Et soudain la liberté co-écrit avec Evelyne Pisier en 2017. Elle est de retour cette année avec son tout premier roman en solitaire. Rivage de la colère est une œuvre poignante sur le parcours des Chagossiens depuis l’indépendance de Maurice en 1968. La jeune femme a accepté de nous en dire un peu plus.

La Gazette : Pourquoi avoir choisi d’écrire sur les Chagos ?

C. Laurent : Ma mère, mauricienne, a vécu avec sa famille quelque temps aux Chagos avant la fermeture des îles. Elle m’a toujours parlé de ce paradis perdu avec émotion. Une émotion double : d’un côté l’émerveillement, lié à la beauté de cet archipel du bout du monde; de l’autre la colère, liée à la déportation ignominieuse de ses habitants. C’est ce grand chaos de sentiments qu’elle m’a transmis et qui m’a poussée à écrire. Je voulais rendre hommage à ce peuple, mais aussi restituer à ma mère un morceau de son enfance.

La Gazette : Vous vous êtes rapprochée du Groupe Réfugiés Chagos et vous avez échangé avec Olivier Bancoult. En quoi ce rapprochement a impacté votre roman ?

C. Laurent : Cet échange a été déterminant. Olivier Bancoult m’a raconté l’histoire de sa famille, son engagement, ses déceptions et ses espoirs. Il m’a ouvert les archives de Pointe-aux-Sables, m’a permis de plonger dans les photos d’époque, les témoignages, les procès-verbaux. Il m’a invitée aux réunions de comité du Groupe Réfugiés Chagos. J’étais également aux côtés de la délégation chagossienne à la Cour Internationale de Justice de La Haye. Tout cela a nourri le roman mais m’a impliquée plus personnellement encore dans le combat chagossien, que je porte de mon mieux, à mon modeste niveau.

La Gazette : A travers les personnages présents dans le roman, On sent une véritable authenticité, vous-êtes-vous inspirée de personnes ayant réellement existé ?

C. Laurent : L’héroïne du roman, Marie-Pierre Ladouceur, est un personnage composite: j’ai pensé aux trois premières résistantes chagossiennes, Rita Bancoult, Lisette Talate, Charlésia Alexis, que j’ai fait fusionner. J’y ai ajouté mon propre imaginaire, ou ce que j’avais pu percevoir des femmes  chagossiennes lors de mon dernier séjour à Maurice. Face à Marie, dans le roman, se trouve Gabriel Neymorin, mauricien, issu d’un milieu bourgeois, qui part aux Chagos comme secrétaire de l’administrateur. Lui, je l’avoue, m’a été en partie inspiré par les hommes de ma famille… Mais comme toujours, avec une large part de fiction et d’invention.

La Gazette : Croyez-vous encore aujourd’hui à un avenir meilleur pour les chagossiens ?

C. Laurent : Je veux croire à une reconnaissance de leur drame et à une contrainte internationale forte sur la puissance britannique. Le verdict du tribunal de La Haye, favorable aux Chagossiens, va dans ce sens. Mais il s’agit d’un « avis consultatif » : il faut aller plus loin. Diego Garcia est toujours une base militaire très active, difficilement récupérable. Mais les îles du Nord, Peros Banhos et Salomon notamment, pourraient être rendues aux Chagossiens dès à présent. Si l’opinion publique se mobilise et fait pression, on peut espérer un changement favorable. C’est en tout cas le vœu que je formule pour eux.

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