Lors d’un court séjour à Maurice, Nicolas Moufflet a enchainé les rendez-vous. Si ce jeune ingénieur français suscite une tel intérêt chez nos hommes d’affaires, c’est qu’il propose une toute nouvelle technologie permettant de produire des bouteilles en plastique végétal, fabriquées sans une goutte de pétrole et totalement biodégradables.

Située près de Saintes, dans l’Ouest de la France, la société LysPackaging est la première, au monde, à fabriquer des flacons en plastique végétal totalement compostables. Baptisée Vegan Bottle, cette bouteille peut prendre toutes les formes possibles, recevoir une variété infinie de liquides, des boissons alcoolisées aux cosmétiques, en passant par les jus de fruits, et être produite à partir de divers végétaux. “C’est l’aboutissement de recherches initiées en 2000, raconte Nicolas Moufflet. Après de nombreuses années passées à concevoir des flacons et des bouteilles, en verre tout d’abord, puis en plastique pour des grandes marques, j’ai choisi de chercher à produire une bouteille qui tienne compte des enjeux environnementaux.” Le fruit de ces recherches est donc la Vegan Bottle, dont le bouchon et l’étiquette sont aussi biodégradables. Fabriquée à base d’amidon de maïs ou d’autres végétaux, elle est déjà produite à plusieurs millions d’exemplaires. A partir de 2015, l’enjeu était de remplacer le maïs. En 2017, Nicolas Moufflet est parvenu à mettre au point un procédé efficace à partir de la canne à sucre.

Mes fournisseurs, en Inde, explique-t-il, me livrent des granulés de sous-produits de la canne. Dans notre usine, grâce à un procédé complexe… et secret, nous les transformons en granulés de bio-plastique pouvant prendre la forme de bouteilles, flacons…

Vers un monde sans plastiques d’hydrocarbures

A l’heure où l’on s’aperçoit que les micro-particules de plastique ont envahi les océans et jusqu’à l’air que l’on respire, la Vegan Bottle constitue un pas significatif dans la direction d’un monde sans plastiques d’hydrocarbures.

Et le résultat est si probant que LysPackaging a d’ores et déjà signé pour l’implantation de deux usines, en Californie et au Québec. Et des contacts sérieux ont eu lieu avec certains industriels sud-américains, sud-africains, réunionnais et malgaches.

A Maurice, Nicolas Moufflet est assidûment courtisé par quatre ou cinq gros opérateurs économiques. “J’espère que c’est le signe d’une réelle prise de conscience, déclare le chimiste français. Pour moi, cette concurrence est saine, elle va me permettre de choisir mes partenaires locaux en m’assurant qu’ils respectent nos principes. Par exemple, je ne veux pas embouteiller du Coca avec la vegan Bottle. Les agissements de cette multinationale en matière d’environnement sont incompatibles avec mes valeurs. Et si je devais travailler avec leur embouteilleur à Maurice, je m’assurerai que ce soit par exemple, pour l’eau minérale et pas pour ce soda…” Mais alors que le jeune chimiste se transforme en commercial pour implanter ses usines aux quatre coins du monde, LysPackaging poursuit ses recherches, notamment sur la production d’emballages alimentaires et de couverts également bio-dégradables.

La canne est l’avenir de l’homme

Nicolas Moufflet en est persuadé, la canne à sucre présente de sérieux avantages par rapport à d’autres végétaux qui pourraient être utilisés comme substitut au plastique. “L’amidon de maïs, par exemple, explique l’ingénieur français, représente une solution technique tout à fait valide, mais l’utilisation d’une céréale cultivée pour nourrir les hommes pose problème. La production de plastiques végétaux ne doit pas entrer en concurrence avec l’agriculture alimentaire. C’est une question d’éthique aussi bien que d’efficacité à long terme. De plus, il faut énormément d’eau pour produire le maïs et les plus gros producteurs, les USA et la Chine, notamment, cultivent beaucoup de variétés génétiquement modifiées… Avec la canne à sucre, la question de la concurrence ne se pose pas, puisque les granulés sont produits à partir des sous-produits de la canne comme la mélasse ou l’éthanol. Et il n’y a pas à arroser davantage, puisque la canne était, de toute façon, produite pour fournir du sucre…Enfin mes forunisseurs sont en Inde et ne cultivent pas d’OGM.

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