Pivot du peuplement de l’île et de la société mauricienne, l’industrie sucrière a connu bien des remous depuis les 10-15 dernières années. Malgré cela, elle reste ancrée dans l’histoire de notre pays et a su se réinventer afin d’assurer sa pérennité. Plusieurs autres défis sont à relever et les échéances sont proches. Incursion dans ce secteur qui, jadis, faisait vivre tout le pays.

La récolte de canne à sucre bat son plein depuis le mois de mai. Tout le pays est effervescence et le restera jusqu’en décembre. Sept mois : pour moissonner les cultures et arriver à une production nationale de sucre estimée à 410 000 tonnes. Ce qui représente une légère hausse de 1,9% comparé à la récolte de l’année dernière. Cependant, cette hausse ne se traduit pas forcément en plus de gains. A contrario, les opérateurs du secteur appréhendent de nouvelles pertes cette année. Comment en sommes nous arrivés là ? Pourtant, pendant longtemps, l’économie mauricienne s’est reposée essentiellement sur le secteur agricole, particulièrement la culture de la canne à sucre.

 

UNE INDUSTRIE TOURNÉE VERS L’EXPORTATION

La totalité des sucres fabriqués aujourd’hui par l’industrie sont des produits de consommation directe à forte valeur ajoutée tels que le sucre raffiné de grade européen, ainsi qu’une large gamme de sucres non raffinés haut de gamme, appelés sucres spéciaux. La majorité des plus de 400 000 tonnes de sucre produits annuellement est exportée vers une cinquantaine de destinations dans le monde, essentiellement l’Europe.

Les conditions du marché international dictent, ainsi, l’état de santé de l’industrie sucrière mauricienne et les mouvements de prix ne nous sont pas toujours favorables, surtout avec la rude compétition que nous font les autre pays producteurs de sucre. Au point où la production mondiale dépasse la consommation. En effet, avec la fluctuation du prix du sucre, il a fallu que le secteur mette en place une stratégie afin de survivre dans le contexte économique actuel.

En 2006, il y a eu une transition de l’industrie sucrière à l’industrie cannière. Une série de mesures ont été prises avec, entre autres, l’adoption de plans stratégiques après consultations avec tous les acteurs des secteurs publics et privés. Ensuite, sont venues s’ajouter des mesures complémentaires, notamment l’accélération de la centralisation des usines, le raffinage du sucre produit, l’augmentation de la production des sucres spéciaux, la mise en œuvre des plans de retraite volontaires, l’augmentation de la mécanisation des pratiques culturales et la valorisation des sous-produits de la canne, telles que la bagasse et la mélasse.

L’industrie sucrière, sous ses beaux jours, contribuait jusqu’à 20% au Produit Intérieur Brut (PIB) et employait environ 50% de la masse active. «Aujourd’hui, le sucre représente seulement 2% du PIB et 10% des exportations du pays. Nous considérons donc que le Sucre et l’île Maurice sont de moins en moins liés », indique Jean Arthur Pilot Lagesse, General Manager- Agriculture de Terragri Ltd. « Néanmoins, cette industrie fait partie du patrimoine de notre île et représente une importance pour la société et l’environnement. Terra possède plus de 5 800 hectares sous culture de canne, ce qui contribue grandement à l’atténuation du réchauffement climatique. En effet, la canne détient une capacité d’absorption de dioxyde de carbone (CO2) très importante. Il ne faut pas oublier que ses sous-produits sont aussi très valorisés : ainsi nous produisons de l’énergie à partir de la bagasse, de l’alcool à partir de la mélasse, et des fertilisants bio à partir de la vinasse et des écumes », poursuit- il.

UN AVENIR RICHE EN CHALLENGES

Sur un marché de plus en plus compétitif, l’industrie sucrière fait face à un problème de régression des superficies sous culture de canne à sucre. En effet, le prix du sucre est à son plus bas depuis l’an 2000. « Dans sa forme actuelle et à des prix de sucre avoisinant Rs 12 500 la tonne, l’industrie sucrière locale n’est certainement pas viable. La situation se compliquera davantage avec l’abolition des quotas en Europe à partir de 2017, qui entrainera une concurrence encore plus rude sur ce marché. D’ici là, il nous faut avoir repensé l’industrie de fond en comble et je pense que le rapport LMC*, récemment soumis au Gouvernement, contient des pistes de réflexion intéressantes et probablement une bonne partie des réponses. Toutes les parties prenantes, sans exception, se doivent d’avoir une approche objective de la situation et de trouver, dans le consensus, des solutions qui garantiront la survie de l’industrie sucrière à Maurice », dit Cyril Mayer, Managing Director du groupe Terra Mauricia Ltd.

Terra est un groupe d’investissement diversifié. C’est ce qui lui permet de prospérer et de maintenir sa profitabilité, comme les autres sucriers qui ont diversifiés leurs activités pour assurer leur survie. « Dans un contexte où l’industrie sucrière locale fait face à des difficultés, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de MRS 3,9 milliards au 31 décembre 2014, avec des profits après impôts de Rs 432 millions. Afin de permettre à l’industrie de croître à nouveau, des changements radicaux sont recommandés avec notamment le rapport de Landell Mills*, qui préconise une série de mesures avant la suppression du quota de sucre garanti pour le marché européen en 2017. Terra, en tant que producteur, compte ainsi prendre des mesures en allégeant la structure de l’industrie, en ajoutant plus de valeur à son produit et souhaiterait avoir plus d’autonomie sur l’export et la vente du sucre », conclut Jean Arthur Pilot Lagesse.

*Il s’agit d’un rapport préparé par la firme britannique LMC International [Landell Mills] sur l’impact socio-économique et environnemental, concernant les répercussions sur l’abolition des quotas sucriers internes sur le marché de l’Union européenne à partir de 2017.

LES CHIFFRES CLÉS :

  • 50 687 hectares de superficie sous culture de canne à sucre en 2014
  • 4 000 000 tonnes de cannes à sucre récoltées par an
  • 410 000 tonnes de sucre produit en 2015, selon les estimations
  • 25% de la production électrique nationale, à partir de la bagasse

 

LE SUCRE ET MAURICE : L’HISTOIRE D’UNE NATION

La canne à sucre est à la base de l’histoire de l’île Maurice et de son peuplement. Les champs façonnent les paysages et offrent des panoramas majestueux que nous devons à tous ces hommes et femmes, qui ont inlassablement extrait de son sol volcanique des masses de roches afin de le transformer en une terre fertile. Cette industrie est aussi vieille que notre société et elle n’a cessé d’être réformée depuis quatre siècles. Voici un aperçu des débuts de cette industrie, si intimement liée à notre nation.

De 1638 à 1710 – les Hollandais

La canne a été introduite à Maurice en 1639, lors de l’occupation de l’île par les Hollandais qui découvrent l’île en 1598, avant de s’y installer en 1838. La canne s’y est vite acclimatée, malgré les ravages des rats. Vers 1695, on réussit à fabriquer du sucre noir et en 1696, du sucre blanc. Nous ne possédons plus ensuite de renseignements sur la culture de la canne et la fabrication du sucre, jusqu’en 1710, date de l’évacuation de l’île par les Hollandais.

De 1710 à 1810 – les Français

Les Français, installés sur l’île depuis 1715, y trouvent des cannes sauvages. En 1735, Mahé de Labourdonnais est nommé gouverneur de l’Isle de France (Maurice), placée sous la tutelle de la Compagnie des Indes françaises. Ce dernier, introduit des plants nouveaux et en étend la culture de la canne à sucre. La même année, il créé la première sucrerie de Maurice à La Villebague. Cependant, la production de sucre reste faible sous le règne des Français. En août 1810, ils remportent la fameuse bataille de Grand-Port contre les Anglais. Cependant, quelques mois après ils cèdent l’île aux Anglais lors d’une ultime confrontation dans le Nord de l’île.

De 1810 à 1968 – les Anglais

L’industrie sucrière, en tant que telle, est développée durant cette période. Les Anglais développent la culture cannière sur toute l’île. L’abolition de l’esclavage en 1835, provoque un léger ralentissement. En quête de main-d’œuvre, les Anglais engagent environ 45 000 travailleurs indiens pour cultiver les champs. A l’apogée de cette industrie, en 1838, il y avait 259 sucreries à Maurice.

Aujourd’hui

En 2014, dans le cadre de la réforme sucrière, l’usine de Deep River–Beau Champ ferme ses portes. Il n’en reste désormais que quatre en opération pour produire plus de 400 000 tonnes de sucre annuellement : Terra, Omnicane, Alteo et Médine.

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