Le 27 février dernier, l’hôtel Labourdonnais, au Caudan, accueillait la “Journée de la biodiversité”, organisée par l’Agence Française de Développement (AFD). L’occasion, pour toutes les associations impliquées dans la préservation (ou la restauration) des milieu naturels, de faire le point sur la situation mauricienne…

Premier constat, particulièrement inquiétant: l’île Maurice fait partie des “points chauds” de la biodiversité mondiale. Ces espaces, relativement peu nombreux, présentent la double caractéristique d’être marqués par un fort taux d’”endémisme“ (c’est à dire une proportion importante d’espèces végétales et animales endémiques), tout en étant soumis à une forte pression liée aux activités humaines et à la prolifération d’espèces importées…

Les organisations impliquées dans la sauvegarde du massif forestier (dont la version primaire, celle qui existait avant la colonisation de l’île a pratiquement disparu) ont ainsi souligné que la simple préservation ne suffit pas: sous l’action des espèces invasives, comme la “goyave de Chine” (qui vient pourtant du Brésil….), cinq cents mille arbres meurent chaque année…Y-compris dans les aires protégées!

Par contre, si on réalise un travail important et régulier de suppression des espèces envahissantes, la foret “indigène” reprend ses droits, en à peine deux ou trois décennies. A tel point que des espèces réputées disparues refont parfois leur apparition…

Cet exemple illustre parfaitement l’une des principales difficultés auxquelles sont confrontées les ONG actives dans la préservation de la biodiversité: obtenir des financements étalés sur une période suffisamment longue, pour mener un travail de fond. Bien souvent, ont expliqué les divers intervenants, les actions de financement des principaux bailleurs de fonds (nationaux ou internationaux) s’inscrivent dans un temps relativement court, alors-même que l’action doit, elle, s’inscrire dans la durée…

Une part importante des débats de cette Journée de la Biodiversité a ainsi été consacrée aux difficultés de financement des actions menées. De nouvelles ressources, ont fait ressortir les participants, pourraient être mobilisées. Ainsi, le très important potentiel de séquestration de carbone de la forêt indigène, l’une des plus denses au monde, avec une moyenne de 1700 arbres à l’hectare, pourrait être valorisé sur le “marché carbone”. Ce mécanisme international permet à des acteurs économiques au bilan carbone trop lourd de compenser leurs émissions en soutenant financièrement des actions qui, ailleurs, vont contribuer à allèger le bilan carbone planétaire… Une usine européenne pourrait ainsi financer, à Maurice, l’entretien d’une parcelle de forêt indigène…Sauf que ce mécanisme, qui a déjà permis de financer des actions à Madagascar, aux Seychelles et en Afrique du Sud… n’est pas accessible à Maurice, qui ne s’est pas dotée des instruments administratifs nécessaires…

Former pour agir

La formation constitue également un enjeu majeur pour mettre en oeuvre des actions efficaces… Plusieurs intervenants ont ainsi souligné le fait que l’Université de Maurice ne forme que très peu de biologistes (un seul en master, cette année!) Or, la diffusion des connaissances sur le milieu naturel local à des acteurs locaux constitue un levier important pour mener des actions pertinentes. Mais il reste, à Maurice, par exemple, moins de dix personnes capables d’identifier les plantes les plus menacées !

Constat tout aussi inquiétant pour le milieu marin, encore mal connu. Le centre de recherches d’Albion, qui vient d’acheter un bateau, entend ainsi mener des campagnes d’exploration, notamment autour de Saint-Brandon et d’Agaléga…

Au cours de cette journée plutôt consensuelle, où beaucoup semblaient ne s’exprimer qu’avec l’objectif de séduire le financeur potentiel qu’est l’AFD, le représentant de l’association Eco-Sud, a heureusement su dynamiser le dialogue, grâce à des interventions toujours pertinentes… Notamment en relevant que l’intérêt de l’Etat pour la “nouvelle économie bleue”, se réduisait à la prospection pétrolière, et au “deep sea mining” (extraction de minerais dans les grandes profondeurs océaniques), ou, encore, en répondant au représentant scientifique délégué par l’Union Européenne, qui s’étonnait du “manque de vision” des acteurs locaux, qu’avant de venir faire la leçon en matière de préservation de la biodiversité, l’Europe devrait d’abord cesser de “piller les eaux de l’océan Indien”. Allusion évidente à l’action des nombreux thoniers-senneurs européens qui prélèvent, chaque année, des centaines de milliers de tonnes de thons dans la région…

Informer aussi les décideurs politiques

Parmi les axes de travail définis au cours de cette journée, figure une résolution visant à mener des “études stratégiques” destinées aux décideurs politiques. Il s’agit, notamment, de quantifier l’impact produit par la dégradation de la biodiversité sur l’économie nationale…

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