La croissance démographique et le développement économique obligent à l’ingéniosité pour faire face à la quasi-inexistance d’eau potable. Si l’île jouit d’une pluviométrie plus ou moins normale, le captage d’eau à grande échelle pose problème, la topographie étant telle que toute tentative de barrage jusqu’ici s’est heurtée à des difficultés structurelles. Et l’eau de la pluie finit toujours sa course dans la mer. – Amanoola Khayrattee

Pour pallier cette situation, le recours au système industriel pour produire de l’eau potable est devenu une alternative incontournable depuis quelque temps. Un ensoleillement abondant, une île entourée d’eau de mer, un hôtel pied dans l’eau…, tous les ingrédients, ou presque, sont là pour convertir l’eau de mer en eau potable.

Plusieurs stations de dessalement ont ainsi été installées à travers l’île. Si la plupart d’entre elles fonctionnent généralement à partir de l’électricité conventionnelle ou de batteries alimentées par des panneaux solaires, celle de l’hôtel Cocotiers à Anse aux Anglais, est entièrement autonome. Elle dispose toutefois d’une installation électrique de secours en cas d’urgence.

Conversion d’énergie solaire en énergie électrique

Les diverses méthodes de désalinisation utilisées dans le monde comme l’osmose inverse, l’électrodialyse ou la distillation, sont souvent décriées pour être gourmandes en énergie, amplifiant par la-même l’empreinte carbone dans l’atmosphère. On estime que 2kg de CO2 par m3 d’eau produite sont émis par les systèmes conventionnels. Sachant que l’émission de gaz à effet de serre dans le monde atteint les 80 millions de tonnes chaque année. Un chiffre qui devrait plafonner à 220 millions de tonnes en 2040. Donc, le peu que l’on puisse contribuer à diminuer cette charge aurait certainement un impact positif à long terme. L’initiative de l’hôtel Cocotiers s’inscrit donc dans cette logique, grâce à un  système novateur qui convertit l’énergie solaire directement en énergie électrique sans l’utilisation de batteries.

Les deux turbines et le filtre nécessaires au système de l’osmose inverse

Une unité révolutionnaire unique au monde dans l’hôtellerie

C’est unique au monde dans le domaine de l’hôtellerie,” selon Alain Paillusseau, directeur de Rodrigues Lagoon Ltd, société qui gère l’hôtel. “Une unité révolutionnaire qui respecte l’environnement et qui est en phase avec la politique écologique et du développement durable tout en réduisant la charge financière,” nous confie-t-il. Et de poursuivre: “Notre objectif c’est de devenir autonome en terme d’eau et de faire en sorte que l’hôtel soit un établissement écologique. C’est un petit modèle developpé par la société Mascara en France que nous avons choisi et qui a nécessité des investissements de Rs 8 millions, couvrant aussi l’installation et la formation du personnel technique.

Lors d’une visite guidée, Garry Dacruz, assistant directeur et responsable de l’unité nous expliquera qu’il s’agit de convertir l’énergie solaire en énergie électrique pour alimenter directement la machine. Soixante-dix panneaux sont ainsi installés sur les toits de l’établissement.

Le bac à sable servant au premier filtrage

Une production de 20m3 d’eau par jour

L’équipement est entièrement automatisé pour opérer entre 8h30 et 17h00 pour une production journalière de 20 m3 d’eau, une quantité amplement suffisante pour la consommation quotidienne de cet hôtel de 42 chambres, en période de pointe.

Bien qu’un minimum de 6000 W d’énergie soit nécessaire pour le faire fonctionner, le système peut produire jusqu’à 22000 W en fonction du degré d’ensoleillement. Ainsi, L’eau de mer issue d’un forage de 30 mètres passe d’abord par un bac à sable pour le premier filtrage, puis à travers un antiscalant (pour empêcher la formation de tartre), pour se diriger ensuite vers deux turbines chargées d’un nouveau filtrage sur la base du système d’osmose inverse qui consiste à extraire l’eau du sel. Et la saumure résiduelle est absorbée par un autre puits, creusé à 20 mètres de profondeur sous terre. “L’eau ainsi produite est aux normes internationales”, insistent nos interlocuteurs.

Et pour s’assurer que le lagon n’en soit pas affecté, selon les exigences émises par l’Environment Impact Assessment, c’est la société Sotratech basée à Maurice qui effectue des contrôles réguliers par des tests tous les trois mois.

 

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