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Île Maurice
vendredi, juillet 19, 2024

Ananda Devi, ou la liberté d’écrire

Au dernier Festival du livre de Trou d’Eau Douce, certains apprentis auteurs se pinçaient les mains pour être sûrs de bien avoir devant eux, en chair et en os, la romancière Ananda Devi. Simple et accessible, cette femme d’apparence frêle leur parlait avec une humilité qui donne à penser… C’est une chance extraordinaire que Maurice ait enfanté cette grande dame de la littérature contemporaine.
Dominique Bellier

Écrivaine précoce et prolixe, Ananda Devi aligne tranquillement ses cinquante ans d’amour pour la littérature. Libérée depuis quelques années de ses contingences professionnelles d’interprète à Genève, elle s’y adonne plus que jamais, multipliant les expériences, au-delà de sa production habituelle.
Après avoir vécu la fulgurance de ses écrits et sa capacité à raconter les injustices avec poésie et finesse, sans blesser le lecteur, on s’étonne toujours de rencontrer une femme d’une si grande douceur, à la mise impeccable, sorte d’enfant sage dont la seule gaucherie relève d’une forme de timidité. Cette romancière qui n’a cessé de publier depuis l’adolescence avoue toujours se demander si elle mérite les honneurs qui lui sont rendus !
La rentrée littéraire 2023 lui a pourtant apporté deux nouvelles distinctions pour l’ensemble de son œuvre : le Prix de la langue française de Brive, puis le Neustadt International Prize for Literature 2024, aux États-Unis, qui renforce sa notoriété internationale, même si ses textes sont étudiés dans les universités américaines et indiennes depuis plus de vingt ans.

Empathie sans limite

Cette timidité ne l’a jamais empêchée de prendre le micro pour défendre la littérature, ses livres et ceux des autres. L’écriture est pour elle un espace de liberté absolue. L’air de rien, Ananda Devi est une artiste engagée et féministe, non seulement par son œuvre de fiction, mais aussi à travers ses prises de position régulières dans la presse.
Au moment où nous l’avons contactée, elle préparait un texte sur la terrible prison lyonnaise de Montluc, qui a écroué nombre de résistants sous l’occupation, avant d’emprisonner d’anciens nazis, puis des combattants pour l’Indépendance de l’Algérie. Autre marque d’engagement, le recueil de poésie, Ceux du large, est dédié aux réfugiés et naufragés de Méditerranée. Soulignons aussi la profondeur des réflexions sur l’écriture, qu’elle développe dans Deux malles et une marmite, ainsi que dans son livre hommage à la poétesse américaine Sylvia Platz.
Dans Le rire des déesses, publié en 2022, elle raconte à la manière d’une épopée la rébellion flamboyante de prostituées indiennes qui se vengent de leurs bourreaux. Son dernier livre, Le Jour des caméléons, est quant à-lui le plus politique de tous. On est frappé ici par le style direct et puissant avec lequel elle cloue au pilori la société d’aujourd’hui. Ce roman apocalyptique prend l’île Maurice comme une métaphore du monde courant à sa perte. Mais dans ses personnages ordinaires, touchants dans leur faiblesses et qualités, subsiste l’espoir d’un renouveau.

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