Il peut être tentant, lorsqu’on se retourne sur les cinquante dernières années, de pointer les occasions manquées, les rendez-vous ratés, les opportunités négligées. Il faut, néanmoins, reconnaître que Maurice, qui accédait à l’indépendance avec bien peu d’atouts en mains, a pourtant bien tiré son épingle du jeu…

Ce 12 mars 1968, alors que la population mauricienne ne sait pas encore si l’indépendance est une chance ou une malédiction, dans les chancelleries des grandes puissances internationales, le pronostic est plutôt sombre. Pas de ressources naturelles (même pas de pétrole !), une croissance démographique galopante, une population morcelée en groupes ethniques distincts, la cause est entendue: le 124ème Etat de l’ONU sera, dans le meilleur cas, une île de misère, que beaucoup d’experts voient sombrer rapidement dans la guerre civile!

Cette analyse de la situation peut nous faire sourire, aujourd’hui. Pourtant, à y regarder de plus près, il est évident que Maurice avait bien plus de risques de sombrer dans le chaos, que d’accéder au développement économique et social. Alors, comment a-t-on évité le pire? D’abord, et cela peut sembler paradoxal, mais par la peur et l’exode… La peur, c’est celle qui a saisi la population mauricienne lors des affrontements de 1967-68. L’idée que de telles émeutes puissent se répéter et que, cette fois, il n’y aurait plus les soldats anglais pour y mettre fin, a longtemps servi de repoussoir à toute idée de violence intercommunautaire. L’exode, ce fut d’abord celui de ceux qui ne voulaient pas de l’indépendance, ou de ceux qui ne croyaient pas à la viabilité d’une île Maurice indépendante. Puis, ce fut, et tout au long des cinquante dernières années, le long cortège silencieux des départs «économiques». Cette lente hémorragie est aujourd’hui envisagée sous l’angle d’un déficit, celui de toutes ces énergies, de cette «matière grise», de ces «cerveaux» qui se sont exilés… Et il est certain que bien des compétences et des talents ont ainsi quitté l’île! Mais il faut aussi voir ces départs constants comme un allègement de la charge commune… Tout au long des années 70, des dizaines de milliers de mauriciens ont quitté l’île. Indirectement, par ce sacrifice, toujours douloureux, de l’exil, ils ont contribué au «décollage» des années 80.

De l’audace, et encore de l’audace !

Mais le succès de Maurice, est aussi lié à une bonne dose d’audace. Il en fallait, de l’audace pour mettre en place l’éducation obligatoire et primaire, sans tenir compte du coût que cela pouvait représenter, mais en anticipant les bénéfices que l’on en tirerait plus tard!

Comme il fallait, également, être audacieux, pour imaginer, comme le fit le colonel Amédée Maingard, que des touristes aux poches pleines, viendraient se détendre sur une petite île perdue au milieu de l’océan Indien. Et il fallait le culot de Gaëtan Duval pour attirer les personnalités les plus diverses et faire ainsi la promotion de la destination mauricienne…

Il fallait du courage, aussi, pour ne pas tenir compte des injonctions du FMI et de la Banque Mondiale, au début des années 80 et créer une industrie d’exportation.

Le développement d’un Seafood Hub (pôle de transformation des produits de la mer), la mise sur pieds d’un système bancaire offshore, de services informatiques externalisés et la valorisation du foncier ont tous contribué au spectaculaire développement économique et social de Maurice au cours des vingt dernières années. Mais force est de constater que bien peu de propositions innovantes et performantes sont formulées pour créer de nouveaux pôles de croissance. Or, le risque majeur, celui qui peut désagréger tout le reste de la structure sociale mauricienne, c’est bien le risque d’un effondrement économique. Si la croissance continue à s’éroder, que le partage des richesses continue de creuser les inégalités, plutôt que de les réduire, et que le chômage des jeunes augmente, alors, plus aucun garde-fou ne pourra protéger la société mauricienne d’une déflagration généralisée.

L’urgence est donc claire: retrouver l’audace et l’imagination de nos prédécesseurs pour, à nouveau, étonner le monde par notre capacité à donner de nouveaux «piliers» à notre économie. Or, c’est bien cette créativité qui semble avoir quasi-disparue sur notre île. Annoncer, tous les six mois, que l’on va faire comme Singapour ou Dubaï, que l’on va s’inspirer de la Chine, que Maurice va servir d’exemple au monde, etc., cela fait sans doute plaisir, mais cela n’a jamais créé un emploi…

Une île sans pêche

Cela surprend toujours le visiteur étranger, mais il est un secteur d’activité que Maurice n’a jamais vraiment développé, c’est celui de la pêche hauturière. Si quelques tentatives d’armement de bateaux de pêche industrielle ont bien été menées au début des années 80, cette voie semble avoir été définitivement abandonnée. Ainsi, la seule ressource naturelle évidente dont nous disposons, n’est pas exploitée par des navires mauriciens mais par des navires étrangers auxquels l’Etat mauricien concède un droit de pêche…

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