Alors que l’éolien semblait, il y a encore peu, avoir la préférence des décideurs mauriciens, publics et privés, la tendance s’est radicalement inversée. Le solaire, par le biais des panneaux photovoltaïques, s’impose clairement, aujourd’hui, comme la solution la plus simple pour amener le pays vers la transition énergétique.

En 2015, seulement 23% de l’énergie électrique produite à Maurice provenait de sources renouvelables… et encore, ce chiffre était-il en grande partie faussé par l’énorme prédominance de la bagasse, utilisée comme combustible dans les centrales électriques de la filière cannière. En fait, et selon les données officielles de l’époque, le photovoltaïque ne représentait qu’un petit pourcent (0,97%) de l’électricité mauricienne. A la même époque, les autorités gouvernementales fixaient un objectif, plutôt modéré: amener la part de l’énergie renouvelable à 35% du total produit, en 2030 (échéance avancée, ensuite, à 2025, apparemment sous la pression des bailleurs de fonds). Et cela alors même qu’en cette même année 2015, La Réunion produisait déjà 30% de son électricité en utilisant des sources d’énergie renouvelables…

Pour assurer l’évolution vers une île Maurice énergétiquement autonome et durable, on parlait beaucoup plus, et depuis plus longtemps, ici, de l’éolien que du solaire… et l’un des premiers projets à voir le jour fut, effectivement, le parc éolien de Bras-d’Eau. En 2014, était toutefois inaugurée la ferme solaire de Sakaro, à Bambous, qui demeura longtemps la seule.

Des panneaux solaires pour 10 000 familles

Depuis, les contraintes liées au déploiement des éoliennes ont montré les limites de cette solution. Le coût d’achat des éoliennes, extrêmement élevé, leur maintenance délicate, leur nécessaire implantation en zone inoccupée et leur relative sensibilité aux conditions cycloniques en ont réduit l’attrait. D’autant que, dans le même temps, le coût de production des panneaux solaires a considérablement chuté. Autre facteur déterminant, alors que le Central Electricity Board (CEB) ne proposait initialement aucune mesure d’accompagnement de nature à inciter les Mauriciens (citoyens et entrepreneurs) à produire leur propre électricité, cette lacune a été finalement comblée en proposant le raccordement au réseau général, ce qui évite d’investir dans de coûteuses batteries de stockage. Le fournisseur électrique national a même créé une filiale «verte», Green Energy Co. Ltd. Cette nouvelle entité comporte un fort volet social puisque, par le biais du Home Solar Project, il est prévu que 10 000 familles, parmi les plus pauvres, se voient installer gratuitement des panneaux solaires sur leurs logements.

Mais c’est bien du côté des entrepreneurs, et notamment des grands groupes, que la conversion au solaire semble bien la plus rapide à Maurice. Harel Mallac, Médine et ENL, par exemple, ont consenti d’importants investissements pour créer leurs «fermes photovoltaïques» à Mont-Choisy, Phoenix et Beau-Champ. D’autres projets sont à l’étude ou en cours de réalisation tout autour de l’île, ce qui a fait dire au ministre des Infrastructures, Ivan Collendavelloo : «Partant d’un parc solaire quand j’ai pris mes fonctions en 2015, nous atteindrons 11 parcs l’an prochain» (2019).  Alors que la production actuelle du solaire mauricien, répartie en huit parcs, culmine actuellement à 80Mw, elle pourrait donc bientôt dépasser le cap symbolique des 100Mw.

Les experts le disaient depuis longtemps

Inexplicablement, et malgré un taux d’ensoleillement exceptionnel, Maurice a longtemps douté du solaire. D’abord par manque d’information. Il n’était pas rare d’entendre, il n’y a pas si longtemps, tel ou tel décideur déclarer, d’un ton péremptoire: «le rendement des panneaux solaires est ridiculement faible, ça n’a aucun intérêt!» Jugement peut-être recevable à l’encontre des premières générations de cellules photovoltaïques, mais plus du tout admissible aujourd’hui (et depuis déjà quelques années). Derrière ce désintérêt, sans doute se cachait la volonté de développer, avant tout, la combustion de la bagasse…

A contrario, les experts internationaux mandatés par les bailleurs de fonds (dont l’Agence Française de Développement, AFD) recommandaient, depuis longtemps, un «mix énergétique» où le solaire aurait joué le premier rôle. Ils préconisaient même de freiner l’importation de véhicules électriques tant que l’essentiel de l’électricité mauricienne serait produit à partir d’énergies fossiles (fuel et charbon) et de bagasse…

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