Certains errent longtemps sur les chemins de la vie, multipliant les détours avant de trouver leur voie. George Lewis Easton, lui, n’a pas eu à louvoyer. Les hasards de l’existence, autant que son goût naturel pour les Belles Lettres, l’ont rapidement aiguillé vers nos archives nationales. Mais vivre entouré de textes majeurs, sans rien transmettre, ne convenait sans doute pas à son généreux tempérament. Il enseignera donc… et réfléchira, pendant trente-cinq ans, sur la signification de cette mission, essentielle à la société.

George Lewis Easton aime le dialogue, le contact. Le visage orné d’un éternel et sympathique sourire et les traits dotés d’une étonnante mobilité, il donne l’impression que chaque mot qu’il prononce génère en lui une émotion nouvelle…

Et puisque son dernier livre vient de sortir, c’est d’abord de cette longue réflexion sur l’éducation qu’il souhaite parler.“Depuis trente-cinq ans, je m’interroge sur le sens de l’Education. Notamment sur une question particulière: comment nous, qui sommes si loin de l’Europe, avons hérité des traditions successives de l’enseignement occidental? On pourrait tout aussi bien s’interroger sur l’héritage des traditions éducatives orientales, mais ce serait à un autre de le faire…” A History of a Western Educational Thought”, sous-titré “Perspectives on Education from Ancient Greece to Modern Mauritius”, réussit ainsi le tour de force de passer en revue, en quelques dizaines de pages, toutes les principales théories de l’Education qui se sont succédées en Occident, et de présenter un historique du système éducatif mauricien!  Je n’ai eu qu’à mettre en forme le fruit de trente-cinq années de recherches et de réflexion”, explique notre historien du savoir.

Pour Maurice, nous n’avons pas de certitudes pour la période hollandaise, précise George, mais à peine trois ou quatre décennies après l’implantation des Français, une première école est ouverte par des frères Lazaristes. A la fin du XVIIIème siècle, l’île abritera même des établissements de haut niveau technique, comme l’Ecole d’Hydrographie. Les Anglais, eux, nous appliqueront le système qu’ils avaient déjà mis en place dans les îles Caraïbes…

George Lewis Easton et son épouse, Colette, lors du lancement du dernier ouvrage de l’historien.

De belles expositions et des dizaines d’articles

G.L. Easton irait bien plus loin, dévoilant les idées maîtresses de chacun des chapîtres de son livre… Mais il accepte volontiers de se laisser détourner par une question qui le ramène à son enfance: Quelle place avait le livre dans ta famille? “Mon père était chauffeur de taxi et ma mère ne travaillait pas.” On imagine une famille modeste, dont le quotidien ne devait laisser que peu de place à la lecture. George corrige immédiatement cette impression:

Mon grand-père maternel avait été le premier rédacteur de La Vie Ouvrière…et le livre était important. Mais ce qui fut déterminant, pour moi, ce fut sans doute d’avoir un grand-oncle qui avait fait des études en Ecosse. Il fut même parmi les tout premiers non-écossais à enseigner la littérature ecossaise à Aberdeen! Et ses livres avaient été retournés chez ma tante Julia.

Le petit George, quand il ne rêve pas, sur les quais de Port-Louis, en lisant les noms évocateurs des bateaux, comme le City of Liverpool, ou le Jean Laborde, voyage donc dans les livres de son grand oncle… Encouragé par quelques bons maîtres, au primaire, il est boursier, en 1961. “Le Frère Rémy, se souvient-il, est venu convaincre mes parents de m’inscire à St-Marys. Nos professeurs y étaient tous des locuteurs natifs de l’anglais… c’est donc avec eux que j’ai vraiment appris cette langue.” Récompensé, au HSC, par une 1ère distinction, avec des notes supérieures aux deux boursiers (dont un futur ministre), il entre dans la fonction publique, “pour un salaire de Rs 8/jour”. Mais à peine deux mois plus tard, il demande à être détaché aux Archives Nationales, où un poste vient de se libérer. George y officiera, de 1971 à 1989. “C’était merveilleux, se souvient-il, avec émotion. On recevait des revues historiques internationales, que je lisais sur place. On accueillait des chercheurs aussi réputés que le professeur Caudenson ou Jean-Louis Miège.” Par correspondance, George poursuit ses études, enchaîne les diplômes et quitte finalement les Archives pour enseigner, dans le secondaire, puis à l’Institut de pédagogie de Maurice, le MIE.

Mais ce parcours aura été marqué par la réalisation de belles expositions, de dizaines d’articles, de nombreuses conférences et d’un très beau livre sur l’histoire de l’Hôtel du Gouvernement de Port-Louis, qui consacreront George Lewis Easton comme l’un des meilleurs guides dans les méandres de l’Histoire de notre île. Avait-il l’intuition, enfant, que la Littérature et l’Histoire le happeraient? Sa réponse est superbe: “Je savais seulement que je voulais faire quelque chose de beau…

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