Après un mois de fermeture, le 28 mars dernier, les pêcheurs de l’île Rodrigues ont repris la pêche au poulpe. C’était la première fermeture de pêche estivale et celle-ci a rapporté ses fruits. Gros plan sur cette activité traditionnelle et essentielle (économiquement) pour les Rodriguais.

Depuis des générations, la pêche au poulpe, localement connu comme « ourite », constitue une activité économique traditionnelle à Rodrigues. Elle se pratique essentiellement à marée basse, pendant laquelle les piqueurs d’ourites parcourent à pied les platiers coralliens qui entourent l’île.

C’est à l’aide de tiges métalliques connues comme le taté ou la fouine que les pêcheurs fouillent les cavités dans lesquelles se réfugient les poulpes. Dans les parties plus profondes du lagon, une barque est sollicitée et c’est à l’aide des longs harpons que la pêche se pratique. Traditionnellement séchés au soleil dans les villages côtiers, les poulpes sont commercialisés vers Maurice depuis quelques décennies. Dans d’autres cas, les poulpes sont simplement congelés avant d’être exportés.

En 2010, un rapport de la Fisheries Research and Training Unit (FRTU) tire la sonnette d’alarme sur la situation du lagon. L’étude révèle que le lagon rodriguais est surexploité et n’est plus aussi productif. Elle lance même, en 2014, une mise en garde, prévoyant la disparition de cette espèce. Pouvant être nommée la poule aux œufs d’or de l’économie rodriguaise, la capture des femelles juvéniles, allant jusqu’à 87%, avait entrainé la chute en tonnage débarqué passant ainsi de 774,5 tonnes en 2004 à 268,7 tonnes en 2011.

Convaincus de l’urgence de mettre en place un repos biologique, la Commission de la pêche de concert avec le Programme SmartFish est venue en août 2012 pour une première fermeture hivernale. C’est durant la saison fraîche que les poulpes se reproduisent et les femelles génitrices sortent pour pondre leurs œufs avant de mourir.

« La fermeture hivernale a vraiment été une sage décision. En effet, cela a engendré beaucoup plus d’ourites dans le lagon. Hélas, à la réouverture de la pêche, il y avait un massacre massif des petits poulpes et cela n’arrangeait pas notre situation. Au contraire, on contribuait à détruire l’espèce », relate Antonia Cupidon, piqueuse d’ourites à Baladirou.

Ainsi, après cinq fermetures saisonnières en hiver, la Commission de la pêche a pris des actions pour mettre un frein à ces massacres. C’est ainsi que, sur un projet pilote, elle a proposé la première fermeture d’été, qui a pris fin le 28 mars dernier. Cette initiative vise à donner le temps aux jeunes poulpes d’atteindre une taille plus raisonnable pour la pêche.

Une première qui a connu un succès inattendu. La quantité et la qualité de poulpe pêché, replongent certains dans la vie de Rodrigues d’antan. « Nous avons vraiment le sentiment que le lagon est beaucoup plus productif. Avant l’introduction des fermetures, on péchait des poulpes pesant en moyenne 1,1 livres (NdlR : abrégé en lb, une livre correspond à un demi kilogramme), désormais ils sont estimés à 7lb, voire plus. Cela fait très longtemps que je n’avais pas pêché de poulpe de ce poids. De plus, on a des ourites de meilleure qualité et cela nous assure une bonne recette après la vente », soutient Danilette Perrine de Port Sud-Est.

Pour les autorités locales, c’est la meilleure formule. Les espèces marines connaissent un repos et le lagon arrive à se régénérer, ralentissant les dommages causés durant la saison de pêche. Si lors de la récente réouverture de la pêche à l’ourite la plus grosse prise était 6 kilos, en pleine croissance les poulpes peuvent atteindre 9 à 10 kilos.

Travaux alternatifs

Pendant la période de fermeture, les pêcheurs sont convertis vers des travaux alternatifs contre un paiement pour services environnementaux (PSE). Ainsi, les pêcheurs s’activent à nettoyer les plages, entretenir les rivières et réservoirs, réhabiliter les terres agricoles en passant par la lutte contre les espèces végétales invasives, entre autres. Les pêcheurs ont aussi bénéficié de formations aux premiers soins, à l’entretien de moteurs hors-bords et de natation. Ils participent également à une lutte anti braconnage à travers des sensibilisations et surveillance.

Maurice emboite le pas

Après Rodrigues, l’expérience de la fermeture généralisée de la pêche à l’ourite a également été un succès à l’île Maurice. C’est le constat de Prem Koonjoo, ministre de l’Economie océanique, convaincu par les chiffres à l’appui de la fermeture en 2016. Les pêcheurs ont ramené deux tonnes d’ourites rien que durant la première quinzaine suivant la réouverture. Il a annoncé que la campagne sera maintenue cette année.

En Chiffre: 1269

Selon un recensement de l’Economic Planning and Monitoring Unit of the Rodrigues Regional Assembly datant de 2012, 539 pêcheurs au harpon sont officiellement enregistrés (187 femmes et 352 hommes) et il y avait approximativement 730 pêcheurs occasionnels (178 femmes et 552 hommes).

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