C’est au Kaz’Out Warm Up Party qui a eu lieu au Hangar, à Pointe-aux-Canonniers, vendredi, que nous avons rencontré le groupe réunionnais Saodaj’. C’est animé par une grande humilité, malgré leur succès grandissant, et un tempérant mêlant jeu et nostalgie que les cinq membres du groupe se sont confiés à La Gazette.  

Présentation

Issus d’une génération aà l’identité plurielle décomplexée, les cinq musiciens de Saodaj’ envisagent la tradition réunionnaise comme un tarmac d’où l’on s’envole avant d’y revenir, changé par les voyages. Le groupe voit le jour en 2011, d’abord sous forme d’un quatuor, à l’initiative de la chanteuse Marie LANFROY. Jonathan ITÉMA apporte le socle des percussions traditionnelles, Adrien LAXENAIRE et son didgeridoo amènent la touche mystique, tandis que Frédérick CIPRIANO importe l’Afrique de l’Ouest en mêlant les rythmes maloya de l’île à ceux du grand continent. En 2013 Adrien laisse sa place à Anthony SERY, qui le remplace. Le groupe sera également rejoint la même année par Laurence COUROUNADIN-MOUNY dont les harmonies vocales deviendront vite une signature sonore du groupe. Soadaj’ devient alors un quintet, qui propose d’emblée une formule artistique ouverte sur le monde.

Quelle est la définition de Saodaj’?

Anthony : Saodaj vient du mot portugais « Saudade », utilisé au Cap-Vert, Mozambique et au Brésil, entre autres. C’est un concept propre à ces cultures que chante Césaria Évora, qui mêle nostalgie et tristesse… un sentiment de manque, qui est très difficile à expliquer. Nous avons repris ce concept, car il nous correspond. Nous l’avons personnifié avec la phonétique. Ce qui donne, Saodaj. Dans notre musique, on retrouve beaucoup de nostalgie, de douleur et de souffrance qui viennent de l’esclavage. Ce concept est notre identité et nous essayons d’en faire quelque chose de beau.

Est-ce ce même sentiment qui vous a réuni au sein du groupe ?

Anthony : Oui, ont peut dire ça. Dans les relations humaines, il y a souvent cette notion de manque. Les relations humaines ne sont pas forcément faciles. Nous sommes très liés tous les cinq. Nous sommes des amis avant tout. Pour moi, c’est ma deuxième famille.

Revenons sur la création du groupe…

Anthony : Le groupe a été créé en 2011. J’ai rencontré Marie au conservatoire où j’étais en classe de Jazz et, elle, en chant lyrique. C’est un Dalon (ami) commun qui nous a mis en contact et il y a eu une connexion musicale entre nous. Nous nous sommes revus trois jours après et nous avons pensé que ce serait super intéressant de faire un mix de didgeridoo et maloya. Le groupe est né de cette idée. Nous avons travaillé avec les textes de Marie et je jouais du didge. En 2010, nous avons fais une première formation qui n’a pas marché et je suis allé en métropole faire mes études. A mon retour, Adrien qui me remplaçait partait pour la Nouvelle-Zélande et Marie m’a proposé de réintégrer le groupe et nous avons fait des nouvelles rencontres, notamment avec Jonathan, Frédéric et Laurence.

Vous qualifiez votre musique de maloya nomade, est-ce parce qu’elle ne cesse jamais d’évoluer ?

Marie : Oui, notre musique ne cesse jamais d’évoluer, comme n’importe quelle musique. Il n’y a pas vraiment de fin. Le jour où l’on se dit qu’on a touché quelque chose et qu’on essaye plus d’aller plus loin, il vaut mieux arrêter. Maloya nomade, car le maloya est notre inspiration commune. C’est lui qui nous a réunit et c’est une musique dans laquelle nous puisons notre inspiration.

Nomade, car nous avons tous les cinq des parcours différents et un amour de la musique différent. Et également nomade, car nous n’avons pas encore fini de découvrir notre identité en tant que musiciens. Certes, nous avons trouvé la couleur de notre musique, mais elle continue d’évoluer. En comparaison à ce que nous faisions il y a cinq ans et ce que nous faisons aujourd’hui, c’est tellement différent, que ce soit dans les textes ou dans les instruments…

Certes, nous avons trouvé la couleur de notre musique, mais elle continue d’évoluer.

 Justement, quelles sont vos influences musicales ?

 Marie : Il n’y a pas de réponse précise. Nous nous inspirons de la société dans laquelle nous évoluons, en prenant en considération tout ce qui nous entoure. A La Réunion, nous avons la chance d’avoir énormément de cultures rassemblées sur un petit territoire. En conséquence, musicalement, nous avons beaucoup d’influences. On les entend dans les rues, les mosquées, les églises, les temples, les kabars (NdlR : type de fête célèbre à La Réunion)… il y tant de choses qui viennent à nous sans que nous les cherchions. Du coup, nous somme curieux et nous nous nourrissons de ces influences.

Aujourd’hui, dans la musique de Saodaj’, on commence à voir de la chanson française, par exemple. Donc, on ne ferme pas la porte à ces nouveautés. Nous en sommes toujours au début. Cinq ans, ce n’est pas grand-chose.

Comment procédez-vous pour la composition de vos morceaux ?

Frédérick : Nous pouvons dire que c’est une synergie de groupe. Par exemple, Marie propose un texte et chacun est libre d’y amener ce qu’il veut. Nous avons tous des origines et des horizons musicaux différents. Ainsi, chacun y met son grain de sel et nous créons un morceau ensemble. Ça se fait toujours assez naturellement. Il peut également arriver qu’un morceau qu’on aura joué deux ans auparavant change à nouveau, parce que nous avons toujours cette envie d’évoluer sans cesse.

Interview – Saodaj’ : Les nomades de la musique

Votre formation a rapidement trouvé sa place dans le paysage musical réunionnais et régional, comment l’expliquez-vous ?

Marie : Je pense que c’est géographique. Il s’agit d’un tout petit territoire. Donc, plus facile qu’ailleurs de réussir à toucher des gens.

Anthony : Ça se fait aussi au fil des rencontres. Par exemple, c’est lors d’un voyage personnel à l’île Maurice que j’ai rencontré Lionel et Laura (NdlR : les organisateurs du Kaz’Out Musik Festival). Nous avons fait connaissance et ils nous ont aidé à venir ici une première fois et ça se poursuit. Aussi, c’est logique car l’île Maurice est une île sœur.

De la même manière, nous sommes allées jouer à Madagascar. Je pense qu’il est très important d’évoluer dans l’océan Indien. Souvent, l’artiste réunionnais part en métropole avant de partir dans l’océan Indien, car il bénéficie de beaucoup plus d’aide. Néanmoins, il ne faut pas oublier que dans la région nous avons des cultures « cousines » et très riches. Nous avons des choses à partager et il y a un public aussi réceptif qu’à La Réunion, voire plus.

Ainsi, l’océan Indien est important pour nous et nous l’intégrons dans notre musique, via la ravanne, par exemple.

Jonathan : Moi, je dirais tout simplement que nous avons une famille à réunir. A l’origine, nous faisions tous partie de la famille océan Indien et il faut juste reconnecter tout ce beau monde. Nous avons un potentiel que le monde ne connaît pas encore. Il faut rassembler la famille afin de faire émerger notre culture vers le reste du monde.

Nous avons un potentiel que le monde ne connaît pas encore. Il faut rassembler la famille afin de faire émerger notre culture vers le reste du monde.

Donc, c’est un message que vous souhaitez transmettre à travers votre musique ?

 Oui. Absolument.

En parlant de musique. Votre album éponyme, Saodaj’, est sorti en 2014. Travaillez-vous actuellement sur un autre album ?

Marie : Déjà, ce n’était pas un album, même si on avait commencé à l’appeler ainsi. Nous étions tout petit, à nos débuts. Donc, c’était un EP (extended play), que nous avons sorti en 1 500 exemplaires. Nous avions tout enregistré sous 48 heures, en live. C’est bien de l’avoir fait. Nous en sommes très contents, car cette expérience nous a appris plein de choses. Nous avons évolué et, maintenant, nous avons vraiment envie de faire un premier album qui traduirait notre ADN actuel. Nous allons prendre le temps de faire un album qui est en phase avec nos convictions. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, nous avons beaucoup plus la capacité de le faire qu’il y a trois ans.

Une date à nous annoncer ?

Marie : Pour le moment, nous nous concentrons sur la partie création et nous verrons après. Ce ne sera pas pour dans 10 ans, mais pas pour demain non plus…

En conclusion, pour cette deuxième visite à l’île Maurice, que réservez vous comme surprise au public mauricien ?

 Oui, il y a des nouveautés, mais on vous laisse les découvrir durant le concert…

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