Il est l’ami bienveillant de tous les écrivains mauriciens. Auteur lui-même, éditeur d’un magazine littéraire et producteur d’une émission de télévision, Issa Asgarally est, d’abord, un lecteur passionné.

Pour rencontrer son premier écrivain, le petit Issa n’a pas eu besoin d’aller bien loin: son frère, Azize, qui sera élu député, avant d’être reconnu comme dramaturge, écrit déjà. «Nous étions une famille modeste de Quatre Bornes, se souvient Issa, mais j’ai toujours eu des livres autour de moi. Azize était le premier à faire des études supérieures et j’ai d’abord lu ses livres, ceux qui lui appartenaient, ceux qu’il écrivait et ceux qu’il m’offrait…» Et voilà donc qu’en plus d’un roman d’espionnage, écrit par ce grand frère admirable, Issa avale quelques volumes de Stevenson, de Sartre et de Tenessee Williams… avant de s’attaquer au Capital, de Marx. L’époque est agitée et la jeunesse se rebelle. Comme d’autres, Issa Asgarally adhère à l’analyse marxiste.

«J’en ai été profondément marqué. Lorsque j’ai pu aller en Angleterre, je suis allé à Stratford-Upon-Avon, sur les traces de Shakespeare et, à Londres, je suis allé voir la maison de Marx.»

Mais la révolte attendra. Le père d’Issa est décédé et il faut interrompre les études et travailler pour soutenir la famille. D’un collège à l’autre, Issa Asgarally enseigne les langues et les Lettres. De nombreuses personnalités du monde politique ont d’ailleurs été ses élèves…

Grâce à une bourse, il peut partir à Nice et s’inscrire à l’université. Son mémoire de maîtrise, présenté en 1976, à Nice, s’intitule «Littérature contemporaine et réalités sociales à l’île Maurice»… L’engagement politique et social n’a pas fléchi, non plus que l’amour de la littérature! Le parcours universitaire s’achèvera brillamment sur un doctorat de linguistique.

De retour à Maurice, et parallèlement à une carrière d’enseignant au Mauritius Institute of Education, Issa Asgarally se fixe une mission: faire connaître les auteurs mauriciens. Il crée et anime Italiques, une revue littéraire exigeante, avant de devenir coordinateur du Prix Jean Fanchette, décerné par la municipalité de Rose-Hill. A Paris, le psychiatre-poète-dramaturge, J. Fanchette, avait été son ami et Issa n’a de cesse que de défendre la singularité de son œuvre.

Puis, en 1997, c’est la rencontre avec Jean-Marie Gustave Le Clézio… autour d’un briani. Depuis, les deux auteurs sont devenus inséparables, se rejoignant pleinement dans le concept de l’Interculturel… Pour les cinquante ans d’indépendance de Maurice, Issa Asgarally a publié une très belle Anthologie littéraire survo-
lant deux siècles et demi de créations littéraires mauriciennes.

Le dernier livre d’Issa asgarally survole toute l’histoire littéraire mauricienne.

Libre avant tout

Issu de la communauté musulmane, Issa Asgarally refuse de limiter son identité à cette seule appartenance. Sa vie, ses engagements, démontrent une liberté de pensée et d’action que l’apparence paisible de cet intellectuel élégant ne laisse pas supposer. Sans tenir compte des préjugés de l’époque, il a épousé Sarojini. «Etre musulman et épouser une Hindoue, à l’époque, c’était impensable pour beaucoup. Dans ma famille, cela ne posait pas de problème, admet-il. Et, pour ne parler que de littérature, on ne sait pas assez tout ce que je lui dois. Elle m’a ouvert aux auteurs indiens, que je ne connaissais pas, et c’est elle qui m’a suggéré de demander à Le Clézio de présider le Prix Jean Fanchette».

La presse, grâce à son père, la télé grâce à Pivot

Employé municipal, Ahmad Asgarally lisait la presse avec passion. Notamment Le Citoyen et Le Mauricien. Ce sera dans les colonnes de ces journaux que son fils, Issa, publiera ses deux premiers articles. Au Citoyen, le compte-rendu d’une conférence. Dans Le Mauricien, un virulent plaidoyer contre l’installation d’une base américaine à Diégo Garcia !

Aujourd’hui, Issa anime toujours l’émission Passerelles, sur la MBC. «C’est l’exemple de Bernard Pivot qui m’a décidé, précise-t-il. Je n’aurais pas eu l’audace d’aller à la télévision s’il n’avait pas montré que l’on pouvait y parler de littérature».

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