Les néophytes l’ignorent peut-être, mais les amateurs, eux, se réjouissent. Car opéras et concerts de musique classique se multiplient sur les scènes mauriciennes. Il suffit d’être attentif aux agendas programmés par les sites susceptibles d’accueillir les orchestres, troupes d’opéra et autres formations musicales pour le constater. Au-delà de répondre à la demande d’un groupe d’initiés, il s’agit aussi de valoriser les talents formés sous les cieux mauriciens. Visiblement, l’île renoue avec sa tradition lyrique et classique née voilà deux cents ans. 

Les opéras Les pêcheurs de perles en 2009, Carmen en 2010, Hansel et Gretel en 2011, La Traviata chanté en italien par la soprano mauricienne Véronique Zuël en 2012, Dido et Aeneas en 2013, l’opérette La veuve joyeuse en 2018… Le florilège de productions de cette dernière décennie semble marquer le retour de l’île vers sa tradition lyrique ayant pris corps voilà deux cents ans. Alors que l’île était encore française, des troupes bravaient les dangers de la mer pour venir se produire pendant les 4 à 5 mois qui correspondent à notre hiver, au théâtre qui se tenait à la place de l’actuel cinéma Majestic de Port Louis, rue de la Poudrière.

Balayé par le cyclone de 1818, il a été remplacé par le Théâtre de Port-Louis, premier théâtre de l’hémisphère sud inauguré un soir de juin 1822 par le gouverneur Farquhar, premier d’une lignée de gouverneurs britanniques.

Même sous giron anglais, les troupes françaises continuent à affluer vers Maurice

On y joue à guichets fermés le premier soir une comédie, La partie de chasse d’Henry IV et un opéra, La maison à vendre. Cette salle à l’italienne tout au long du XIXème siècle accueille chaque année, des troupes françaises débarquant à Port Louis pour une longue saison théâtrale. On y joue, entre autres, La Dame Blanche, Guillaume Tell, La Bohême, Norma, Le Barbier de Séville, Rigoletto, La Juive, Aïda, Samson et Dalila… L’engouement était tel, que dans les années 1880, un accord avait été passé avec les chemins de fer pour permettre d’acheminer les spectateurs vers le théâtre et les ramener ensuite aux quatre coins de l’île, à l’issue du spectacle. L’ouverture d’un second théâtre à Rose-Hill en 1933 donne à l’art lyrique une nouvelle scène où se produiront, au cours du XXème siècle, des artistes, dont le baryton Arthur Maurice et les ténors Max Moutia et Henry Wilden. On y applaudit aussi des opérettes comme Monsieur Bourgogne, Les Pieds Nickelés, Coquin de Printemps et Quatre Jours à Paris… etc.

Le défilé des toréadors dans Carmen

Carmen, la plus grosse production jamais jouée dans l’île

A partir des années 60, les productions se font plus rares… mais l’art lyrique retrouve peu à peu sa place dans la vie culturelle mauricienne en ce début de XXIème siècle grâce à La Fondation Spectacles & Culture (rebaptisée Opera Mauritius) qui a présenté, en 2009, Les Pêcheurs de Perles et, en 2010, Carmen, la plus grosse production jamais jouée dans l’île.

Ce grand retour au lyrique, on le doit à une poignée de mordus, dont Paul Olsen, qui raconte volontiers avoir été piqué par la passion alors qu’il assistait à deux symphonies de Beethoven, la première et la huitième, jouées par Promusica, un orchestre créé et mené par Philippe Oh San, le premier chef d’orchestre du pays. « Un véritable choc émotionnel qui ne m’a plus quitté », reconnaît-il. Le hasard faisant bien les choses, il rencontre, à Paris, voilà environ 15 ans, quatre jeunes musiciens, un quatuor à cordes baptisé « Le prélude de Paris » tout juste sorti de l’école et leur propose de venir jouer à Maurice. Chose est faite et le quatuor qui demande à être managé par leur nouveau mentor est rebaptisé « Malenga »…, qui est revenu occuper la scène du Caudan Art Centre en février 2019. « Voilà 15 ans, ces quatre jeunes m’ont donné le goût d’organiser des concerts et depuis, je ne me suis plus arrêté », sourit l’un des piliers d’Opéra Mauritius, une, association à but non lucratif qui œuvre pour la diffusion de la musique et de l’opéra. Après Les pêcheurs de perles de 2009, les évènements s’accélèrent et conspirent, année après année, à faire de Maurice une plateforme dédiée aux représentations d’opéras (comme énumérés ci-devant) et de musique classique. Outre joués sur scène, certains opéras sont retransmis sur grand écran au cinéma – comme ce fut le cas d’Aïda de Verdi, La Bohême et La Tosca de Puccini, ce dernier ayant été retransmis en direct du Metropolitan Opera (MET) de New-York au MC trianon en 2018 -. De même qu’un festival lyrique, avec les multiples représentations de La Veuve Joyeuse, créée à Maurice en 1914, l’opérette la plus populaire et la plus jouée dans le monde, a créé l’évènement dans le paysage culturel mauricien en octobre 2018.   

Concert lyrique tenu entre les murs de Roche Bobois, en Afrique du Sud en octobre dernier

Une Nuit de l’opéra programmée en mars

Mais Opéra Mauritius n’est pas la seule organisation à composer l’agenda classique et lyrique de Maurice. Elle doit aussi compter avec la Société Musicale de l’Ile Maurice, qui lui est bien antérieure en terme d’existence, car créée dans les années 1960 et qui a également pour vocation de promouvoir la musique classique, en organisant régulièrement des concerts, notamment au Château Labourdonnais de Mapou. Même les initiatives privées se mettent à fleurir. C’est ainsi que les mélomanes se réjouiront de savoir qu’une Nuit de l’opéra se profile à l’initiative de Roche Bobois Mauritius et Anahita Golf & Spa Resort. En effet, forts du succès de la soirée lyrique tenue à Johannesburg en octobre de l’année dernière, Roche Bobois Mauritus et Anahita Golf & Spa Resort organiseront deux soirées le 25 mars prochain dans le showroom Roche Bobois Mauritius, à Forbach, et le 28 au sein du domaine Anahita. Au programme, une sélection d’airs d’opéras français interprétés par un quatuor d’artistes lyriques sud-africains composé du ténor, Tylor Lamani, du baryton-basse, Thando Zwane, de la mezzo-soprano Monica Mhangwana et de la soprano Magdalene Minnaar, accompagnés par la pianiste Laetitia Orlandi. Quant à Opéra Mauritius, elle promet un opéra de Mozart pour 2021, qui succèdera au conte musical La légende Pieter Both programmé dans le courant de l’année et joué par 35 musiciens mauriciens et réunionnais. Illustrations, parmi tant d’autres, que l’âge d’or de la tradition lyrique et classique mauricienne, est en train de renaître après une parenthèse d’ensommeillement.

Commentaires Facebook

Donnez votre Avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Vous devriez lire aussi

Des bijoux, des accessoires, de la marqueterie…

Parallèlement à une tradition joaillière bien ancrée dans