Plus de 42 % de la population mondiale vit avec une affection neurologique, première cause d’invalidité dans le monde. Pourtant, on pense rarement à la santé du cerveau, sauf quand la mémoire flanche. À l’occasion de la Journée mondiale du cerveau, la Dr Priyanka Beedasy, neurologue, rappelle que la prévention, elle, se joue bien plus tôt.
Cette année, la Journée mondiale du cerveau place justement la santé cérébrale au cœur des préoccupations, sous le thème « La santé cérébrale : un accès pour tous ». Pour la Dr Beedasy, cet accès passe par la reconnaissance rapide des symptômes, une prise en charge précoce, l’éducation et la prévention. Dans son quotidien, elle annonce régulièrement à des patients un diagnostic de démence, de Parkinson, d’AVC ou d’une autre affection neurologique. « Derrière chaque diagnostic se trouve une personne dont la vie risque de changer profondément », souligne-t-elle. Une question revient alors souvent : « Est-ce héréditaire ? »
Ces inquiétudes reflètent une idée répandue : les maladies neurologiques seraient une fatalité du vieillissement, contre laquelle on ne pourrait rien. « Pourtant, si certaines ne peuvent aujourd’hui ni être prévenues ni guéries, cela ne signifie pas que nous sommes impuissants », nuance la neurologue. L’AVC en est l’exemple le plus parlant : jusqu’à 90 % des cas pourraient être évités grâce à une bonne gestion des facteurs de risque vasculaire, à commencer par l’hypertension. Contrôler le diabète et le cholestérol, éviter le tabac, bouger régulièrement permettent aussi de protéger les vaisseaux qui irriguent le cerveau.
La prévention ne devrait pas attendre les premiers trous de mémoire. « Elle devrait commencer des décennies plus tôt », précise la Dr Beedasy. La quarantaine et la cinquantaine sont des périodes charnières, où la santé passe souvent au second plan face à la carrière, aux enfants ou aux parents vieillissants. Or l’activité physique à l’âge mûr réduirait le risque de démence de 30 à 45 %, en améliorant la circulation sanguine, en réduisant l’inflammation et en favorisant les connexions neuronales. Le sommeil, lui, agit comme un véritable entretien du cerveau : chroniquement dégradé, il affecte l’humeur, l’attention et la mémoire, tandis que le sommeil profond aide à éliminer les déchets métaboliques du cerveau.
L’alimentation a un impact direct sur le microbiote intestinal et via l’axe intestin-cerveau influencerait l’inflammation, le métabolisme et l’humeur. Variée, riche en fibres et associée à une bonne hydratation, elle soutient la santé vasculaire et métabolique dont dépend le cerveau. Le suivi régulier de l’hypertension, du diabète et du cholestérol reste également indispensable, ces maladies étant souvent silencieuses. Côté génétique, certaines pathologies ont une forte composante héréditaire, mais la plupart résultent d’une interaction entre gènes, vieillissement et mode de vie. « Au lieu de craindre nos gènes, nous devrions considérer nos antécédents familiaux comme une raison de mieux nous informer sur notre santé », souligne la Dr Beedasy.
Mais le cerveau ne se nourrit pas que de bonnes habitudes physiques ! « Les conversations, l’amitié, la famille, les expériences partagées et le sentiment d’appartenance procurent une stimulation mentale et émotionnelle constante », dit-elle. La solitude, en particulier chez les personnes âgées, est aujourd’hui reconnue comme un enjeu majeur pour la santé cognitive. En l’absence de traitements curatifs pour de nombreuses maladies neurologiques, la prévention demeure l’un de nos outils les plus puissants et l’accès à celle-ci devraient être un droit pour tous. « N’attendez pas que votre cerveau vous envoie un signal d’alarme avant d’en prendre soin », conclut la Dr Beedasy.
