En partenariat avec l’école de danse de Jean Renat Anamah de Beau Bassin, l’IFM a accueilli les chorégraphes Emmanuelle Huynh et son compagnon Nuno Bizarro (Cie Mùa) en mars dernier. Outre le volet création et formation de danseurs, cette pointure de la chorégraphie est notamment connue pour intervenir auprès des étudiants en architecture de l’ENSA. 

«Pour cette première rencontre avec les danseurs mauriciens  nous avions envisagé des échauffements recherches qui prennent en compte les fondamentaux de la danse: la conscience de l’espace interne et externe du corps, un travail de poids, de toucher, l’improvisation comme ressource de travail. Nous avions partagé comment nous regardons, construisons une image, un espace”, expliquait celle dont la créativité est fortement teintée de philosophie, qu’elle a étudiée en même temps que la danse. Intitulée Pour mieux améliorer son écriture chorégraphique, cet atelier fortement connoté jazz dispensé  les 5 et 6 mars derniers pour des professionnels déjà en exercice, a notamment profité aux quatre compagnies de danse indocéaniques que sont Anna Patten, les Frères Joseph, SR Dance et Rary de Madagascar. 

Danseuse et chorégraphe, Emmanuelle Huynh est une exploratrice.

Chorégraphies nées de la rencontre d’univers dissemblables

Elle a pour usage d’aller à la rencontre de praticiens issus de champs disciplinaires des plus variés comme l’astrophysicien Thierry Foglizzo et sa recherche sur les trous noirs aux côtés de six danseurs pour Distribution en cours en 2000, les plasticiens Erik Dietman pour la performance Le modèle modèle, modèle… ou concrétise en 2009 un projet atypique de collaboration avec la maîtresse Ikebana Seiho Okudaira dans Shinbaï, le vol de l’âme, chose qui forcément, interpelle. «Parler de de nos pratiques respectives a abouti à la mise sur pied d’une chorégraphie où les corps ont été pensés comme des ikabanas » relate t-elle. Outre un palmarès dense, depuis sa première création Mùa en 1994, Emmanuelle Huynh dirige depuis 2013, à chaque rentrée scolaire, un workshop d’intégration destiné aux 150 étudiants de première année de l’ENSA. « Il s’agit d’un atelier danse de quatre jours qui signe leur entrée dans l’Ecole et à travers lequel je les incite à penser architecture par le biais du mouvement corporel”. Alors qu’ils viennent y apprendre 3D et résistance des matériaux, l’expérience désoriente, il est vrai, la plupart.

Traversées, marches, visites guidées à l’aveugle, écritures automatiques mais aussi prises de conscience corporelle, expériences pondérales, rythmiques et musicales sont les pratiques chorégraphiques qui sont proposées à ces jeunes, toujours un peu surpris par l’expérience. “Tous les étudiants de l’ENSA sont concernés. Il s’agit d’entrer dans un cycle d’études par la double porte du corps et du bâtiment physique de l’école en ouvrant largement les modes d’appréhension qui permettent de traiter l’architecture comme un art vivant et poétique.

Une culture du corps propre à ici et méconnue en France

Le principe a été également adopté par l’émanation mauricienne de l’ENSA qui a recruté sa première promotion en 2016. “A la différence de Nantes, Il existe une culture du corps propre à l’île donnant des étudiants bien plus réceptifs au discours sur le rapport entre structure et mouvement que ceux de Nantes”, reconnaît celle qui porte aussi la casquette d’enseignante.

Amenée à rejoindre l’île par le biais de l’ENSA à chaque rentrée désormais, les Mauriciens auront peut-être la chance de voir se concrétiser un de ses projets. “Bien sûr derrière l’atelier de deux jours avec l’école de danse de Beau-Bassin, il y a une attente que l’on enseigne quelque chose convient Emmanuelle Huynh, avec à terme, l’idée que cela aboutisse sur une performance sur scène avec les danseurs participants”, laisse t-elle entendre sans pour autant pouvoir se prononcer sur une date, laquelle doit être trouvée en concertation avec l’IFM.

Un palmarès impressionnant

Fille aînée d’un père vietnamien et d’une mère berrichonne, Emmanuelle Huynh a choisi de faire des études de philosophie qu’elle poursuit jusqu’au DEA en suivant en parallèle des cours de danse, notamment à l’école Mundra fondée par Maurice Béjart. En 1994, une bourse d’étude Villa Médicis hors-les-murs, lui permet de développer un projet chorégraphique au Viêt Nam, pays de ses origines, qui donnera naissance à sa première pièce Mùa. Outre ses créations, elle a été appellée à enseigner au sein d’institutions prestigieuses et à en diriger certaines. De 2004 à 2012, elle a dirigé le Centre national de danse contemporaine (CNDC) d’Angers où elle met en œuvre son projet pour ce centre chorégraphique national qui est aussi une Ecole supérieure exclusivement dévolue à la danse contemporaine. Elle accompagne ainsi des artistes émergents, via le festival «Schools», basé sur des rencontres internationales des écoles de danse, dont la première édition a eu lieu à Angers en mai 2009.

Au 1er janvier 2013, la chorégraphe réactive la compagnie Mùa à travers laquelle elle continue son travail de création, des actions pédagogiques et des projets de coopérations internationales. De 2014 à 2016, elle est maître assistant associée à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes. A partir de septembre 2016, elle devient professeure dans le domaine de la chorégraphie, de la danse et de la performance à l’Ecole nationale des Beaux-Arts de Paris.
(Source:emmauellehuynh.fr)

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