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Île Maurice
mardi, mai 28, 2024

L’or noir des esclaves du roi

Hommes et femmes de métier

Présenté en octobre, le doctorat de Jayshree Mungur a permis de mesurer l’importance militaro-industrielle, stratégique et historique, du moulin à poudre pour le pouvoir colonial français, et de prendre conscience du rôle crucial des esclaves du roi, devenus esclaves du gouvernement après la Révolution. 

L’inventivité de Cossigny, couplée au labeur intense de quelques 300 esclavés au plus fort des activités, a fourni des quantités massives de poudre à la marine française, aux navires marchands négriers et locaux, puis après la période révolutionnaire, à l’empire napoléonien… Après la défaite de 1810, le nouveau pouvoir colonial anglais convertit ce site en prison, puis plus tard en orphelinat et enfin en léproserie. Mais les techniques inédites que Cossigny y avait mises au point, ont longtemps inspiré l’industrie de l’armement français. 

L’autre volet saillant de ces recherches s’intéresse à la condition des ouvriers, esclaves du roi, puis du gouvernement, qui constituaient une classe à part dans la hiérarchie de cette population, bénéficiant de privilèges, en échange des services qu’ils rendaient à l’empire… L’Isle de France était la colonie française qui en avait le plus grand nombre. Ceux qui travaillaient au moulin à poudre avaient un statut militaire, ils portaient un uniforme spécifique et ont reçu un salaire à partir de 1803, compensant le fait qu’ils ne pouvaient produire et vendre à titre personnel, comme ceux des plantations. Ils circulaient plus librement, pouvant sortir sans permission jusqu’à 21h30 et même dormir à l’extérieur sur autorisation. On préférait pour ce statut, les esclavés nés à Maurice. 

Les méfaits du souffre

La France dépendait pleinement d’eux pour ses conquêtes militaires, à cette époque où Maurice jouait un rôle clé dans les échanges est-ouest et nord-sud, majoritairement pour la traite et pour le commerce de marchandises. La poudre à canon servait d’ailleurs de monnaie d’échange contre des esclaves.
Strictement encadrées, les tâches des esclaves dans les moulins étaient pénibles et nocives à cause de l’usage du soufre, leur peau étant affectée par une mousse acide qui les recouvrait pendant les opérations. Aucune archive médicale n’a été retrouvée, malgré la présence d’un hôpital et d’un médecin dédié à l’établissement.
Des femmes travaillaient également sur le site à d’autres postes, telles que le tamisage et le séchage de la poudre, la tonnellerie, la couture et la cuisine, etc. Elles comptaient aussi pour leur valeur sexuelle et reproductive. Peu à peu, de plus en plus de femmes esclavées ont travaillé dans l’administration et les activités de soin. Dans ce pays où les esclaves représentaient 90 % de la population, au moulin à poudre, ils se distinguaient par la diversité et la technicité des métiers qu’ils exerçaient (poudrier, ébéniste, menuisier, tonnelier, etc.).

La thèse de Jayshree Mungur se caractérise par sa multidisciplinarité, mêlant l’apport de l’histoire, de l’archéologie et l’anthropologie. C’est aussi ce qui lui a permis d’ouvrir de passionnantes nouvelles voies de recherche…

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