Le Centre Nelson Mandela pour la Culture Africaine accueille pour la première fois une exposition en solo d’un grand artiste seychellois, événement qui en augurera d’autres ouverts sur la région. Emmanuel d’Offay présente, du 20 août au 20 septembre 2026, Forgotten Saints, une ode visuelle aux esclaves inconnus de son pays. Dominique Bellier
Il a beau avoir la peau blanche et les yeux bleus, Emmanuel d’Offay s’est toujours senti africain et il revendique la part notable de sang ghanéen et mozambicain qui le constitue. Son père, plombier, fréquentait les gens du peuple, et Emmanuel a brisé un tabou en se mariant avec une femme noire… Son intérêt pour la mémoire de l’esclavage remonte à une trentaine d’années. Avec l’exposition Forgotten Saints, il honore les anonymes, qui ont souffert et résisté en silence. Difficile de retrouver les traces des esclavés que le système n’a cessé d’invisibiliser. Impossible de connaître leurs visages, à moins d’explorer les archives des années 1860, quand l’administration britannique a photographié les Africains libérés de la traite illégale par la Royal Navy, qui interceptaient les navires voyous. Plus de 2 600 se sont ainsi établis dans l’archipel seychellois, de 1861 à 1875.
Le regard profond et le visage serein de Galla ont ému et intrigué Emmanuel d’Offay, au point de lui inspirer ce projet d’exposition. Appartenant à la tribu majoritaire des Oromos, cette jeune femme éthiopienne aurait du sang royal. Sous le pinceau de l’artiste, celle qui a échappé à l’esclavage porte l’or et le bleu sacrés. À travers elle et tous ceux qu’il a représentés, Emmanuel d’Offay rend hommage à l’esprit de résistance, à la dignité préservée, à l’âme restée libre malgré les servitudes infligées. La souffrance, l’effroi et les sévices marquent beaucoup des quarante visages présentés. Les matériaux et l’intensité des regards imposent le respect pour ces personnes sans qui nos pays n’existeraient pas.







