L’échéance a été si longtemps reportée que l’on pouvait même, il y a encore quelques semaines, s’interroger sur la sortie véritable du Royaume-Uni de l’Union Européenne (UE). L’incertitude n’existe plus et, même si les conditions précises de ce divorce ne sont pas encore définies, le Brexit est désormais certain. Reste à savoir quelles répercussions cela peut avoir sur l’économie mauricienne….

Par le biais des accords commerciaux préférentiels et des exemptions douanières conclus avec l’UE, les produits mauriciens exportés vers le Royaume-Uni profitaient, jusque-là, d’avantages compétitifs remarquables. C’était notamment vrai pour le sucre, le textile et le thon. Si le Royaume-Uni quitte l’UE sans parvenir à un accord lui permettant de rester partie prenante de ces accords, il conviendra alors de renégocier, sur une base bilatérale (Royaume-Uni/Maurice) les conditions d’accès des produits mauriciens au marché anglais. Et il en va de même pour tous les autres états africains….

Conscient de cette nécessité, le Premier ministre britannique, Boris Johnson a organisé, du 20 au 22 janvier derniers, un sommet africain à Londres, auquel participait le Premier ministre mauricien. Il est évident que cet événement, surtout politique, visait à rassurer les partenaires africains du Royaume-Uni et que les véritables négociations auront lieu, dans les mois à venir, au niveau des commissions techniques des deux pays. Objectivement, les produits mauriciens sont plutôt bien placés pour que les tractations ne soient pas trop difficiles et que les accords à venir aboutissent à des conditions à peu près comparables à celles qui prévalent aujourd’hui.

C’est du moins ce qui ressort d’une analyse purement technique des dossiers : le textile mauricien est bien implanté en Grande Bretagne, les besoins en sucre ne décroissent pas et les investissements anglais dans de grosses conserveries de thon, sont conséquents (pour le thon, un pré-accord a d’ailleurs déjà été conclu, prévoyant un quota de 6 200 tonnes de thon en boîte et 341 tonnes de longes de thon, partagé entre Maurice, les Seychelles et Madagascar).

A priori, la plus grande sérénité devrait donc régner chez nos principaux opérateurs économiques. Ce n’est pourtant pas exactement le cas. Et leurs inquiétudes ne relèvent pas forcément de la paranoïa…

Dépréciation de la Livre Sterling et dossier chagossien

Au premier rang de ces craintes, figure la possible dépréciation (que certains analystes financiers prévoient brutale) de la Livre Sterling. Si cette conjoncture monétaire difficile venait à se réaliser, il est, en effet, vraisemblable que les clients britanniques chercheraient à se tourner vers des producteurs moins coûteux (en Asie pour le textile et le thon, en Afrique continentale pour le sucre…). Le manque à gagner pourrait alors impacter durement notre économie !

D’autant que, si l’on se place toujours dans le scénario d’une dévalorisation sévère de la devise anglaise, les experts prédisent, de façon unanime, deux conséquences déplorables : la baisse significative du nombre de touristes anglais venant sur notre île et une réduction conséquente des investissements directs en provenance du Royaume-Uni (sur le marché de l’immobilier, mais aussi dans le secteur financier).

Enfin, un écueil d’un ordre plus politique fait craindre à quelques industriels locaux que Maurice ne soit pas en position favorable pour négocier, au mieux de ses intérêts, les accords commerciaux avec le Royaume-Uni. En effet, selon ces opérateurs, qui n’expriment ces appréhensions qu’en privé, le litige qui oppose Port
Louis à Londres, au sujet de l’archipel des Chagos pourrait peser lourd !

L’épineux dossier chagossien

Compte-tenu de l’engagement personnel du Premier ministre et de son père sur ce dossier, au cours des dernières années, il paraît difficilement concevable que le gouvernement mauricien accepte, contre des avantages commerciaux significatifs, d’enterrer (même provisoirement) le dossier chagossien : le prix politique à ce renoncement pourrait, sur le plan local, effectivement être particulièrement élevé pour la majorité actuelle. A contrario, maintenir la position (légitime) de notre gouvernement sur la souveraineté mauricienne aux Chagos pourrait conduire Londres à exclure Maurice des clauses commerciales les plus favorables, qui seraient, par contre, accordées à d’autres acteurs africains (Afrique du Sud, Nigéria, Kenya…).

A court et moyen termes, l’espoir le plus raisonnable réside donc dans la possibilité que l’UE accepte que le Royaume-Uni bénéficie d’un statut de « partenaire » qui l’incluerait dans les accords multilatéraux conclu, par l’UE, avec les pays du Sud. Ce status quo maintiendrait les conditions d’accès actuelles des produits mauriciens au marché anglais. Mais plusieurs pays européens, dont la France et l’Allemagne, ont déjà fait connaître leur hostilité à une telle solution…

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