Cette triathlète de haut niveau est praticienne Feldenkrais depuis 1997. Un choix professionnel dicté il y a un peu plus de vingt ans, alors que victime d’une agression d’une violence inouïe, les médecins avaient pronostiqué sa paralysie. Aujourd’hui bien campée sur ses jambes et affichant un sourire dont elle ne se dépare jamais, la jeune femme illustre ce que peut offrir la force de volonté.

L’on s’allonge habillé sur la table de massage. Lentement, Natacha soulève, soutient et fait pivoter délicatement la tête, appuie plus ou moins fortement sur des points situés le long du canal rachidien, tire sur les bras, les jambes, demande de respirer, d’expirer… En percevant un spasme ou la tension d’un muscle, elle suggère à l’organisme, par l’intermédiaire du toucher, une autre façon de se mouvoir. Il ne s’agit que d’un faible aperçu du déroulé d’une séance dispensée par la posturo-thérapeute. Natacha Jarousse, prodigue ses soins entre Maurice, son vaisseau amiral, Paris et Monaco où elle retrouve à fréquence régulière ses patients. «Je suis un pigeon voyageur», laisse t-elle tomber, espiègle. Sa notoriété l’ayant précédée outremer, elle a donné ses premières consulations à Miami en décembre 2017. Souhaitons que les Américains ne l’accaparent pas toute entière… Car la jeune femme est la seule patricienne de l’île formée à l’école Feldenkrais. Un choix professionnel dicté par un accident survenu alors qu’elle avait 22 ans.

« Je veux mes jambes pour faire du sport »

Natacha Jarousse vit alors sur la Côte d’Azur. Elle trace son chemin de jeune femme accomplie entre ses études de Langues Etrangères Appliquées -LEA- car se destinant à une carrière de linguiste et un poste d’accueil dans un palace. Elle croque la vie par tous les bouts. Son physique avantageux de sportive – championne de natation dans deux catégories, en demi-fond avec un record de 10 600m nagé non-stop et en fond avec un record de 19 572m nagé non-stop – lui vaut des contrats pour des photos de mode. « Des gains très avantageux lorsqu’on est jeune, étudiant sans trop le sou », admet-elle. Sa vie bascule un jour d’août 1996 alors qu’en promenade dominicale dans le Var avec des amis, elle se fait violemment agresser. Du haut d’une falaise, son assaillant la fait chuter d’une hauteur de 7m et son dos s’écrase sur la pointe d’un rocher affleurant le niveau de la mer. Il la rejoint en bas pour «l’achever» en cognant sa tête. Et la laisse pour morte. Natacha Jarousse doit la vie à deux plongeurs qui la repèrent et appellent les secours. Fracture du bas du dos, de l’épaule gauche, de la mâchoire inférieure, des orteils et du nez… Le bilan est accablant et la souffrance d’une atroce intensité, pendant des jours, des semaine, une éternité. Immobilisée pendant 7 mois, son père la lave comme un nouveau né, sa mère lui donne la becquée. La blessure du dos est sérieuse, les dernières vertèbres lombaires sont fracturées et des petits bouts d’os menacent les nerfs rachidiens qui les entourent. «Vous risquez de ne plus jamais marcher » lui prédit alors l’expert en neurologie.

«Je veux mes jambes pour faire du sport, ça prendra le temps qu’il faudra mais je vais marcher» sera la réponse de cette battante.

Le mouvement est la clé de la vie

C’est de son matelas coquille qui empêche tout mouvement que Natacha en développera d’autres, insoupçonnés. Son intérêt pour la biomécanique sera éveillé par un épisode précis peut-on lire dans Accoucher de son être, écrit durant sa convalescence, un an après son accident.  L’un de ses amis se montre particulièrement réceptif à son discours, celui d’une ex-championne immobiliisée malgré elle, ayant envie de bouger, courir… Il lui tend un jour un miroir pour qu’elle regarde de son lit, et par la fenêtre, le stade situé à côté de l’hôpital. « Imagine que tu es derrière ce mec qui court, tu accélères, progressivement, et tu passes devant lui; respire librement, pousse tes orteils, sens l’extension des jambes, c’est ça pousse, accélère…», lui intime t-il alors. « C’était fabuleux se souvient-elle, je sentais les muscles de mes cuisses réagir au mouvement ». Cet ami lui ayant révélé sa capacité à créer le mouvement à sa source, elle s’attache alors à analyser ses propres cycles biologiques et arrive à la conclusion selon laquelle le mouvement est la clé de la vie « car il est la plus étroite illustration des rythmes et des énergies qui animent les corps ». Experte en biomécanique et en biodynamique, sujets de ses deux thèses répertoriées, Natacha Jarousse a mis au point une méthode – accessible via ses vidéos You Tube – située entre ostéopathie et développement personnel. Et c’est cette approche pertinente, car voulue globale et humaniste qui fait toute sa différence et de fait, son succès.
natachajarrousse1@gmail.com

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