Les salines de Tamarin font partie des lieux emblématiques du paysage mauricien. Ce lieu est un symbole d’authenticité et de richesse du pays et attirait, jusqu’en décembre dernier, de nombreux visiteurs du monde entier. Véritable patrimoine national et gagne pain de nombreuses générations d’habitants de la région de Tamarin, les salines sont désormais un héritage à l’abandon.

Située au sud-ouest de l’île Maurice, les salines de Tamarin sont les plus anciennes de l’île Maurice. Pendant deux siècles, des femmes et des hommes (dite sauniers) y ont récolté le sel de manière artisanale. Au travail à partir de 6h du matin, coiffés de leurs traditionnels chapeaux de paille et transportant des paniers de sel sur la tête, ils ont été partis intégrants du paysage dans cette partie de l’île.

Toutefois, ces derniers ont été licenciés et les salines ne sont plus que des bassins de pierre vides, depuis décembre 2015. Ce serait l’effet direct de la décision du gouvernement d’autoriser l’importation du sel sur notre territoire, plaçant les producteurs locaux face à une concurrence de taille. Avec le marché local devenant moins rentable, les pertes d’emplois ont par la suite accéléré la chute des salines. En effet, l’importation du sel qui n’a cessé de progresser a accentué les difficultés du propriétaire du site, Mont Calme Ltd. Ce dernier n’a pas eu d’au- tre choix que de fermer boutique.

Mont Calme Ltd, avait annoncé en avril 2015 la construction d’un espace commercial ainsi qu’un projet résidentiel sur le site des salines. Il était également prévu que 25 à 30% de l’espace soit préservé comme site historique. Aujourd’hui le développement commercial n’est plus à l’ordre du jour. « C’est triste et dommage que nous ayons été contraints à cesser nos activités. Nous nous sommes battus depuis plusieurs années pour trouver une solution, mais en vain. Aujourd’hui, on ne peut pas faire autrement » dit Marc de Ravel, directeur de Mont Calme Ltd.

La résistance

A l’annonce de l’arrêt des activités aux salines de Tamarin et d’une éventuelle construction commerciale sur le site, des associations de protection du patrimoine se sont mobilisé pour faire entendre leur voix. Ainsi, la population a été sensibilisée à ce risque de perdre une partie notre héritage culturel par le biais des réseaux sociaux et des médias. Pour Thierry Le Breton, responsable de l’association SOS Patrimoine en Péril, l’arrêt complet des activités des salines de Mont Calme est un désastre pour le paysage de la région. « Malheureusement, le gouvernement n’a rien fait pour préserver l’industrie du sel locale. De ce fait, ce n’est pas uniquement le patrimoine, mais également l’économie et la culture mauricienne qui sont en péril. »

« Le problème vient du ministère du Commerce, qui interdit désormais la vente le sel local sur le marché mauricien. Il favorise le sel importé. En ce qui concerne, les habitants de Tamarin, ils sont très attristés de la perte de ce patrimoine régional et national, qui a une place importante dans la région. Nous avons envoyé des lettres aux différents ministères concernés, qui sont restées sans réponses. Nous avons également fait des pétitions, avec 5 000 signatures manuscrites et environ 7 100 sur Internet », explique Percy Yip Tong, porte parole de l’association SOS Salines.

Grâce aux pétitions et à la mobilisation des Mauriciens, le combat mené par SOS Patrimoine en Péril et SOS Salines a porté des fruits. Les deux associations, soutenues par la National Heritage Trust ont pu rencontrer le ministère des Arts et de la Culture et le ministère des Administrations Régionales afin d’avancer leur demandes. Pour le moment, il leur a été confirmé qu’aucun permis de construction sur le site des salines ne sera délivré par le Conseil de District de la région de Tamarin. Toutefois, cela ne résout pas le problème de perte de patrimoine et de chômage.

A ce jour, seules les salines de Yemen dans l’ouest de l’île, sont toujours en opération. La concurrence engendrée par l’importation de sel reste un enjeu déterminant dans l’avenir des salines artisanales à Maurice. De plus, le gouvernement mise beaucoup sur les prochains Smart Cities qui devraient aussi s’installer à Tamarin. Entre héritage et modernité, qui gagnera la bataille ? Affaire à suivre…

Patrimoine: Les salines de Tamarin laissées à l’abandon

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