Pendant tout le mois de janvier une importante exposition regroupant cent de ses oeuvres, retraçait le parcours artistique, particulièrement riche, de Pierre Argo. Après plus de cinquante ans de “carrière”, ce peintre mauricien, établi en France et reconnu à l’étranger, a accepté de regarder en arrière. Rencontre avec un artiste qui semble bien avoir atteint une certaine sérénité…

A l’entrée du nouveau centre arstistique du Caudan, la salle de conférence, transformée en lieu d’exposition, a été habilement “partitionnée”, afin d’inscrire le visiteur dans un parcours qui puisse préserver le dialogue intime avec les toiles. Le fil rouge est chronologique et de grands panneaux expliquent, à l’entrée de chaque “pério-de”, les nouvelles influences du peintre… Pierre Argo ne contredit pas ces informations qui peuvent pourtant accréditer l’impression d’un pein-tre indécis. “Je n’ai jamais su me satisfaire d’une technique, d’un style, d’un sujet”, reconnait-il volontiers. D’autant qu’il y a la vie, ses détours inattendus, ses hasards, ses rencontres et ses chocs…” Quelques temps après mon installation définitive en France, j’arrive à intéresser quelques titres de presse à mon travail photographique. Le prestigieux magazine Géo, par exemple, m’envoie en Afrique pour un reportage sur les transports au Sahel…” Et voila donc Pierre qui découvre le continent africain, voyageant de Dakar à Bama-ko, dans le wagon de troisième classe d’un train surpeuplé, où il arrive que les couples fassent l’amour sans se soucier des autres voyageurs… L’étape Bamako/Gao se fera par navigation sur le fleuve Niger, avant de rallier Niamey en voiture… Au retour à Paris, dans la pièce minuscule qui lui sert d’atelier, dans son appartement de la banlieue parisienne, l’Afrique impose sa vigueur sur ses toiles.

Sécheresse à Rodrigues (1973).

“Je ne suis pas un artiste engagé”

La végétation luxuriante des Seychelles, le relief basaltique de Maurice ou la sécheresse de Rodrigues marqueront aussi sa peinture. Mais ce sont peut-être les rencontres qui laisseront l’empreinte la plus sensible.

Un tableau s’intitule ‘Le Séga de la liberté’, comme le poème de René Noy-au… Un jour, René m’a lu son poème en le scandant selon le rythme qu’il avait voulu y mettre. Ses longues mains décharnées accompagnaient sa diction d’un long geste circulaire et nerveux. Lorsque j’ai peint cette toile, c’est aussi ce mouvement que j’ai voulu retrouver. Les lignes circulaires du tableau sont autant une évocation claire de la ravanne des ségatiers, que le rappel du geste ample des mains de René Noyau…

Après avoir emprunté de nombreuses voies, de la figuration des débuts, à l’abstraction des compositions les moins évidentes, Pierre Argo semble s’être découvert une nouvelle “mission”. “Je ne suis pas un artiste engagé”, se défend-il étrangement, à une époque où tous les créateurs, même les plus consensuels, cherchent pourtant à se parer de ce titre… “Mais je suis dans la cité, parmi les hommes, alors je réagis à certains sujets…” Un grand format, intitulé “Chagos”, illustre cette implication. “J’ai demandé plusieurs fois un visa pour aller faire un reportage photo aux Chagos… A chaque fois, l’Ambassade américaine a refusé. Alors, pour le tableau, j’ai utilisé une photo prise par un ami navigateur qui y est passé à bord de son yacht…” Ce n’est pas un manifeste ou une toile poignante évoquant l’exil du peuple chagossien, mais ce tableau voyage, d’exposition en exposition, suscitant l’interrogation des spectateurs qui, pour la plupart, ne connaissent pas l’histoire de l’archipel…et la découvrent ainsi, grâce au pein-tre mauricien. Sans le claironner, Pierre Argo anime aussi des ateliers dans des quartiers défavorisés et essaie d’aider de jeunes peintres. A 77 ans, l’artiste semble être parvenu à un équilibre salutaire: “Je sais qu’un homme malheureux peut détruire sa famille, ses proches… La peinture aura été, tout au long de ma vie, le moyen par lequel j’ai échappé à cette malédiction.

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