N’a t-on pas coutume de dire le joli mois de mai… Peut-être à cause du muguet délicat que l’on offre et des mamans que l’on fête, les deux évènements de cette période. Nous l’avons choisie pour valoriser cinq femmes, pour certaines mamans, qui brillent par leur engagement dans le paysage mauricien. Développement territorial, culture, éducation, ou encore santé, à chacune son cheval de bataille, lancé parfois à l’issue d’un décrochage de vie ou alors pour répondre à des aspirations en phase avec une personnalité qui a évolué.

Sexe faible? Loin de là, car les femmes ont de la ressource et le prouvent. Il s’agit souvent d’aller la puiser là on ne soupçonnait même pas son existence et révélée après un accident, une maladie, tout ce que l’on nomme avec beaucoup de pudeur un accident de parcours, et qu’il aura fallu surmonter avec courage et en gardant foi en ses potentialités. Pour d’autres, c’était juste le moment de le faire. Car le fleuve de la vie, souvent capricieux a très souvent tendance à nous perdre dans de sinueux méandres avant de guider chacun(e) sur le rivage qui l’attendait depuis une, deux, voire trois décennies. Parce que, c’est le juste moment d’arriver à bon port. En dépit d’un parcours divergent et d’un domaine d’engagement distinct, l’envie de partage reste certainement l’élément fédérateur de nos cinq femmes de mai.

Shamima Patel-Teeluck: L’éveil à la vie en donnant, après la maladie

Nombreux(ses) sont les Mauricien(ne)s qui connaissent son joli visage et son histoire, car Shamima se met volontiers en scène pour défendre sa cause, celle de la lutte contre le cancer du sein. Atteinte par la terrible maladie voilà quelques années, elle peut et sait en parler : personne ne peut sortir de l’épreuve du cancer sans une profonde métamorphose psychologique car il frappe physiquement, émotionnellement, mais vient aussi rebattre toute les cartes des schémas familial et social. “Avant j’étais une fêtarde, maintenant j’ai une mission”, résume t-elle. Après avoir subi l’ablation d’un sein en 2010, attendu trois ans pour sa reconstruction, avoir vécu sans cheveux pendant un an, et au coeur de la maladie, vu celui qui est aujourd’hui son ex-mari s’éloigner pour une autre, cette belle femme souriante, avenante, très coquette, raconte avoir été touchée au plus profond de sa féménitude. Comment ne peut-on pas se réveiller plus forte après être passée, seule, par toute cette succession d’épreuves…? “Je me suis rendue compte de la valeur du corps qui nous était donné, et je me suis dit que désormais que je pouvais tout”. Ce “tout”, porte le nom de Breast Cancer Care, l’ONG fondée par Shamima et dont la vocation vise à faire des campagnes de dépistage du cancer du sein, du suivi psychologique, “les femmes se retrouvant tellement démunies en cas de mauvaise nouvelle”, et de l’offre d’acessoires. Entre Maurice depuis 2014 et Rodrigues depuis janvier 2016, ce sont 10 000 femmes qui ont été consultées par les bons soins de l’ONG. “La responsabilité que j’ai envers envers ces femmes, est ce qui me porte et me pousse à aller plus loin dans mes démarches, en les aidant toujours plus et en leur donnant”, explique Shamima Patel. Sa dernière bataille a consisté à obtenir un financement de l’Union européenne qui vont aider sur les années 2018-2019 à la reconstruction du sein du douze femmes, et de deux femmes de la part du groupe IBL. Une énorme satisfaction pour cette maman de deux adultes déjà, deux filles de 28 et 24 ans, qui rétrospectivement perçoit sa maladie comme un véritable éveil à la vie pour elle.  Aujourd’hui, je suis bien, je suis mieux”.

Summer Sekely: La musique pour moins souffrir

C’est une belle jeune femme, dynamique et volontaire. Difficile d’imaginer qu’il n’y a pas si longtemps, Summer était alitée pendant de longs mois, souffrant atrocement, après une fracture du crâne… Ne pouvant ni lire, ni regarder la télévision, elle était, dit-elle, condamnée à la musique. Elle découvre alors les Binaural Beats, ces morceaux de musique utilisant des fréquences précises pour apaiser la douleur ou l’angoisse. C’est une vraie révélation et, à peine remise, Summer et son frère, réunis au sein du groupe Alchemia, enregistre un premier morceau. Ne parvenant pas à lui donner une large audience locale, Summer utilise You Tube pour faire connaître sa musique… Le DJ de Ministry of Sound remarque cette composition et la remixe. Depuis, Alchemia a signé chez Universal et enregistré un album complet!

«De partout, explique Summer, me parviennent des témoignages sur les bienfaits de notre musique. Personnellement, j’anime un groupe d’enfants difficiles et je vois à quel point cette ambiance musicale les apaise…» L’étape suivante serait donc de pouvoir apporter la musique d’Alchemia aux enfants en souffrance, notamment dans les hôpitaux. «Cela se fait ailleurs, avec des résultats très positifs, explique t-elle, alors…»

Marquée par une forme de spiritualité, Summer croit fermement que notre tâche sur Terre est simple: donner de l’amour et concrétiser nos rêves. Une conviction qu’elle partage avec passion et enthousiasme! «Je n’aurais jamais pu imaginer que ma musique voyagerait ainsi partout et qu’un important label nous ferait enregistrer un album, reconnaît-elle. C’est le message que je voudrais faire passer aux autres mauriciennes: en tant que femmes, on ne compte pour pas grand-chose, dans notre société. Mon exemple montre pourtant que l’on peut devenir qui on veut!»

Sophie Grigorieff: Faire La courte échelle aux enfants différents

Depuis 2002, Sophie Grigorieff, une française installée à Maurice, anime et dirige l’école La courte échelle. Cette structure un peu particulière accueille des élèves ne parvenant pas à s’insérer dans le système scolaire classique.

«Au départ, se souvient-elle, nous étions deux mamans confrontées au même problème: nous avions chacune une fille atteinte d’un handicap. Nous avons dû les retirer de l’école. Nous avons alors décidé de créer la structure que nous ne trouvions pas pour nos enfants.» Aujourd’hui, La courte échelle compte quatre classes, dans lesquelles se répartissent 23 élèves, presque tous Mauriciens. « Ils souffrent de retard mental ou de troubles du comportement (hyperactivité, hyperkinésie, trouble du déficit de l’attention, etc.), de déficience auditive et de troubles des apprentissages (dyslexie, dysphasie, dyspraxie, etc.).»  Malgré cela, certains d’entre eux sortent de l’école avec un emploi, car la dernière année est consacrée à l’intégration en entreprise : «certains de nos anciens élèves travaillent dans des clubs de plongée, des restaurants, des salons de coiffure ou des entreprises de paysagisme…»

Plus de quinze ans après le début de cette aventure, Mme Grigorieff dresse un premier bilan: « A titre personnel, cette activité bénévole a été incroyablement enrichissante, et je dois dire que nous n’avons rencontré aucun obstacle auprès des autorités qui ont très bien compris notre démarche». L’école est un ONG qui emploie, aujourd’hui, 4 enseignants salariés, trois assistantes et une personne pour l’administration. Elle est aussi soutenue par un réseau d’intervenants bénévoles.

Pour tout renseignement :

La courte échelle, 34, rue des Caramboles – Quartier des Baobabs, Village Labourdonnais – Mapou – Ile Maurice, Tel: (+230) 266 2049, E-mail: courtechelle@intnet.mu.

Agathe Desvaux de Marigny: La nouvelle ADM donne rendez-vous au Morne!

2018 est l’année de toutes les actions pour Agathe Desvaux de Marigny. Développement de l’ONG, Action Développement Le Morne, de son projet économique et social Vision Le Morne, lancement du Green Village et organisation d’un événement Nou le Morne, levier de notoriété pour le territoire et de financement pour l’ONG.

« Je vis ici depuis 30 ans. Il y a plusieurs années que je réfléchis à l’avenir de ce territoire que j’aime. Oui, il y a de la pauvreté, mais aussi beaucoup de talents qui ne demandent qu’à se libérer. Des choses ont déjà été faites, certaines ont fonctionné, d’autres pas… Il manquait un fil conducteur… Aujourd’hui une approche de développement global a permis de tout mettre en musique !» se réjouit-elle.

L’ONG ADM est au cœur du projet. «Il n’est pas question de donner mais de mettre en place des conditions favorables à l’autonomie des gens, de les accompagner jusqu’à un travail, de proposer un avenir à partager » ajoute t-elle.

Sur des terrains qu’elle possède à la sortie de Coteau Raffin, un Green Village voit actuellement le jour. Aménagé avec un faible impact écologique, il combinera productions agricoles, bio market, activités culturelles, de loisirs, artisanales … Des habitants défrichent et plantent les premiers potagers et la construction d’une scène organique commence.

C’est là que se déroulera Nou le Morne, le 25 août prochain, au moment de la célébration de l’abolition de la traite négrière. L’événement a été conçu autour de l’identité de la montagne, de son lien au marronnage des esclaves et de la culture locale des habitants du village. L’ambition: la promouvoir et la faire partager aux Mauriciens, aux touristes et aux résidents. La programmation promet du grand spectacle… Le trail de la Liberté parcourra le chassé privé autour de l’Embrasure, et sur le Green Village la compagnie Omada dansera l’histoire du peuple mauricien, avant 5 heures de concerts autour du «sega tipik», de l’acoustique à la fusion. Les villageois sont bien évidemment partie prenante de l’événement, ceci en assurant la restauration locale, la tenue des stands et, même, la montée sur scène pour certains.

Sylvie Gravil-Morgillo: L’Education comme moteur

Co-fondatrice et directrice de l’ONG Anges du Soleil de Tamarin, Sylvie Gravil-Morgillo, maman de quatre fils a de l’énergie à revendre. Qui se douterait qu’avant son engagement social, elle était en France, dans l’Isère, à la tête d’une affaire florissante de lingerie fine…? “Oui, mais même si j’ai retiré de cette partie de ma vie de grandes satisfactions, ce n’était pas une fin en soi”, sourit-elle. Sylvie et son époux, lui-même dans le prêt-à porter masculin haut de gamme vendent leurs affaires, leur maison et décident de faire un crochet à Maurice pour “voir”. C’était il y a 9 ans et “voir” a fini par glisser vers “rester”. On peut être gâté et vivre dans des conditions confortables, mais les besoins profonds changent en fonction de l’évolution de chacun. “C’est ce qui s’est passé me concernant; alors que je m’occupais de mon affaire, j’ai toujours rêvé d’humanitaire et je donnais déjà de mon temps au sein de l’association de Soeur Emmanuelle”. Aussitôt dans l’île, elle vit son rêve à fond en rejoignant bénévolement 4 ONG locales dont le Pont du Tamarinier pour lequel elle laissera progressivement de côté les trois autres. Mais après cinq années, elle décide de s’en séparer, car “développer l’habitat étant soumis à de nombreuses autorisations, les dossiers avançaient peu et cela me frustrait”. Place donc à l’éducation avec la création de l’ONG Anges du soleil qui vise à faciliter l’accès à l’école, d’enfants issus de milieu défavorisé. Mais plutôt que de créer une énième école, Sylvie Gravil s’attachera plutôt à donner les clés pour scolariser ces enfants dans les établissements déjà existants. Mais celle qui croit aux vertus de la mixité sociale appliquée au système éducatif ne peut exprimer cette conviction à travers Anges du Soleil. Pour lui donner forme, elle en arrive à créer en parallèle, L’Odyssée du savoir, une seconde entité, une école alternative qui démarre à la rentrée de septembre sur le site d’Education Village de Médine à Pierrefonds. Quarante enfants feront un apprentissage basé sur le principe du volontariat, issu du concept américain Sudbury, avec un minimum de quatre professeurs pour commencer et de nombreux intervenants extérieurs, dont elle fera elle-même partie.

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