Tromelin : les enseignements d’un naufrage

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Plusieurs ouvrages ont été consacrés au naufrage de L’Utile sur l’île de Tromelin, dans la nuit du 31 juillet au 1er août 1761, et au destin de son équipage et de ses esclavés abandonnés. Mais, pour la première fois, un auteur de la région reprend cette histoire du point de vue des captifs… Dominique Bellier

Parti de Bayonne, L’Utile avait à son bord un équipage de 142 marins, puis, embarqués illégalement à Foulpointe, 160 hommes, femmes et enfants malgaches, à acheminer à l’île de France (ex-Maurice) comme esclavés. 80 parmi ces derniers ont survécu à l’échouage et 122 marins ont réussi à repartir sur une galère construite avec les débris de l’épave, promettant de revenir chercher ceux qu’ils abandonnaient. 15 ans plus tard, le chevalier Tromelin accoste enfin, pour sauver les 7 femmes qui avaient survécu, et un bébé. Depuis les fouilles archéologiques de 2006, plusieurs récits, romans et bandes dessinées sont parus en France.

« J’ai lu ces livres, nous explique Jean-Claude de L’Estrac, mais à chaque fois, j’ai constaté un travers…  Les esclaves n’y existent qu’à partir du moment où ils sont enfermés dans les cales de L’Utile, comme s’ils n’avaient pas eu auparavant d’activité, de vie ou même de culture propres. Or, s’ils ont réussi à survivre des années sur cet îlot de sable, c’est qu’ils avaient des qualités intrinsèques qui leur ont permis de fabriquer des abris et objets, et recréer les conditions d’une vie possible. »

Publié aux éditions Le Printemps, Les fantômes de Tromelin a ceci d’inédit qu’il commence à Madagascar par une reconstruction crédible de la vie de villageois malgaches de l’Imerina, puis des moments où ils ont été raflés et acheminés vers Foulpointe. Cet hybride de roman et récit historique raconte le naufrage, évoque ses causes, puis les différentes étapes de la survie sur l’île de sable du point de vue, cette fois, des captifs. Émanant de notre région, il restitue l’ensemble de la tragédie, jusqu’aux mauvais traitements subis ensuite par cinq rescapées pourtant déclarées libres à Maurice. L’auteur a un seul regret : n’avoir pas pu retracer de lien entre les familles vivant aujourd’hui à Maurice et L’Utile, le seul bateau à avoir porté ce nom, et dont la vie s’est limitée à ce funeste destin…

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