Il est « urgent » de repartir sur les bases d’un nouveau plan stratégique en réponse au VIH/Sida

Il y a deuex mois, le jeudi 1er décembre 2016, le monde a commémoré la Journée mondiale de lutte contre le sida. A Maurice, cet évènement a revêtu un caractère fortement symbolique, car 2016 marquait les 20 ans d’existence de l’ONG Prévention Information Lutte contre le Sida (PILS). Depuis, la réponse nationale au VIH/Sida et la politique du gouvernement ont fait couler beaucoup d’encre. D’où l’importance de faire le bilan sur la situation actuelle à Maurice, notamment des défis à relever pour atteindre l’objectif fixé.  

Maurice peut arriver à bout de l’épidémie du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) d’ici à 2030, voire avant. « Grâce aux avancées médicales, l’objectif est d’atteindre zéro nouvelle infection d’ici 2030. Aujourd’hui, si un patient reçoit un traitement adéquat et s’il le suit à la lettre, cela diminue considérablement la quantité de virus dans son corps. En conséquence, le risque de transmettre la maladie à une autre personne est également réduit. Cela démontre que nous pouvons réellement agir et totalement arrêter l’épidémie » affirme Nicolas Ritter, directeur exécutif de PILS.

Réunir tous les acteurs

Malgré le fait que nous avons les moyens de contrôler l’épidémie, le pays n’atteindra pas cet objectif si la situation actuelle perdure. L’ONG indique qu’il y a un manque de cohérence dans la politique nationale de  lutte contre le VIH et déplore l’absence de soutien et de communication de la part du ministère de la Santé à l’égard des acteurs de la lutte.

D’une part, le transfert de la National Aids Secretariat (NAS) du Prime Minister’s Office au ministère de la Santé a grandement impacté la réponse nationale et détérioré la communication entre PILS et le ministère.

D’’autre part, l’inquiétude affichée par PILS concernant les actions du ministère auraient encore plus froissé le ministre de tutelle, Anil Gayan. PILS s’est, en effet, manifesté contre la suspension de l’induction au programme de méthadone pour les nouveaux patients et les nouvelles exigences sur le programme d’échange de seringues.

Selon eux, les conséquences de ces politiques ont été graves sur le terrain. « Nous avons l’impression qu’en deux ans, nous avons reculé de dix ans sur notre réponse nationale au VIH/Sida. 2015 et 2016 ont été deux années perdues, car le VIH n’a que faire des tergiversations politiques et nominations anachroniques », se désole Nicolas Ritter. Pour ce dernier , il est « extrêmement urgent » de réunir tous les acteurs engagés dans la lutte contre le VIH autour d’une même table afin d’établir un nouveau plan d’action stratégique. Cela, en s’assurant que le nouveau plan évite tout monopole en faveur d’une partie ou d’une autre.

VIH/Sida - Objectif: zéro nouvelle infection d’ici 2030

2015 et 2016 ont été deux années perdues, car le VIH n’a que faire des tergiversations politiques et nominations anachroniques. 

 

Mettre en place des solutions durables

En 2017, le dépistage est gratuit et anonyme dans les services de santé publics et chez certaines ONG, notamment au Community Support Unit (CSU) de PILS. Les traitements antirétroviraux sont également  gratuits pour toute personne vivant avec le VIH (PVVIH). Néanmoins, beaucoup de PVVIH hésitent encore à se faire soigner.

En 2015, sur les 8 500 PVVIH estimés à l’île Maurice environ 6 000 ont été dépistés, tandis que 4 000 ont un dossier au ministère de la Santé et moins de 3 000 sont sous traitement.« Nous voyons un effort de la part des PVVIH de se faire soigner, mais nous avons encore du chemin à parcourir. Il faut mettre en place des solutions qui fonctionnent: test, treat and retain. Plus il y aura de personnes dépistées, plus nous pourrons les mettre sous traitement et contrôler la transmission du virus. Surtout, sachant que nous avons les moyens de le faire. »

Traiter la question VIH en son ensemble

Pour rappel, depuis 1987, environ 70% des cas de transmission du VIH à Maurice sont dus à l’injection de drogue. A ce jour, les usagers de drogues injectables représentent toujours un tiers des nouvelles contaminations.

Il ne faut donc pas négliger le fait qu’à Maurice le VIH est devenu une épidémie concentrée au niveau des populations clés, notamment les consommateurs de drogues injectables, les travailleurs du sexe et les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes.

Ainsi, le directeur exécutif de PILS ajoute que les droits humains doivent être au centre de toute réponse efficace au VIH et que la pauvreté est un déterminant majeur qui doit être considéré. « A Maurice, nous ne pouvons pas traiter la question du VIH sans nous pencher avec le plus grand sérieux sur nos politiques autour des drogues et en nous limitant uniquement à l’aspect médical de la question ».

La stigmatisation, la discrimination et la peur sont autant d’autres défis qui se dressent comme des murs entre le pays et l’objectif de zéro nouvelle infection. Attendons de voir si l’Etat vient de l’avant avec un plan d’action englobant tous ces aspects…

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