Dans le Sud de Maurice, à Bel Ombre, une partie des locaux d’un ancien moulin de canne à sucre a été converti en musée du coquillage. Ouvert depuis décembre dernier, World of Seashells (Le monde des coquillages) présente une collection exceptionnelle de ces mollusques marins, avec un vrai souci pédagogique… 

A l’origine de ce musée original, la très vaste collection d’un conchyophile (collectionneur de coquillages) mauricien : Eric Le Court de Billot. Rachetée par le groupe Rogers, sa collection comprend environ 8 000 exemplaires, collectés dans le monde entier.

Heureusement, la visite ne se limite pas à la contemplation passive de toutes ces coquilles, dont certaines sont pourtant d’une beauté saisissante. Très intelligemment, les concepteurs de World of Seashells ont organisé un rapide parcours qui permet, avant même de découvrir les coquillages exposés, de prendre conscience de l’importance de ces représentants de l’ordre des mollusques.

Importance culturelle, tout d’abord! Partout dans le monde, et à toutes les époques, des mythes et légendes mettent en scène des coquillages. Et dans certaines cultures, le coquillage représente même la source originelle de la création du monde…

Une carte détaillée renvoie à un livret présentant les plus significatifs de ces mythes. Et l’on peut ainsi voyager de culture en culture, de Yemoja, la mère africaine des océans à Vénus et Aphrodite, les déesses gréco-romaines de l’amour, de Mavutsinim, le dieu créateur des empires pré-colombiens à Vishnu et Durga de l’hindouisme, de Ta’aroa, le dieu solitaire de la Polynésie, à la coquille chrétienne arborée par les pélerins de Saint-Jacques de Compostelle…

75 000 espèces de coquillages

On apprend aussi que, pour de nombreux peuples, les coquillages ont très longtemps servi d’unité d’échange, bien avant l’invention de la monnaie…

La salle suivante s’intéresse à la coquille (le squelette externe du mollusque). Etudiée aussi bien par les artistes que les scientifiques, elle a parfois trouvé des applications là où l’on ne l’attendait pas…

Les mathématiciens se sont longuement penchés sur la spirale logarithmique (ou spirale de Bernouilli), qui donne leur forme à de nombreuses coquilles. Les proportions parfaites de cette figure font référence au “nombre d’or”, si cher aux architectes…qui ne se priveront pas de reproduire ce système…

L’étape suivante s’intéresse, elle, à la biologie du coquillage. Autrement dit, à la vie de l’animal. 75 000 espèces de coquillages sont aujourd’hui référencés et la diversité des milieux, des formes, des anatomies et des comportements est donc extrême! D’autant que de nouvelles espèces sont régulièrement découvertes…

Heureusement, les classes des gastéropodes et des bivalves regroupent la majorité des mollusques à coquille…

Cette salle présente donc quelques espèces représentatives et en décrit toutes les principales caractéristiques. Un passage éclairant, qui permettra, ensuite, de mieux situer les coquillages exposés…

Enfin, la dernière halte avant l’exposition proprement dite, présente tous les risques auxquels sont exposés les coquillages (réchauffement climatique, pollution, extraction du sable côtier…), ainsi que les actions que le groupe Rogers mène en faveur de la préservation de la biodiversité.

Des coquillages incroyablement divers

Bardé de toutes ces informations, il est temps d’entrer dans les vastes salles qui contiennent l’exposition de la collection de M. Le Court de Billot…

En entrant dans la première de ces pièces, un meuble attire l’attention. Il s’agit de la reproduction de ce que l’on appelait, au XIXème siècle, un “cabinet de curiosités”. Sur des étagères ou dans une vitrine, on y exposait des objets “exotiques” ou rares, Pas toujours du meilleur goût, d’ailleurs. Ramenés de voyages lointains, ces vestiges témoignaient, tout aussi bien de l’aisance financière de leur propriétaire, que de son intrépidité et de l’étendue de sa culture…

Mais voici que le regard est happé par les très nombreuses vitrines de la collection. Formes, couleurs, origines… Les coquillages présents sont incroyablement divers et, pour nombre d’entre eux, tout simplement magnifiques.

Disséminés avec pertinence, des écrans diffusent en boucle des vidéos explicatives, que viennent compléter des panneaux fort bien conçus. On ne s’attardera pas, ici, à la description de chaque type de coquillages, tant ils sont nombreux. D’autant que celui qui séduit l’un peut laisser l’autre indifférent. On dira, simplement que la visite de ce musée original nous a séduits et instruits. Mention spéciale pour les sympathiques hôtesses, Chitra, Pascaline et Magdalena, qui savent être présentes sans être envahissantes.

Carl Von Linné et Jean-Baptiste de Lamarck

Pour chaque coquillage présenté dans les vitrines du World of Seashells, une petite étiquette indique son nom scientifique, son lieu de découverte et le nom du scientifique qui l’a identifié. Et dans cette collection, riche et variée, figurent un nombre considérable d’exemplaires découverts sur les plages de notre île. Or, pour une part non-négligeable d’entre eux, les naturalistes ayant procédé à leur classification sont célèbres : il s’agit du Suédois Linné et du Français, Lamarck, deux personnages importants de l’histoire des sciences.

Célèbre, au XVIIème siècle, pour son opposition à Buffon, à qui il reprochait une vision trop littéraire de la nature, Linné est également à l’origine de la classification binomiale (adoptée par tous les biologistes) qui identifie un être vivant par un genre et une espèce!

Même si l’on ne trouve pas trace d’un éventuel séjour du Suédois sur l’Isle de France (ancienne île Maurice) on sait qu’il entretenait une correspondance suivie avec le botaniste Commerson qui lui envoyait parfois des spécimens à étudier et qui, lui, arpenta les Mascareignes et Madagascar…

Evolutionniste avant Darwin (qui le cite dans son livre De l’évolution des espèces) et inventeur du mot “biologie”, Lamarck était surtout un botaniste. Mais sa curiosité l’amenait à s’éloigner souvent du monde végétal. On ne sait toutefois pas comment il a été amené à classifier certains des coquillages présents sur nos côtes…

Ouvert tous les jours

Du lundi au samedi, World of Seashells est ouvert de 9h à 17h, et de 9h à 14h les dimanches et jours fériés. Le prix de la visite est fixé à Rs 200/adulte et Rs 100/enfant. Les directeurs d’écoles et autres pédagogues peuvent prendre contact avec le musée pour organiser des visites guidées, au bénéfice de leurs élèves.

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