Nous sommes dans la période de l’année où nos plages accueillent le plus de visiteurs. Source de bien-être, de richesse et véritable atout touristique et économique pour l’île Maurice, nos zones côtières ont besoin de toute notre attention. En effet, alors que nous profitons des bains de mer et de soleil à volonté, des dangers guettent notre écosystème marin, notamment les récifs coralliens et les plages. L’un ne peut exister sans l’autre. En sommes-nous conscients ? Constat.

Certes, nos plages reculent et ce n’est pas nouveau. Les causes naturelles sont connues,notamment les grandes marées, les fortes houles et les cyclones. Cependant, il y a également des raisons d’ordre anthropique qui viennent perturber le cycle normal du renouvellement de nos plages : tourisme, développement immobilier, pêche massive et braconnage. Il est temps de réagir avant qu’elles ne disparaissent encore plus. « Notre écosystème marin, bien qu’encore attrayant pour nos touristes, est en déclin et ce n’est pas la peine d’être océanographe pour le constater », avance, d’emblée, Yan Coquet, Lagoon Monitoring Manager chez Eco-Sud. « Les coraux subissent de grosses pressions, qui amènent leurs dégradations. Entre l’action directe et physique de l’homme (marche sur les coraux, hélices et ancres de bateaux, etc.) et celles indirectes (réchauffement climatique par les émissions de gaz à effet de serre), le corail, aussi résistant soit-il, ne peut contenir autant de stress. L’érosion côtière est tout d’abord un phénomène naturel qui perpétue son cycle le long du littoral sableux. Il existe un transfert continu de sédiments le long des côtes parallèlement aux plages. Sans obstruction, le cycle continue. Avec obstruction, le transfert est perturbé.»

D’accord, mais quel lien entre les coraux et nos plages ? « Une île est entourée de récif corallien. Le premier lien est le sable sur la plage. Il provient, en grande partie, de coraux et d’animaux décomposés. Ainsi, les coraux sont importants pour le maintien de la quantité de sable nécessaire sur les plages et prévenir l’érosion. C’est la raison pour laquelle, l’extraction de sable est une mauvaise pratique. En faisant cela, vous êtes en train de prendre plus de sable que le récif peut naturellement produire», explique Kathy Young, directrice générale de Reef Conservation. En d’autres termes, sans les récifs coralliens, il n’y a plus de production de sable et plus de protection des côtes. Les grosses vagues ne sont pas bloquées, faisant que la ligne de la marée haute ne cesse de monter sur certaines plages, accentuant le phénomène de l’érosion des plages.

Cette année, les risques de dégradation des récifs coralliens sont encore plus élevés que d’habitude, poursuit Kathy Young. « Les climatologues parlent de la forte possibilité d’avoir un phénomène El Niño* cet été. C’est très sérieux, car nous attendons l’un des étés les plus chauds avec une hausse très élevée destempératures des océans. Il y a 60% de risque de blanchissement corallien à l’île Maurice. Nous sommes dans une situation très grave et nous craignons de perdre une partie de nos récifs ! »

Zones côtières Mauriciennes : Pas de récif, pas de plage
B. Martinengo

UNE DÉGRADATION GÉNÉRALISÉE

«Tous les différents écosystèmes des zones côtières : plages, mangroves, lagons et récifs sont liés entre eux. Si l’un d’entre eux subit une dégradation, tout le reste va être déséquilibré », indique Emma Montocchio, Project Coordinator chez Reef Conservation. En effet, ce qui se passe sur la terre affecte automatiquement la mer. C’est comme un effet domino et aujourd’hui, cela explique les conséquences que nous ressentons sur les récifs et les plages.

Yan Coquet abonde dans ce sens. «L’activité humaine terrestre influence notre environnement marin. Bien qu’une partie soit absorbée par les sols, les fertilisants et pesticides utilisés dans l’agriculture classique ruissellent la plupart du temps dans les rivières et finissent dans nos lagons. Le traitement des eaux bien fait et le passage à une agriculture plus éco-responsable seraient beaucoup plus bénéfiques pour nos lagons. » C’est le même bilanque nous dresse Céline Mitternique, Marine Research Project Leader chez Reef Conservation. « Tout ce qui se passe sur terre finit dans l’eau. Avec la déforestation, dès qu’il y a de la pluie, la terre n’est plus retenue. Elle part dans les rivières et arrive dans le lagon. Les déchets, qu’ils soient industriels ou domestiques, finissent également leur parcours dans la mer. »

Cependant, les activités de pêche et touristiques sont ceux qui provoquent le plus de dégâts. Yan Coquet indique que les pêcheurs et autres utilisateurs du lagon sont d’accord pour dire que les populations de poissons diminuent dans nos lagons. « Certains pêcheurs se ruent sur les poissons de la même espèce de plus petites tailles, donc plus jeunes. Ce qui perturbent gravement le cycle de vie de ces derniers les empêchant de se reproduire. D’autres font de la pêche sous marine tous les jours, voire toutes les nuits dans certains endroits. Il y a là un vrai cercle vicieux du manque de poisson qui pousse au braconnage et du braconnage qui cause la diminution deu nombre de poissons. »

«Lorsque la marée est basse, certains pêcheurs marchent jusqu’aux récifs pour pêcher à l’extérieur du lagon. Les bateaux jettent souvent l’ancre n’importe où, détruisant les coraux et les récifs. En fait, il existe des dangers avec tous les types de pêche, si l’environnement marin et les règles ne sont pas respectés», poursuit Céline Mitternique. «Le ski nautique et autres activités nautiques peuvent également détruire des herbiers. Et, pour revenir aux plages, on note que certaines personnes coupent ou arrachent les mangroves. « Du coup, si nous avons moins de mangroves, nous aurons encore plus d’érosion. »

 

LE DÉVELOPPEMENT IMMOBILIER DANS TOUT ÇA

Le développement immobilier qui a débuté dans les années 1970 n’a pas été contrôlé et s’est fait au détriment d’écosystèmes riches et prometteurs, mais en même temps, très fragiles. Il est estimé qu’environ 20% de la population habitent les zones côtières. Les hôtels, quant à eux, couvrent plus de 15% du littoral et ce chiffre devrait doubler d’ici 2030. Toutefois, si le tourisme est une activité économique florissante à l’île Maurice, il ne faut pas négliger les conséquences du changement climatique et l’élévation du niveau de la mer, qui est actuellement de 3,8 millimètres par an.

« Le mouvement de la houle transmet une énergie qui est absorbée par la pente et le sable de la plage et laisse un trait de marque des plus hautes eaux (High water mark) à marée haute. Lorsqu’une structure en dur se trouve sur la zone de déferlement de la houle, l’énergie est tout simplement réfléchie par la structure et les sédiments qui se trouvent au pied sont arrachés et transportés plus loin dans le lagon et dans les courants. Voilà une des causes de l’érosion des côtes mal aménagées. Ainsi, il est important de réduire le développement côtier et de le faire beaucoup plus à l’intérieur des terres », explique Yan Coquet, Lagoon Monitoring Manager chez Eco-Sud.

« Aujourd’hui, nous voyons une île Maurice qui veut développer son urbanisme d’une part et de l’autre une île Maurice qui se rend compte de l’importance de protéger son patrimoine naturel. Il est important de réaliser que l’homme par son action amplifie le phénomène d’érosion. Nous ne pouvons plus nous permettre des erreurs telles que ces édifices ne respectant pas la distance légale de construction, par rapport au trait de côte. N’oublions pas que notre littoral est aussi menacé par la montée des eaux due au réchauffement climatique. »

 

LE GOUVERNEMENT RÉAGIT

Les autorités ont compris les risques liés à l’extraction de sable pratiquée pendant longtemps pour le secteur de la construction. Tardivement diraient certains, mais en octobre 2000, le gouvernement a fait voter une loi interdisant cette activité. Plusieurs autres législations ont suivi, notamment par rapport aux lieux et méthodes de pêches autorisés et les zones de protection marine.

En mars 2015, Raj Dayal, le ministre de l’Environnement, a fait état de nos zones côtières lors d’un atelier régional sur la gestion des glissements de terrains et des zones côtières dans les îles du Sud-Ouest de l’océan Indien. Lors de son discours, il avait souligné le fait que cette dégradation de notre couverture corallienne est alarmante et des mesures urgentes doivent être prises. Il a également énuméré plusieurs chiffres, suite à une étude parrainée par la Japan International Cooperation Agency sur la protection et de la réhabilitation des zones côtières à Maurice. Le rapport de cette étude, le Coastal Conservation Plan, a été présenté au gouvernement en octobre dernier et 14 sites prioritaires ont été identifiés.

Par conséquent, un certain nombre de mesures d’adaptation sont entreprises par les autorités afin d’augmenter la résilience des plages touchées par l’érosion. Ces mesures ont également pour but de répondre aux préoccupations immédiates, telles que les dommages aux infrastructures et à la sécurité des usagers de la plage du littoral.

*El Niño est la conséquence d’une perturbation dans la circulation atmosphérique entre les pôles et l’équateur. Son apparition déplace les zones de précipitations vers l’Est dans le Pacifique et empêche la remontée d’eau froide le long de la côte de l’Amérique du Sud, ce qui coupe la source de nutriments pour la faune de ces eaux et nuit considérablement à l’industrie de la pêche. El Niño fait partie des anomalies dans la circulation qui peuvent dérouter les cyclones tropicaux, déplacer les zones de précipitations et de sécheresse ainsi que changer localement le niveau de la mer par le changement de la pression moyenne. ( Wikipédia)

 

RÉCIFS CORALLIENS EN DANGER SUR TOUTE LA PLANÈTE

Zones côtières Mauriciennes : Pas de récif, pas de plage
Reef Conservation – Eugène Vitry

 

Les récifs coralliens sont en danger de par le monde. 1 % des récifs de la planète étaient considérés comme étant « perdus » (fortement dégradés au point d tre non fonctionnel) en 200 . 15 % étaient classés au stade « critique » (perdus dans 10 ou 20 ans, sauf si des actions sont prises). Un cinquième étaient considérés 20% sont considérées comme menacées et 4 % à faible risque (stable ou non menacés par les impacts humains). Les grands événements tels que le blanchissement corallien massif (1 , 2005), le tsunami de 2004, les éaux et les maladies ont, en m me temps que les impacts humains, tous contribué à la dégradation des récifs.

Sur une note plus positive, de nombreux récifs de l océan Indien se remettent des phénomènes de blanchissement de 1 . Deux aires marines massives protégées ont été déclarées dans le Paci que et de grandes ones de récifs autour de la ouvelle- Calédonie ont été répertorié comme faisant partie du patrimoine mondial. Plusieurs autres initiatives pour aider à la protection des récifs coralliens ont vu le jour, notamment le Coral Triangle Initiative, le icronesia Challenge et le Carribean Challenge.

À L’ÎLE MAURICE

L’ île aurice possède 243 ilomètres ( m) carrés de lagon protégé par 150 m de récif frangeant. ous avons été peu a ecté par l’événement de blanchissement de 1 (moins de 10% de mortalité). Cependant, l’augmentation des impacts humains, tels que la surpêche, le développement côtier, les dommages d’ancrage et émissaires sont à l’origine d’une diminution de récifs. Malheureusement, un événement de blanchissement massif en 2004 a causé le blanchissement et la mort de plus de la moitié des coraux dans certaines de nos lagunes. Cette baisse est très visible dans le lagon d’Anse-la-Raie où la superficie couverte par les coraux a diminué de 60% en 2004 à moins de 5% en 2009.

ENTRE 1967 ET 2012*

  • 1% des côtes mauriciennes a ectées par l’érosion
  • 30% de plages rechargées
  • 59% de celles-ci étaient stables
  • 27% à 50% de diminution moyenne des coraux vivants dans nos lagons
  • 18 500 m2 de plages érodés sur les deux dernière décennies
  • 50% de places seront perdues d’ici 2050 (estimation)
  • 3,8 millimètres d’augmentation du niveau de la mer annuellement (1 -200 )
  • 1 trillion de la zone côtière de l’île Maurice génère des revenus annuels de 1 trillion (mille milliards) de roupies

*Sources : Portail Internet du gouvernement mauriciens (www.govmu.org) et Mauritius National Adaptation Plan sur le site Internet de la CCNUCC (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques – unfccc.int)

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