Tamarin en souffrance

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La violente érosion qui a fait perdre 100 mètres de plage à Tamarin en l’espace de quelques mois pourrait être considérée comme un cas d’étude pour identifier les dysfonctionnements et permettre aux services concernés de trouver un mode de veille, de coordination et d’intervention adapté aux exigences et au rythme du terrain. Dominique Bellier

Percy Yip Tong habite Tamarin depuis 1968. Cet activiste et inlassable empêcheur de tourner en rond vit au rythme de la mer, observant avec fascination les incessantes métamorphoses du paysage. Tamarin est réputée à travers le monde pour la fameuse Santosha, cette vague considérée par les surfeurs comme « la plus longue gauche » au monde ! Elle se forme sur un reef-break, à petite distance de la côte, et peut atteindre 100 à 200 mètres de long.

La puissance de ce flux marin liée à l’absence de récifs, conjuguée à l’apport des deux rivières du Rempart et de Tamarin qui se rejoignent et coupent la plage publique en deux, redessinent la baie au gré des saisons et du climat. Chaque hiver, l’estuaire est bouché par les dunes formées par les marées, et il faut rouvrir le passage pour que les eaux douces retrouvent un accès à la mer. En décembre 2025, ce travail a été fait trop près du rivage, mettant en danger les installations telles que le kiosque, le coin grillade et le parking. Riverains et pêcheurs s’en sont émus auprès les instances régionales, en vain.

Notre interlocuteur a remué ciel et terre en avril, à la veille des grandes marées. « Fin avril, on a atteint un point de bascule, explique-t-il. La plage publique avait été grignotée sur 100 mètres en l’espace de 5 mois, sur une hauteur d’1m50. Une catastrophe ! » Les racines des arbres centenaires, sensées retenir le sable devant les installations humaines, ont été grandement dénudées ; l’un d’entre eux est tombé. Avant les grandes marées, Percy Yip Tong a loué deux pelleteuses, acheté et implanté des roches pour limiter les dégâts, car « la marée n’attend pas les permis d’opérer… ».

S’il a agi en citoyen responsable, il a aussi vécu en direct les mécanismes complexes de l’inertie administrative. Effets positifs de tout cela : Tamarin figure désormais dans le plan d’action pour la sauvegarde du littoral et la Beach Authority a le droit de missionner un privé pour des interventions d’urgence. Reste à savoir quelles actions concrètes vont permettre de restaurer et protéger la plage d’ici à l’été prochain…

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