L’environnement anxiogène dans lequel nous évoluons a créé une réelle explosion dans le secteur du bien-être. Les offres se sont multipliées et une concurrence solide s’est installée sur ce marché qui affiche un chiffre d’affaires en milliards rien qu’à Maurice. Résultat : tout le monde veut en faire partie, mais n’a pas forcément les bonnes techniques et méthodes pour répondre à la demande qui devient de plus en plus exigeante. Dans un tel  contexte, il est primordial de se remettre en question est de repartir sur des bonnes bases. 

«Malheureusement, l’île Maurice n’est pas encore reconnue comme une destination spa ou wellness, alors que nous avons tous les atouts pour ça. Ce n’est qu’une question de promouvoir et mettre en avant la qualité de ce savoir-faire », constate Hélène Cassan, de Seven Colours Wellness Experiences. Pourtant, selon ses dires, le marché du tourisme du bien-être fait partie des marchés a plus forte croissance.

Dans ce cas, qu’est-ce qui bloque ? Est-ce une simple question de marketing ? « Cela fait 16 ans que je suis dans le métier. Au niveau des hôtels, la qualité des spas s’est nettement améliorée, ils ont compris qu’il fallait investir dans les spas. Il y a désormais de très bon spas à Maurice. Néanmoins, je suis déçue de voir que de nombreux établissements n’ont pas de savoir-faire, mais opèrent en tant que spa. Les gens viennent chez nous pour des besoins spécifiques, pour se relaxer, se laisser aller, mais ils ne peuvent pas le faire dans ce type d’établissement», dit Reshma Madhub, Spa Manager du Maritim Tropical Flower Spa. Selon elle, Maurice a de nombreux atouts, notamment notre expertise dans les massages ayurvédiques et asiatiques, très recherchés par les occidentaux. Ainsi, il faut absolument se professionnaliser et « mettre en avant les techniques qui font notre différence ».

Tout le monde veut sa part 

Maritim Tropical Flower Spa
©Maritim Tropical Flower Spa

Afin de mieux comprendre ce phénomène, il est essentiel de faire un retour en arrière, notamment vers les débuts du secteur des spas. David Cieslik, directeur-adjoint de Santayarea Ile Maurice, ayant formé des thérapeutes aux techniques ancestrales du métier de bien-être à travers le monde, nous éclaire. « Oui, nous avons eu une explosion au niveau des spas depuis une dizaine d’années. Tout le monde a voulu faire du spa, ils ont senti le créneau, sauf que personne ou très peu savaient le faire. » Ainsi, il explique que les instituts de beauté ont revendiqué : « le spa c’est nous », de même pour les centre de thalassothérapie. « Tout le monde se battait pour dire que le spa c’est nous. Ce n’était pas vraiment le cas, car le spa n’existait pas encore! Ce n’était personne! »

En outre, cette situation a compliqué le travail des marques cosmétiques en raison de la forte concurrence sur le marché. « Ainsi, les entreprises cosmétiques ont commencé à écrire « spa » sur leurs produits. Néanmoins, cela reste des marques cosmétiques. Ils n’ont pas changé de concept. Rien n’avait changé dans le produit, ils ont juste glissé sur la tendance de cette nouvelle mode.  C’est la mauvaise règle : on glisse d’un institut de beauté vers un spa, on ajoute une bougie, une fleur… »

Tout ceci démontre, encore une fois, le fort potentiel du marché du bien-être. D’ailleurs, nous remarquons que la plupart des spas adoptent une marque à forte résonance commerciale, comme Clarins, ESPA, Sisley, Yves Rocher, parmi tant d’autres. Ainsi, le spa qui propose une marque propose les soins de la marque choisie, pas forcément le massage ancestral dans sa forme la plus originale. « Il faut savoir que ce n’est pas obligé. Un spa est un centre qui n’a pas forcément de marque. Ça dépend du concept. Prenons l’exemple du marché allemand, qui est l’un des plus prospère dans le domaine, où 90% des spas n’ont pas de marques. Cependant, ils ont un savoir-faire de bien-être, qui se traduit par savoir gérer le stress d’une personne, prescrire le bon soin au bon moment avec la bonne pression et donner des conseils appropriés que le client peut suivre chez lui », poursuit David Cieslik.

La remise en question a démarré

Les artisanes du bien-être au Spa du Dinarobin - ©Beachcomber
Les artisanes du bien-être au Dinarobin Beachbomber Golf Resort & Spa- ©Beachcomber

La guerre des marques commence, graduellement, à s’estomper à Maurice, du moins chez certains grands groupes hôteliers, à l’instar de Beachcomber Resorts and Hotels. En effet, le groupe a développé avec l’aide de Santayarea un nouveau concept spa, « The Art of Wellness ». Le groupe le décrit comme une approche holistique avec des massages ancestraux à la carte et des programmes personnalisés, dotée d’une gamme de produits 100 % naturels puisée au cœur du terroir Mauricien. « Beachcomber souhaite que ses clients puissent bénéficier d’une expertise bien-être. Les artisans du bien-être chez Beachcomber sont désormais en capacité d’offrir un véritable bilan bien-être confidentiel à leurs clients et de concevoir des programmes personnalisés, qui puissent répondre à l’ensemble des besoins identifiés  », peut-on lire dans un communiqué récemment émis par le groupe.

Beachcomber va plus loin et développe même sa propre gamme de produits : « Avec un cahier des charges basé sur les secrets de beauté millénaires, une gamme identitaire 100 % naturelle a été créée. Son nom : ‘Be Beautiful’. Son attrait majeur : une collection de produits, fruit d’une recherche pointue qui casse les codes de la cosmétique de synthèse pour une vision et un retour réfléchi à la naturalité. Les ingrédients utilisés possèdent les vertus millénaires sagement préservées par une dame nature mauricienne luxuriante.  »

Cette tendance se poursuit chez d’autres grands groupes hôteliers de l’île. Désormais, le client n’est plus abandonné devant un menu qui comprend une multitude de massages et soins esthétiques différents.  Le « traitement» commence par un entretien où les besoins spécifiques de chaque individu sont pris en compte afin de lui proposer le soin ou le « package » qui répondra à toutes ses attentes. Par exemple, le Maritim Tropical Flower Spa a développé des « rituels mauriciens à base d’huiles essentielles de fleurs tropicales, de plantes et d’huiles naturelles qui proviennent de ses jardins tropicaux, comme la rose, l’oiseau du paradis, le ylang-ylang, la vanille, le bougainvillée, l’aloe vera, l’hibiscus, la citronnelle et la frangipane, tous préparés individuellement pour chaque client ».

Nous découvrons cette même  évolution chez Seven Colours Wellness Experiences. Le concept de l’établissement est basé sur plusieurs axes, notamment l’harmonisation énergétique – grâce à un travail sur les 7 chakras à travers la stimulation des sens, la personnalisation – chaque soin est personnalisé en fonctions des besoins et objectifs de chaque client, le savoir-faire mauricien – chaque soin des menus Seven Colours a été créé à travers le savoir-faire des thérapeute et l’utilisation d’ingrédients naturels mauriciens ou inspirés de l’île Maurice.

 « Maurice à un potentiel très important : nous avons la culture, le savoir-faire, la diversité, l’environnement qui nous permet d’avoir une offre « wellness » unique. Il nous suffit maintenant de promouvoir cette offre vis-à-vis des partenaires et clients internationaux. » – Hélène Cassan,  Seven Colours Wellness Experiences

Le manque de formation qui fait mal 

©Maritim Tropical Flower Spa
©Maritim Tropical Flower Spa

Aujourd’hui, les spas vivent également un grand mal-être. Ils doivent constamment faire face au manque de personnel  qualifié. « Souvent, j’ai à faire à des gens qui disent savoir produire des massages, mais ils ne peuvent pas me dire où se situe le L4 (vertèbre lombaire, par exemple. Donc, il est très difficile de trouver des personnes qualifiées. Nous n’avons pas d’autre choix que de les former en interne et nous avons pour projet de lancer une école de formation dans le futur », affirme Reshma Madhub du Maritim Tropical Flower Spa.

Même son de cloche chez Seven Colours Wellness Experiences. Selon Hélène Cassan, il existe quelques « bonnes » écoles de formation à Maurice, mais pas suffisamment. « Le plus grand challenge, c’est qu’il y a plus d’offres d’emploi que de demandes. Il n’y a pas assez de sensibilisation sur ce métier de spa dans l’hôtellerie. Il faudrait que les écoles hôtelières créent une section spa dans leur programme de formation. De ce fait, nous sommes plusieurs à mettre en place des programmes de formation interne pour qualifier nos employés au spa dans l’hôtellerie. »

Par ailleurs, il faut souligner le fait que la formation est tout aussi importante pour préserver la santé physique du thérapeute. « Si un thérapeute est mal formé, il peut facilement se blesser ! Si on masse avec une mauvaise technique, sans une bonne compréhension de son propre corps, de ses articulations, de ses muscles, on peut clairement se faire très mal. Donc, il est tout aussi important pour le thérapeute d’avoir accès à l’enseignement afin de se protéger et assurer une carrière longue et sereine », dit David Cieslik de Santayarea Ile Maurice.

Pour conclure, nous constatons qu’il y a un engouement réel pour le secteur du bien-être à l’ile Maurice. Les établissements se remettent en question et souhaitent s’aligner aux normes internationales, tout en développant une touche mauricienne unique. Le défi à relever reste le manque de formation et l’intérêt de la nouvelle génération pour les métiers du bien-être.

Les observateurs veillent au grain

Rien de mieux que des récompenses et des certificats validant la qualité des services pour booster les spas dans leur démarche d’optimisation et de renouvellement.  Par exemple, Seven Colours Wellness Experiences a obtenu le titre de meilleur « Groupe Spa de Luxe » en 201, décerné par les prestigieux World Luxury Hotel Awards. Nous pouvons également mentionné le Maritim Tropical Flower Spa qui a décroché le titre de meilleur « Luxury Wellness Spa » lors des prestigieux « World Luxury Spa Awards » en 2016.

Pour Karuna Seegoolam chez Marideal.mu, les spas mettent un point d’honneur sur la qualité des services, les prestations délivrées et la formation du personnel afin que le client puisse vivre une expérience de bien être inoubliable. « L’expérience du client lors des soins devient alors une priorité. Nous avons d’ailleurs mis en place un « Spa Certificate of Excellence » en 2016, afin de récompenser les 10 meilleurs spa en se basant sur la qualité des services, les retours des clients, les spa qui ont reçus le plus de commentaires positifs de clients pour leurs prestations mais aussi qui ont engendré les meilleures ventes et performances globales ! » Voilà de quoi motiver les établissements de bien-être à faire encore mieux.

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