Le 30 novembre 1973, l’Organisation des Nations Unies adopte une résolution antiapartheid. Du fond de son bagne, un agitateur pacifiste attend son heure. Un homme de famille royale tribale dénommé « Madiba » par ses parents. Pour tous les autres, ce sera « Nelson » Mandela comme décrété par son institutrice lors de son premier jour de classe.

Traits tirés par son sourire démesuré, l’image de Mandela se propage de banderoles en tee-shirts, à la manière d’un Che Guevara. Pourtant, à défaut du Cubain, Nelson Mandela réussira à devenir une figure d’État sans révolution armée. À la manière de Martin Luther King ou Gandhi quelques décennies plus tôt, Mandela affiche sa sérénité et une foule de fidèles se lient derrière ses messages.

Toutefois, avant l’accession au pouvoir, le chemin fut sinueux. L’humaniste, icône du parti de l’ANC (Congrès National Africain), pense à un avenir meilleur pour son pays. Il est convaincu: un jour l’Afrique du Sud se réconciliera. Une unité nationale si difficile à obtenir lorsque l’oppression ethnique est constante et légitimée par la loi.

Telle une réplique américaine

Et le milieu de ce siècle est décidément à la rébellion. Le 1er décembre 1955 en Alabama, c’est bien l’Américaine Rosa Parks qui déclenche un mouvement de lutte contre la ségrégation raciale. Dans un bus, conserver une place réservée aux blancs peut alors provoquer une onde de choc. Un séisme identitaire dont les répliques frapperont jusqu’au sud du continent africain. Ainsi, Mandela ne tarde pas à déranger les pouvoirs publics. Malgré son statut d’avocat, ce militant multiplie les arrestations et procès à son endroit, jusqu’en 1964 où la sanction tombe. Ce sera la perpétuité. Il a alors quarante-six ans.

Emprisonné durant vingt-sept ans, dont dix-huit sur l’île-bagne Robben Island, Nelson résiste. Cet homme – appelez-le matricule 46664 dorénavant – conserve l’espoir de retrouver les siens et apprend l’afrikaans pour mieux appréhender la langue de ses geôliers. L’horizon ciselé par les barreaux du pénitencier, il récite à longueur de journée le fameux « Invictus », poème de l’auteur anglais Henley aux accents contestataires. Pendant ce temps, sa femme Winnie patiente. Elle connaît la détermination de son époux et la future revanche politique. Chaque jour en prison le glorifie un peu plus.

Quatre années entre sa libération et son élection

Enfin, le 11 février 1990, le symbole de résilience est relâché. Désormais le visage ridé et les mains libres de toute entrave, Mandela reprend ses marottes, la lutte contre la pauvreté en tête.

À soixante-quinze ans, il vote pour la première fois et apparaît amaigri par une campagne électorale aussi galvanisante qu’usante. Telle une évidence, le père de la nation arc-en-ciel devient le premier homme noir à diriger le pays en 1994. Le Président Mandela symbolise alors la fraternité retrouvée.

Le 5 décembre 2013, le révolutionnaire non-violent s’éteint ainsi que ses idéaux. Ses successeurs s’empressent d’amorcer les démarches de
«réparation», celles qui répandent du sang sur les lames. Une volonté de répression féroce contre les Afrikaners afin de corriger les injustices du passé. La spoliation des domaines commence. L’apartheid change de couleur.

À croire que la doctrine de Mandela «Une nation arc-en-ciel, en paix avec elle-même et avec le monde» s’enfouit, elle aussi, au cœur du village de Qunu… La terre natale de Madiba dont la traduction littérale illustre davantage sa destinée : « Celui par qui les problèmes arrivent ».

Vous voulez en savoir plus ?

L’Afrique du Sud est votre destination de fin d’année? Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, le bagne de Robben Island emmure de nombreux souvenirs. Une fois la cellule entrouverte, les quelques mètres carrés arpentés par Mandela connaissent un succès hors norme auprès de voyageurs avides de ressentir les conditions carcérales spartiates. Guides de fortune, d’anciens détenus cultivent ce tourisme et perpétuent la présence de Mandela, prix Nobel de la paix en 1993.

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