Le 27 avril 1848, en France, l’abolition de l’esclavage est proclamée. La nation des droits de l’Homme se conforme à son idéal. Toutefois, à La Réunion encore dénommée Bourbon, il faut attendre le 20 décembre 1848 pour l’exécution de ce décret. En effet, l’île entame sa transition et doit alors affranchir ses esclaves. Ceux-là même qui fuyaient dans les montagnes. Ces «marrons» pourchassés par François Mussard.  

Au XVIIIème siècle, la notion de colonisation est très ancrée à Bourbon et la region un carrefour stratégique. La traite négrière bat son plein, alors chacun s’emploie à tirer profit de la situation. Il n’est pas rare de rencontrer dans de nombreu-ses îles une population majoritairement asservie par une poignée de colons.

Ces individus réduits en esclavage voient les hautes montagnes réunionnaises comme leur salut. Comment croire que l’on pourrait y dénicher un homme échappé dans cette végétation épaisse? Au seuil du désespoir, pourquoi ne pas tenter sa chance, provoquer son destin? Les conséquences en cas d’échec sont terribles, certes, mais ne sont-elles pas déjà du même acabit? Certains osent et fuient.

Les cirques, le salut des esclaves fuyards

Ainsi à Bourbon, ces quelques courageux deviennent des «marrons». Un terme d’origine espa-gnol -cimarrón- évoquant l’évasion. Ils gagnent les hauteurs, organisent des camps et tentent de survivre. L’accès pentu des crêtes de l’île les abritent et les préservent des attaques de chasseurs de «marrons». Si les premiers tentent de regagner leur autonomie, les seconds cherchent à les asservir de nouveau, voire à les ache-
ver et, les porter en trophée. Les cirques de l’île sœur assistent ainsi à un numéro sombre où des dompteurs pourchassent des funambules ivres d’indépendance.

La vie de François Mussard se confond avec l’hégémonie française au sein des Mascareignes. Le natif de Saint-Paul est un chasseur de prime avant l’heure et les propriétaires s’arrachent ses services. La traque, la poursuite est son domaine d’expertise. Ici, le gibier n’est pas anodin, il respire et bouge à l’identique de ses chasseurs. Toutefois, il est considéré autrement. À cette époque, l’esclave n’est qu’une partie du mobilier de son propriétaire. Il n’existe pas comme être humain et doit une perpétuelle allégeance à son maître.

La culture du café accélère la densification de l’île Bourbon, peuplée par une majorité d’esclaves. Sans cette main d’œuvre gratuite, l’économie périclite. Par conséquent, la fuite des esclaves de-venus «marrons» inquiète. Il devient urgent de rapatrier le fuyard ou de l’assassiner afin de décourager toute autre tentative.

Un homme méthodique qui consigne les informations

Dans ces instants de démonstration, la barbarie s’invitait en place de choix. Si un marron était rattrapé les méthodes de dissuasion variaient: bû-cher, poignets sectionnés, oreilles coupées ou marquage au fer rouge. La pratique de la chasse où Mussard excelle est institutionnalisée. Le Code noir du marronnage relate sa légende. Car lui et ses hommes sont passés maîtres en la matière. Fondus dans les feuillages, ils restent silencieux et mènent des attaques chirurgicales. Lorsque la traque s’intensifie, les chasseurs rechargent les fusils en courant, évitent tout branchage et visent avec précision. Échapper aux serres de ces chasseurs relève de l’imaginaire. Méthodique, Mussard transpose chaque information sur un carnet dédié. Il consigne le nombre de marrons capturés, âge et sexe.

Dans les villages de l’île, il se raconte même que le traqueur et son escadron auraient abattu des chefs «marrons». Et parmi eux, le fameux Mafate. Cet homme probablement d’origine malgache qui laissera son nom en héritage à l’un des plus beaux cirques de l’île. Une petite victoire sur la postérité.

Vous voulez en savoir plus ?

Pour mieux comprendre les prouesses physiques et le décor des «marrons», quoi de mieux que la visite du site de Mafate. Classées au patrimoine mondial de l’UNESCO, les montagnes escarpées et préservées de l’île de La Réunion vous aident à l’immersion dans le “jeu” dramatique des acteurs du marronnage le temps d’une escapade.

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