Déjà co-lauréate du Prix Jean Fanchette (édition 2015), Davina Ittoo vient de remporter le Prix Indianocéanie, avec un premier roman intitulé “Misère” (édité par l’Atelier des nomades). Le lancement officiel de cet ouvrage se déroulera le 6 février, au Hennessy Park Hotel, à Ebène. 

Maître de conférences à l’Open University, Davina Ittoo écrit depuis près de vingt ans. “J’ai commencé vers 17 ans, avec des fragments poétiques, des petites histoires, par-ci, parlà, confie-t-elle, rien de véritablement abouti.” C’est en revenant à Maurice, après avoir vécu en France, qu’elle reprend “sérieusement” la plume. En 2015, pour participer au concours littéraire du Prix Jean Fanchette, organisé par la municipalité de Beau-Bassin/Rose-Hill, elle regroupe ses meilleurs textes dans un recueil d’une vingtaine de pages, “La proscrite et autres nouvelles”. Sensible à la delicatesse de son style, le jury, présidé par Jean-Marie Gustave Le Clézio lui accorde le prix (partagé avec Jean Lindsay Dhookit).

Un tournant pour la jeune auteure, qui commence à accepter l’idée que la littérature puisse jouer, dans sa vie, un rôle plus important que la simple passion d’une lectrice…

Un rêve ultime: Gallimard

Discrètement, elle poursuit donc la rédaction de ses petites histoires, dans lesquelles des personnages aux contradictions profondes, tiraillés entre les repaires sécurisants d’une tradition ancestrale et la frénésie de la modernité, tentent, malgré tout, de se tenir debout. Et lorsqu’elle prend connaissance de l’appel aux auteurs, lancé par la Commission de l’Océan Indien (C.O.I.) pour l’édition 2019 du Prix Indianocéanie, elle décide de relier toutes ces vies imaginées, tous ces destins esquissés, en un roman unique. “Cela m’a valu de nombreuses nuits d’insomnies, avoue Davina en riant. Il n’y avait aucun lien entre ces histoires et je n’ai pas construit de plan pour les relier. J’ai avancé pas à pas, sans vraiment savoir où j’allais…” L’ensemble se soude peu à peu, autour de Rivière des Anguilles, une localité que Davina Ittoo connaît bien: “Ma grand-mère y vivait et, enfant, j’y ai passé la plupart de mes vacances. Mais au-delà de Rivière des Anguilles, dans ce livre, j’ai dit tout mon amour pour mon pays.

Après cinq mois de travail, le roman est prêt, et finalement soumis à l’analyse des jurés du prix. “Misère” les a évidemment séduits, notamment “par son atmosphère mystérieuse, la complexité des personnages aux destins entremêlés et sa capacité à entraîner le lecteur jusque dans les ruelles des villages de Maurice et le subconscient de ses habitants. »

Heureuse de cette reconnaissance prestigieuse, la jeune auteure affiche toujours une humilité salutaire:

J’ai encore beaucoup à apprendre. Mon écriture n’est sans doute pas encore arrivée à maturité et, si j’en crois le retour de mes premiers lecteurs, il y a trop de personnages dans ce roman…. J’aimerais pouvoir me dire ‘écrivaine’…mais c’est trop tôt. Je parviendrai peut-être un jour à réaliser mon rêve ultime: être publiée chez Gallimard, comme les plus grands…” On le lui souhaite sincèrement.

Un recueil de poèmes en attente d’éditeur

Alors que “Misère” débute sa carrière en librairies, Davina Ittoo a déjà entamé un nouveau roman. “C”est encore très flou, concède-t-elle, mais je vais creuser le thème de la psychologie de l’enfance, qui me passionne. Il devrait y avoir moins de personnages que dans mon premier roman, car des lecteurs m’ont confié qu’ils se perdaient un peu en route… je vais m’attacher à donner plus d’épaisseur à chaque personnage…”

Mais la jeune lauréate du Prix Indianocéanie a, dans ses carnets, un livre déjà prêt, mais difficile, jusque-là, à publier: “c’est un recueil de poèmes illustrés… et comme on me l’a expliqué, cela coûte cher à éditer. Mais je ne désepère pas…”

Prix Indianocéanie

Proposée à la C.O.I. en 2017, par le Département Réunion, la création d’un prix littéraire régional sera vite concrétisée, avec le partenariat de l’Organisation de la Francophonie (OIF). Ouvert aux auteurs de Madagascar, des Seychelles, de Maurice, des Comores et de La Réunion, ce prix vise à récompenser “une œuvre inspirée de cet espace géographique, culturel, linguistique, en tant que socle de référence partagé, lieu de réinvention du monde.»

Pour sa première édition, en 2018, le Prix Indianocéanie avait récompensé, à titre posthume, l’auteur malgache Jean-Pierre Haga Andriamampandry, décédé quelques jours avant la proclamation des résultats, pour son roman
« Le jumeau ».

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