Accueillie à Maurice en février dernier dans le cadre de la projection du documentaire “Les routes de l’esclavage”, sa première série internationale, la réalisatrice Fanny Glissant vient d’une famille où le débat est érigé en art de vivre. Depuis l’enfance, il y est question de cinéma, mais aussi d’identité.

45 ans, mariée, mère de famille, père chef opérateur et réalisateur, “premier antillais noir à avoir fait l’Institut Des Hautes Etudes Cinématogaphiques de Paris”, souligne Fanny Glissant, tante réalisatrice, … elle est aussi la nièce d’Edouard Glissant, philosophe et poète qui s’est illustré dans tous les genres, du roman à l’essai philosophique et dont le nom est associé depuis 2002 à un prix créé par l’Université Paris VIII destiné à honorer une oeuvre imprégnée du mode de pensée de l’intellectuel.

J’ai grandi à Paris dans une famille d’excentriques, entre un père passionné par son métier et une mère psychanaliste. Les discussions familiales tournaient autour du cinéma, comment on voulait le changer, mais nous abordions aussi les questions des origines, de l’identité”, relate t-elle.

Des tenants expliquant certainement certains aboutissants dont, en premier lieu, le choix d’un parcours universitaire section Histoire par lequel elle s’intéresse à l’esclavage, avant d’intrégrer la FEMIS  – École nationale supérieure des métiers de l’image et du son – et Le Fresnoy-Studio national des arts contemporains, en France.

Pour la commémoration de l’abolition de l’esclavage

Sa récente venue à Maurice trouve ses origines dans la diffusion en mai dernier, en France, sur Arte, de la série documentaire “Les routes de l’esclavage”, sa dernière co-réalisation, unanimement saluée par la critique pour “sa vision synthétique et objective”, pour le “travail pédagogique dense, précis et essentiel”. Il s’agit d’une fresque ambitieuse en quatre épisodes qui s’attache à produire des clés de compréhension pour saisir les enjeux contemporains de cette histoire commune à l’humanité. Raison pour laquelle, dans le cadre de la commémoration du 184ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage à Maurice, trois partenaires, l’IFM, le Centre Nelson Mandela et l’ONG Action Développement le Morne ont soutenu leur projection, ainsi que la venue de sa réalisatrice pour permettre le débat avec le public. Trois des quatre épisodes ont été respectivement projetés à l’IFM, à l’Université de Réduit et au Morne, fruits d’un travail colossal de quatre années, sur la base de 100 000 documents consultés et de 40 historiens interviewés de par le monde – Français, Américains, Tunisiens, Tanzaniens, Portugais, Brésiliens….

Répondre à une logique économique

Fanny Glissant a appris de façon simultanée que ses aïeux appartenaient à un planteur de cannes et qu’elle decendait aussi de celui-ci. Le sieur Pain, seul planteur blanc de l’île de La Désirade a eu un fils natuel de son esclave, qu’il a ensuite affranchi. “Mon arrière-grand-père maternel qui a vécu 99 ans est le fils de cet affranchi. Outre cela, j’ai aussi du sang jaune car mon arrière grand-père était un travailleur chinois engagé”, explique t-elle. Cette perception d’être à la croisée de plusieurs mondes a été le moteur pour en savoir plus, remonter l’arbre généalogique et accoucher de “Les routes de l’esclavage”. Sans minimiser les atrocités générées par la déportation de plus de 20 millions d’êtres humains, son propos, tout au long des siècles couverts par ses documentaires a été de démontrer que le phénomène répondait uniquement à une logique économique. “ ll fallait des bras pour accumuler les richesses, faire des profits et construire un empire, et des millions de personnes ont été déportées dans ce seul objectif. Ce en quoi, les films ont fait exploser bien des clichés”. S’approprier cette histoire, héritage commun à tous les sangs peut être un premier pas vers la réconciliation… Et c’est le message extrêmement fort et sous-jacent véhiculé par “Les routes de l’esclavage”.

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